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L'indomptable échappée du chorégraphe Jan Martens

Dans cette nouvelle représentation, 17 artistes, âgés de 17 à 70 ans, incarnent les combats menés face aux oppressions et aux inégalités.

La Biennale 2021 de Charleroi Danse se tiendra du 14 au 29 octobre. Focus sur l'artiste belge Jan Martens, qui déjoue les pièges de l'expérimentation stérile avec son nouveau spectacle.

À la Biennale Charleroi-Danse, évènement international de danse contemporaine, qui se déroulera à La Raffinerie de Bruxelles et aux Écuries de Charleroi, les chorégraphes s’ébrouent d’une année d’immobilité.

Jan Martens, qui partage l’affiche avec des artistes tels que Ayelen Parolin, Boris Charmatz, Josef Nadj ou encore Julien Carlier, y propose une pièce politique qui interroge la rébellion.

Avec "Any attempt will end in crushed bodies and shattered bones" – "Toute tentative de manifester se terminera par des corps écrasés et des os brisés", des paroles prononcées par le président chinois Xi Jinping, en 2019 –, l’Anversois évoque sa volonté de contester le monde tel qu’il est.

Le corps comme espace de résistance

Partant de la révolution des parapluies de Hong Kong, Jan Martens a voulu travailler sur la révolte du corps avec des danseurs, de tous les âges et de tous les horizons.

"Mon matériel, c’est le corps, ce sont les gens, et j’adore travailler avec eux pour constituer une mini-société qui va dans le sens du message que je veux véhiculer."
Jan Martens
Chorégraphe

Car là où le monde se scandalise, le jeune chorégraphe belge, qui réalise ses propres travaux depuis 2010, y voit une arme de résistance. "Mon matériel, c’est le corps, ce sont les gens, et j’adore travailler avec eux pour constituer une mini-société qui va dans le sens du message que je veux véhiculer", explique-t-il. 

Dans cette nouvelle représentation, 17 artistes, âgés de 17 à 70 ans, incarnent les combats menés face aux oppressions et aux inégalités. "J’avais envie de parler de ce qui ne va pas dans la société actuelle, mais de le faire au travers de différentes générations", commente celui qui a fait ses classes au Conservatoire de danse d'Anvers.

Révolte et persévérance

Un projet ambitieux qui a nécessité plusieurs longs mois de réflexion et de rencontres, car aucun détail n’a été laissé au hasard... Les danseurs proposent un travail postmoderne où solos, pas de deux et trios se côtoient sur scène. 

Chaque groupe de danseurs a imaginé sa chorégraphie, qu’il effectue, entouré des autres, de façon répétitive et indépendante, pour pointer l’importance de persévérer dans son combat pour défendre une cause.

"Je voulais insister sur le fait que si l’on souhaite faire évoluer notre société, il est important de répéter les mêmes paroles et de ne jamais baisser les bras", commente Jan Martens.

Entre textes et musiques

Ces prestations sont également rythmées par des musiques dont les compositeurs ont joué des rôles clés. On peut y entendre un morceau de Max Roach, composé en 1960 sous l’impulsion du Civil Rights Movements

"Avec ses textes, je voulais souligner d’une part, la banalisation de la violence, mais aussi la force que des mots peuvent prendre sur les réseaux sociaux et la vie réelle"
Jan Martens
Chorégraphe

Revient également cinq fois dans le spectacle, le concerto pour Clavecin de Gorecki, créé en 1980, époque à laquelle le gouvernement communiste étend son emprise en Pologne. Un troisième morceau, plus récent (2019) de Kae Tempest, vient, quant à lui, donner un élan aux générations les plus jeunes de ce spectacle. 

Des slogans de manifestation ponctuent aussi, de façon récurrente les mouvements des danseurs, tout comme les textes qui accompagnent le spectacle.

"J’ai sélectionné des textes d’Ali Smith, une écrivaine écossaise, qui a créé quatre romans, à savoir un pour chaque saison (…). Dans l’un d’entre eux, elle reprend des phrases qu’elle a piochées sur Twitter et sur Reddit (...). Avec ses textes, je voulais pointer la banalisation de la violence, mais aussi la force que des mots peuvent prendre sur les réseaux sociaux et dans la vie réelle. Nous l’avons d’ailleurs vu avec Trump ou encore avec le président chinois", ajoute l’artiste. 

Dans le spectacle de Jan Martens, la palette d'émotions se traduit également dans le choix des couleurs des costumes.

Message d'espoir

Mais Jan Martens entend également véhiculer un message optimiste. "On part de quelque chose de très lourd et vers la fin, c’est une explosion de joie", ajoute-t-il.

Cette palette d’émotions se traduit dans le choix des éclairages, à peine perceptibles au début du spectacle, puis multicolores au tombé de rideau. Un élan de joie qui s’affiche également dans le choix des costumes: les danseurs entament la représentation vêtus de gris et la clôturent habillés de rouge pour laisser une note positive au public.

Tel est en tout cas le souhait du chorégraphe, qui espère "donner de l’espoir" au travers d'un cri de révolte, qui se nourrit de la société pour mieux bousculer les certitudes... Au nom de la liberté de penser.

À ne pas manquer

  • La Biennale 2021 de Charleroi danse s’ouvrira le 14 octobre aux Écuries de Charleroi et s'achèvera le 29 octobre, avec, en soirée de clôture, une représentation signée Jérôme Brabant et Salia Sanou.
  • Sont également très attendus lors de cette édition, la chorégraphe prolifique Ayelen Parolin ("Simple", le 14 et 15 octobre aux Écuries de Charleroi), l'artiste Julien Carlier ("Collapse", le 14 octobre aux Écuries de Charleroi) et Lara Barsacq ("Fruit Tree", le 15 octobre à la Raffinerie de Bruxelles.
  • Programme et informations sur charleroi-danse.be.

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