Innovation | À Mons, une console pour la culture

L'expérience immersive "Libération 1944" au Mons Memorial Museum. ©Oswald Tlr. - Ville de Mons

En attendant que le Fédéral étende le tax shelter au numérique, un nouveau consortium montois, GameMax, lance un label et les bases d'une industrie wallonne du gaming.

Le jeu vidéo est aujourd'hui la première industrie culturelle avec un chiffre d'affaires mondial qui excédait en 2019 les 120 milliards de dollars – 15 de plus que le cinéma. Une déferlante qui ne va sans transformer notre rapport au réel et ouvre un horizon bien plus large que celui d'une cohorte d'ados masqués. L'attractivité des modes ludiques issus du gaming ouvrent par exemple aux "serious games", jeux sérieux à finalité éducative, les portes de la gouvernance des Smart cities, de la prise en charge des patients à l'hôpital ou de la médiation dans les écoles ou les musées que la crise sanitaire a coupé de leurs publics.

Le gaming figure d'ailleurs en bonne place dans le programme Creative Europe de la Commission européenne, qui compte affecter à son développement une partie du 1,85 milliard d'euros prévu entre 2021 et 2027. En Belgique aussi, le secteur attend fébrilement que le gouvernement fédéral, compétent en matières fiscales, élargisse le tax shelter, actuellement réservé au cinéma et aux arts de la scène, afin de permettre aux entreprises belges bénéficiaires d'affecter une partie de leurs impôts à de nouvelles productions digitales.

"90% des gens formés et qui sont les meilleurs dans le secteur du gaming partent au Canada et dans les Pays nordiques. Notre volonté, c'est de leur donner la possibilité de créer ici."
Savine Moucheron
Business developer à Technocité

On l'attendait pour la fin de l'année, la décision est reportée en mars. Peter De Caluwe, le directeur de La Monnaie, en faisait même un préalable à la pérennisation d'une ou deux productions 100% digitales par an, dans la foulée de l'opéra "Is This the End", qui avait ouvert virtuellement sa saison, en septembre dernier.

Consortium et label montois

À Mons aussi, on imagine mal, sans cet incitant, que puisse se développer une véritable industrie du gaming alors que tous les fondamentaux de son écosystème sont déjà en place. Pour le prouver, GameMax, un nouveau consortium assorti d'un label verra le jour ce mercredi 16 décembre, au Mons Memorial Museum, lors d'un "Mons Game Dev Café" virtuel, organisé par Technocité, le Click, Museum Lab, Fishing Cactus et Walga, soit, successivement, un centre de formation qui éduque depuis 2008 étudiants et demandeurs d'emploi au gaming; un hub, un fablab et un livinglab soutenus par l'Université de Mons et qui accompagnent les porteurs de projets créatifs; un centre de prototypage et de test; un studio qui s'est imposé depuis 10 ans comme l'un des pionniers du jeu vidéo en Belgique et l'association officielle du jeu vidéo en Wallonie.

Mons Game Dev Café

Édition virtuelle le mercredi 16 décembre, de 19 à 21h, depuis le Mons Memorial Museum.

Le nouveau consortium GameMax et le label de l'industrie montoise du gaming y sera dévoilé, ainsi que 3 nouveaux studios de gaming (Okult, Reality Blind, Flip It Games).

"L'idée, c'est d'être prêt à accueillir tout le secteur dans ce terreau fertile", explique Savine Moucheron, ex-parlementaire, ex-échevine de la Culture à Mons (cdH) et aujourd'hui business developer à Technocité. "On a les formations, les compétences; on a tous les gens chez nous, mais ils s'en vont. 90% des gens formés et qui sont les meilleurs dans le secteur du gaming partent au Canada et dans les Pays nordiques. Notre volonté, c'est de leur donner la possibilité de créer ici. Notre nouveau label, c'est un peu l'idée du 'guichet unique' pour les développeurs de jeux qui sont souvent des créatifs et ne pensent pas toujours à la manière dont on peut construire un modèle économique autour d'une idée. C'est leur proposer une structure qui peut les héberger, les accompagner, les aider financièrement, les former et leur apporter de la plus-value et de l'expérience."

Les besoins de l'"utilisateur"

C'est aussi amener une tout autre manière de concevoir des projets, qui partent des besoins réels du terrain et se conçoivent de manière plus transversale et collaborative. "Je travaille souvent avec les designers montois de Hovertone. Quand ils collaborent avec un musée, ils ne parlent pas de numérique ni d'outils; ils veulent d'abord comprendre ce que le musée veut comme expérience", explique Bérengère Fally, directrice du Museum Lab, qui ouvre les salles des musées montois aux porteurs de projets pour leur permettre de tester leurs prototypes auprès des publics qui les fréquentent. "On travaillait au Musée des Beaux-Arts de Mons à une expérience tactile quand est tombée la crise sanitaire. D'un coup, on ne pouvait plus rien toucher! Mais très vite, ils se sont adaptés en transformant le toucher en capture de gestes. Dans ce secteur, on se renouvelle en permanence en fonction des besoins de l'utilisateur."

Une dynamique "bottom-up" qui est aussi un point d'achoppement à la conversion des secteurs plus traditionnels. "C'est pour cela qu'on ne dit plus: 'Disruptez-vous ou disparaissez!'", conclut Delphine Jenart, project manager en relations publiques à Technocité. "On préfère le concept outillant d'"analogique 2.0" en leur disant: "Restez sur vos fondamentaux et voyez comment le "2.0" peut vous apporter de nouvelles expériences et une manière d'innover."

Digital Summer - Webinaire "Vidéo gaming et musées : sortie autorisée !"

Et aussi | Dans le podcast Hors pistes, Marie Noble, nouvelle directrice de la Foire du livre de Bruxelles, appelle à un sursaut du monde culturel et à la création de nouveaux modèles plus agiles pour décloisonner les arts et retisser du lien.

Marie Noble

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