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L’écosystème de la culture 1/4 | Fonds intensifs pour la culture

Exposition au Duplex100m2 (Sarajevo, 2014) avec au premier plan: Selman Trtovac, "The black hand" ; et à l'arrière plan: Radenko Milak, "Never Ending stories" ©Duplex100m2

Deux initiatives aux extrémités du spectre: avec le Fund Belgian Music (FBM), PlayRight soutient les musiciens. Le Français Pierre Courtin et Idoine Édition créent un phalanstère des arts en Italie.

Christian Martin préside PlayRight, l’une de nos sociétés de gestion de droits d’auteur (avec la Sabam, la SACD ou la SCAM), créée en 1974, qui défend 16.000 affiliés (musiciens, acteurs, danseurs, artistes de cirque…). Mars 2020, premier confinement: PlayRight crée un fonds d’urgence pour ses membres au revenu amputé. La société lance maintenant, dans le cadre de son dispositif PlayRight+, en partenariat avec Sabam for Culture, un appel à projets.

L'écosystème de la culture (Série)

Face à la crise, l’écosystème des arts, né dans l’Égypte ancienne (qui inventa le musée) doit s’élargir. Nous explorons ses voies nouvelles avec des acteurs publics et privés en Belgique, en France, en Italie, en Israël et ailleurs.

1/4: Musique et édition, art et commerce

2/4: Arts de la scène et outils de financement

3/4: Arts technologiques et audiovisuels

4/4: Outils financiers et philanthropie

"L’idée du fonds préexistait au Covid", précise Christian Martin. "La crise sanitaire a nourri l’idée d’un plan de relance, dans le cadre duquel s’est créé le Fund Belgian Music, associé à la Fondation Roi Baudouin." Une commission de huit experts désignés par les quatre fondateurs évalue les dossiers.

Le FBM proposé aux Belges et résidents belges recouvre la création et l’exécution de nouveaux répertoires. Il aidera un projet musical (en développement avant le 13 mars 2020 et annulé à cause du Covid-19). Le fond répond à un plan des candidats pour la relance de leurs activités musicales (enregistrement, production, sortie, promotion), prévues avant avril 2021. Ce soutien est plafonné à 30% des coûts (au maximum 10.000 euros). Le FBM réunit aussi la Facir (Fédérations des Auteur·rices, Compositeur·rices et Interprètes Réuni·es), le Galm (Genootschap Artiesten Lichte Muziek) côté Flandre. La Fondation Roi Baudouin fait appel au soutien de ses adhérents, entreprises, institutions et mécènes (la déductibilité étant portée de 45% à 60%).

Au-delà, l’avenir incertain (le plein impact sur les droits d’auteurs frappera à l’année n+1) appellera certainement d’autres initiatives. Pour Christian Martin, "le Covid est un accélérateur".

En chiffres

En 2019, Sabam for Culture a soutenu 560 initiatives (budget de 1,5 million d’euros):

  • 150 événements et projets
  • 290 bourses
  • 50 prix
  • 60 dons

Playright+ finance des appels à projets, des bourses aux acteurs et des prix aux étudiants artistes-interprètes. Le budget 2019 était de 423.800 euros, les 2/3 allant aux soutiens. Le FBM mobilisera une enveloppe évolutive de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Le phalanstère de Pierre Courtin

Pierre Courtin est un corsaire des arts plastiques. Ce Français a créé à Sarajevo en 2004 la Galerija10m2, devenue en 2009 Duplex100m2, qui participa à la renaissance esthétique de la ville après la guerre. Jusqu’en 2018, il y organisa des dizaines d’événements, mobilisant 150.000 euros sur la période. Son modèle reposait sur le soutien de la Fondation de la créatrice de mode Agnès B, "qui payait en partie les murs et achetait des œuvres" et les aides ponctuelles publiques suisses, autrichiennes, françaises, couvrant billets d’avion, hébergement, organisation (l’argent public ne peut en effet pas financer de lieu privé en tant que tel).

En 2018, Courtin décide de clore ce chapitre et de s’associer avec Lucia Gigli, qui possède une maison à Corinaldo, bourg de 5.000 habitants voisin d’Ancône, sur l’Adriatique. Ils y ouvriront en 2021 un lieu d’expositions et d’échanges avec artistes invités et commissaires d’exposition. Ils s’associent à Idoine, animé par Jérémy Glâtre, Eléonore Pano-Zavaroni et Pascale Riou, ancré à Lyon, Saint-Étienne, Grenoble et Paris, éditeur de livres, d’objets et du magazine éponyme, qui réfléchit à "notre pratique artistique et à l’économie de cette pratique" (notamment sujet d’une journée d’études à l’université de Saint-Étienne). Il s’agit de "lier l’art à la réflexion sur des relations nouvelles, hors profit. Notre modèle économique, local et international, est à étages: la maison de Corinaldo permet d’envisager l’autarcie, avec un vaste potager très productif. Nous misons sur un écosystème local de troc, très pratiqué dans cette région rurale. Une grange attenante sera aménagée en espace d’exposition de 50 m². Au printemps, nous inviterons des financeurs via crowdfunding. Et nous ferons appel aux dons de notre réseau international, acheteurs d’œuvres et financeurs du projet, plusieurs centaines d’amis."

C’est un système "écosophique", suivant le philosophe suédois Arne Næss et le psychanalyste Félix Guattari, écologie environnementale, sociale et mentale. "Cette volonté plus répandue qu’on ne le croit dans le monde de l’art", souligne Courtin, "engendre une autre temporalité: réunir artistes, commissaires et collectionneurs sur le temps long", favorisant d’autres fécondations croisées qu’un simple vernissage. À Corinaldo, Duplex1000m2 ouvrira en septembre 2021.

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