interview

Jean-Gilles Lowies: "La culture est le thermomètre d’une démocratie"

Jean-Gilles Lowies.

Coauteur de l’étude de référence sur le poids économique de la Culture, en 2014, chargé de cours à l’ULg, Jean-Gilles Lowies remet en perspective la crise actuelle.

Le discours économique du secteur culturel n’a ému que tardivement le pouvoir politique. Pourquoi selon vous ?

Les mesures prises lors du confinement l’ont été par des experts presque exclusivement sanitaires. Il y a sans doute eu un manque de connaissance du secteur culturel et de son fonctionnement très particulier. Personne ne se rendait vraiment compte de l’impact des mesures sur ce secteur d’activité.

Le fait qu’il soit largement subventionné peut être une source d’explication?

Il est en tout cas intéressant de se rappeler le contexte historique. Dans les années 1960 à 1980, le soutien des pouvoirs publics à la culture était légitimé par la non rentabilité de la création artistique et du spectacle vivant. De nombreuses études montraient que le modèle économique n’était pas rentable vu l’incompressibilité des coûts – salaires, logistique… – et de l’insuffisance du marché, le public d’une salle étant limité.

«Le poids économique est devenu un outil de lobbying pour inciter les décideurs publics à mettre en place des mécanismes de soutien.»
Jean-Gilles Lowies
Chargé de cours à l'ULg

Aujourd’hui, on assiste à un retournement copernicien de l’argumentaire, selon lequel la culture serait au contraire porteuse de retombées économiques. Cette lecture est née dans les années 1990, sous l’impulsion de la commission européenne. Le poids économique est devenu un outil de lobbying pour inciter les décideurs publics à mettre en place des mécanismes de soutien.

Cette double approche ne dessert-elle pas le secteur?

Il est en effet pris entre deux discours totalement opposés. Mais l’objectif est le même: faire en sorte que les pouvoirs publics considèrent davantage un secteur souvent marginalisé dans la décision politique. L’argument économique n’est d’ailleurs pas dénué de fondement, quand on voit le soutien apporté à de grands secteurs…

Les droits culturels: interview Jean Gilles Lowies (PointCulture)

…tels que les compagnies aériennes ou certains groupes audiovisuels?

Je pensais exactement à ces deux exemples…

On n’en a pas moins le sentiment que la culture doit toujours justifier son existence…

Et pourtant, la culture et les artistes sont un bon indicateur de la santé d’une démocratie. En Europe aussi, les États dirigés actuellement par des partis populistes, nationalistes ou extrémistes malmènent fortement la culture et les médias, c’est-à-dire toutes ces zones d’expression publique où peuvent être transmises des opinions et des réflexions susceptibles de contester le pouvoir en place. Or, donner les moyens de réaliser cette liberté créatrice reste le meilleur thermomètre pour juger de l’état d’une démocratie.

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