Expérience virtuelle, impact réel

©Théâtre de Liège

Centrée sur 5 villes de l’Euregio Meuse-Rhin, dont Liège, la 2e édition du festival Impact continue à décloisonner arts, sciences et technologies. Et ouvre tous les possibles!

>Impact: du 6 au 20/11 au Théâtre de Liège et à Hasselt, Eupen, Maastricht et Aix-la-Chapelle 

Il faut imaginer une installation longue de 20 mètres et large de 5 qui apaise tous vos sens. Atmosphères lumineuses, caresses sonores et éléments de décor tactiles vous isolent une demi-heure durant des mille sollicitations du quotidien et reconnectent votre présence au monde au rythme de votre respiration… (lien vers "To see the world in a grain of sand")

C’est l’expérience de pleine conscience que vous propose l’artiste hongkongais Chi-Yung Wong, dès le 6 novembre, dans la salle des pieds légers du Théâtre de Liège, épicentre d’Impact, le festival qui croise arts et technologies créatives. Le résultat d’échanges avec les neuroscientifiques et les psychiatres du laboratoire d’imagerie et du sanatorium de l’Université de Zurich, explique l’artiste: "Six mois de discussions pour arriver à une série de perspectives qui aboutiront peut-être à des applications pour lutter contre le stress. Leur connaissance de la conscience et du cerveau m’a impressionné et a changé la manière dont je pensais concevoir mon installation, qui combine à présent approche scientifique et artistique. Finalement, ces échanges entre nous ont été plus forts que nos points d’achoppement, nos finalités n’étant pas les mêmes, et nous avons débouché sur de nouvelles possibilités."

Chi-Yung Wong à propos de son installation "To see a world in a grain of sand", présentée au Théâtre de Liège du 6 au 21/11/18

Telle est bien l’ambition d’Impact: décloisonner des secteurs disruptés par la révolution technologique à l’œuvre, et les unir et les renforcer mutuellement par le processus créatif. "La question du conflit est au centre de ce croisement entre arts, sciences et technologies, enchaîne Jonathan Thonon, le project manager d’Impact. Le plus difficile, c’est de se mettre d’accord sur les concepts. Le ‘mouvement’ ne signifie pas la même chose pour un chorégraphe que pour un ingénieur en aéronautique. Mais une fois que l’on s’est mis d’accord, en termes de méthodologie, on n’est pas si éloigné que cela. Ensuite, on expérimente, on réalise des prototypes, on les teste, on les améliore, et ainsi de suite. Cette méthode dite du ‘design thinking’  (vidéo explicative) permet à l’artiste et à l’ingénieur de faire un pas l’un vers l’autre."

Ce modus operandi a par exemple été mis en œuvre entre un artiste et une unité de recherche et développement du motoriste liégeois Safran pour concevoir le prototype à 1/10e du "Vortex", une centrifugeuse qui pourrait devenir, par exemple, une animation de foire, en enveloppant d’eau ses futurs passagers, et dont les concepteurs travaillent en ce moment à récupérer l’énergie produite durant sa rotation.

"On a des artistes qui ont besoin de technologies de pointe, et des entreprises qui doivent innover."

"C’est un double mouvement, embraie Serge Rangoni, le directeur du Théâtre de Liège: on a des artistes qui travaillent sur de nouveaux formats qui nécessitent des technologies de pointe et des entreprises qui ont besoin de sortir de leurs lignes de production habituelles pour innover radicalement." Quant à l’Université de Liège, également associée au "Vortex", elle diligente un mémoire de maîtrise pour analyser et documenter cette dynamique entre parties si dissemblables…

Il fallait aussi un thème pour donner du sens à ces processus trans- et pluridisciplinaires. "Et c’est le corps humain, qui traverse toute la programmation de cette édition d’Impact, conclut Pierre Thys, chargé de la programmation Danse au Théâtre de Liège: le corps-machine, le corps-avatar et le corps-prothèse. Un corps incarné qui pourrait ressembler à celui de Francis Bacon dans ses toiles."

Impact: du 6 au 20/11 au Théâtre de Liège et à Hasselt, Eupen, Maastricht et Aix-la-Chapelle 

"VR_I" (en première belge) - Note de 5/5

>"VR_1" Les 16, 17 et 18/11 au Théâtre de Liège, toutes les 20’ (pièce pour 5 participants à la fois; enfants à partir de 8 ans).

Pour vous, nous avons testé deux expériences immersives proposées au festival Impact. Avec VR_I, de la compagnie de Gilles Jobin (chorégraphie) et d'Artanim (technologie immersive), vous voyagerez à travers le peinture et la danse.

D’abord, il faut s’équiper: casque sur la tête, ordinateur sur le dos et capteurs aux mains et aux pieds. Des opérateurs sont là, qui vous harnachent en livrant leurs ultimes instructions: dans ce rectangle au sol de 8 mètres sur 5, on ne court pas, on ne saute pas. En revanche, vos quatre compagnons et vous-même êtes parfaitement libres de communiquer (par micro) comme de vous déplacer (et même de danser) à votre guise.

Surtout, vous allez vite découvrir votre avatar – votre incarnation numérique dans ce jeu virtuel… Manque de bol, ma copine Françoise s’y retrouve en nabot très laid; moi, dans la peau d’une mama noire en boubou. Toutes deux plongées dans un désert habité par de gentils géants bariolés tels les statues de Niki de Saint Phalle, et qui se penchent sur nos corps de façon dubitative – je me sens comme Rémy, le rat de ma fille, quand elle hésite à lui découper son fromage.

Et puis, le décor change. Les colosses emboîtent des panneaux pour bâtir un loft moderne, avec baie vitrée donnant sur une ville "californienne", au loin. Dans mon nouveau chez moi, des tableaux de Matisse décorent les murs, des êtres lilliputiens virevoltent sur des socles, et d’autres, plus humains, joggent au-dehors. C’est notre univers et le leur également, puisque danseurs virtuels et personnes réelles évoluent dans le même espace-temps. Notre monde Sim’s, tout en couleurs, est proprement extraordinaire.

Reconnu pour son esthétique hors cadres établis, le chorégraphe suisse Gilles Jobin a conçu cette pièce devenue célèbre (en tournée mondiale jusqu’en 2019) en collaboration avec Artanim, un centre de recherche spécialisé dans la capture du mouvement, et le styliste liégeois déjanté Jean-Paul Lespagnard. "VR_I", ou vingt minutes d’immersion dans une totale autre dimension: sidérant!

 


"VR_I" trailer officiel 2018, par le compagnie Gilles Jobin & Artanim

"Fugue VR, réalité mixte" (en première belge) - Note de 4/5

>"Fugue VR"Les 16, 17 et 18/11 au Théâtre de Liège, toutes les 30’ (pièce pour 10 participants, enfants à partir de 12 ans).

Pour ce spectacle de danse signé Yoann Bourgeois (chorégraphie et interprétation) et Michel Reilhac (réalisation), vous voilà debout, en cercle, avec neuf autres spectateurs munis, comme vous, d’un casque aux lunettes très spéciales. Et c’est parti pour vingt minutes de projection d’un film 3D tourné en 360 degrés: dans une sorte de gymnase abandonné, sous la musique flippante de Philip Glass ("Metamorphosis II", un grand classique de piano envoûtant), surgit une confédération de capucins austères, un peu menaçants. Ils s’approchent d’une estrade où un bonhomme acrobate (Yoann Bourgeois, étourdissant de légèreté) monte sans cesse une volée d’escaliers qui ne mène nulle part, bascule dans le vide et atterrit sur un trampoline qui le redépose sur les marches, tel un moineau délicat.

Bougez, tournez la tête, les moines sont là, devant, derrière, à côté de vous, et ils ressemblent étrangement à vos compagnons de tout à l’heure. Essayez de les toucher, ils s’échappent. Mais comme d’autres humains, bien réels, ceux-là vous accompagnent dans cet inexplicable voyage, il n’est pas impossible que vous frôliez également leurs corps… Trouble et tournis garantis. Et malaises, parfois: alors il suffit de s’accroupir, et de laisser cette histoire renversante se dérouler à distance…

Révélé à la Biennale de la danse de Lyon 2018, cet ovni procure d’étranges sensations gravitationnelles. Il est, par la grâce du cinéaste Michel Reilhac, une adaptation en réalité virtuelle de "Fugue Trampoline", une ancienne chorégraphie de Bourgeois qui jouait déjà sur le duo voltige/vertige. Une expérience physique intense, qui laisse les spectateurs tantôt pétrifiés, tantôt furieusement explorateurs de cet espace inconnu. V.C.

Making of de la Fugue VR, réalisée en collaboration avec Michel Reilhac et qui a été présentée lors de la biennale de la danse de Lyon en septembre 2018

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