Conversations sur le monde à Bozar pour réparer le futur

Avec son nouveau projet "Repairing the future", Bozar propose une série d’interviews virtuelles enregistrées sur la scène Henry Le Bœuf. ©doc

"Repairing the Future", c'est repenser le monde tout l'été depuis la grande scène de BOZAR, avec Paolo Giordano, Thomas Piketty, Olivia Laing, Felwine Sarr, Srećko Horvat, Valérie Trouet, Joseph E. Stiglitz, Mazen Maarouf, Rem Koolhaas et Edgar Morin!

"Les écrivains et les penseurs sont par définition engagés dans le futur", commence par me dire Tom Van de Voorde, initiateur du projet et programmateur littéraire à Bozar. Avec la crise climatique et celle du Covid-19, l’avenir semble avoir pris une couleur de plus en plus sombre. Les perspectives réjouissantes, il faut bien l’avouer, se font de plus en plus rares. Confrontée à l’incertitude, l’humanité a besoin de se donner un horizon de sens: "Pendant les premiers jours du confinement, ma compagne était en train de lire un roman d’un écrivain croate intitulé 'La Réparation du monde'", raconte-t-il. "J’étais enchanté par ce titre et immédiatement, j’ai eu l’idée de faire quelque chose avec ce beau concept de 'réparer'." 

 J’ai appelé notre dramaturge Kurt de Boodt et mon collègue Karl van den Broeck qui s’occupe des débats à Bozar. On sentait tous qu’il fallait faire quelque chose. Kurt s’est demandé s’il fallait vraiment réparer cet ancien monde et pas plutôt penser à en construire un nouveau. C’est ainsi que nous sommes arrivés à l’idée de “réparer le futur”. Le futur comme possibilité, pour rêver et imaginer d’autres mondes. Avec toutes les crises auxquelles nous sommes confrontés ces dernières années, nous risquons d’avoir une génération entière qui se fasse une image apocalyptique du monde, même si cela peut se comprendre dans une certaine mesure. Il faut absolument éviter que l’idée de futur ne devienne synonyme de mort, de maladie, de solitude ou de pauvreté." Ces autres mondes, "les scientifiques les cherchent, les philosophes les pensent, les écrivains les imaginent". 

Programmation transversale

C’est pourquoi "il fallait une programmation transversale, représentative de tous les secteurs (économie, écologie, mobilité, architecture, etc.), qui souligne également le fait que la beauté est cruciale dans nos vies. N’oublions pas que pendant le confinement, les gens ont vraiment trouvé du réconfort dans les arts."

"Il faut absolument éviter que l’idée de futur ne devienne synonyme de mort, de maladie, de solitude ou de pauvreté."
Tom Van de Voorde
Initiateur de "Repairing the Future" et programmateur littéraire à Bozar

Bien sûr, la configuration du projet est particulière étant donné les circonstances: "Il est fort probable qu’il soit beaucoup moins évident d’accueillir de grands noms internationaux dans le futur", constate-t-il. "C’est avec une certaine tristesse que je pense aux grandes rencontres littéraires que j’ai organisées ces dix dernières années à Bozar: Jonathan Franzen, Salman Rushdie, Elif Shafak. Est-ce qu’ils vont encore vouloir voyager et passer à Bruxelles? Le décor de Repairing the future est une salle vide, le public y est absent, ce qui est très symbolique étant donné la période difficile que traverse la culture actuellement." Bien que la situation ne soit pas idéale, les invités sont prestigieux: Rem Koolhaas, Joseph Stiglitz, Thomas Piketty, Felwine Sarr, Edgar Morin, pour ne citer que quelques noms, vont ainsi se succéder "virtuellement" sur la scène Henry Le Bœuf. Peu de femmes toutefois dans cette liste: "Il faut savoir que nous avons invité plus de femmes que d’hommes", précise-t-il.

Cette formule totalement inédite possède des avantages et pourrait se pérenniser: "Pendant le confinement, je me souviens d’une interview Zoom avec un grand écrivain, enregistrée dans sa buanderie, avec sa webcam filmant ses narines… Ça m’empêchait de suivre le contenu", explique-t-il en riant.

Enregistrement professionnel

"Nous avons donc décidé de combiner le principe d’une interview Skype avec un enregistrement professionnel, à l’aide de plusieurs caméras. C’est une façon de 'faire de la télévision'. Avec cette différence que nous chérissons beaucoup plus la lenteur. Un entretien de 40 minutes à la télévision est malheureusement devenu impensable aujourd’hui. Et puis, qui dit enregistrement, dit seconde vie. Après quelques années, les enregistrements des rencontres avec Wole Soyinka ou Slavoj Zizek que nous avons mis sur notre chaîne YouTube comptabilisent plus de 500.000 visiteurs. En ce sens-là, ce nouveau format fait aussi rêver. Peut-être pourrons-nous convaincre Margaret Atwood ou Stephen King, des écrivains qui voyagent très rarement, de faire une interview de ce type dans le futur?"

Les rencontres "Repairing the future" seront diffusées chaque mercredi à 20h, du 1er juillet au 9 septembre. A voir et revoir sur le site et les réseaux de Bozar ainsi que sur ceux du Soir et du Knack, partenaires du projet. Plus d’infos sur bozar.be

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