La créativité du podcast belge récompensée par un premier festival

Porté par des professionnel-les de la radio, des amatrices et amateurs de podcasts issu-es du journalisme et du milieu culturel, le premier Brussels Podcast Festival affirme la place de la création belge dans un univers de plus en plus touffu et résolument féministe.

Ça y est. “Il” approche et la petite (mais grandissante) communauté du podcast et de la création sonore à la belge francophone n’attend plus que lui: le premier Brussels Podcast Festival (BPF) se tiendra du 28 février au 1er mars à l’Atelier 210. Un lieu qui s’empare depuis longtemps du son de manière originale: “Nous sommes à la fois salle de concert et théâtre. L’articulation entre les deux fait partie d’une réflexion permanente”, explique François Custers, le directeur artistique du volet musique du 210.

Du son sur scène

"Réfléchir à professionnaliser le podcast"

En 2019, avec Lucie Allo, la journaliste belge Camille Crucifix lance "Un peu gênantes", un podcast de conversation (drôlissime) sur leurs histoires embarrassantes et très personnelles de poils, menstruations ou sexuelles. Avec un autre podcast belge, "Baleine sous caillou", elles seront au premier BPF.

Avant de produire le vôtre, quel était votre rapport au podcast ?

Au départ, je suis une grande consommatrice de podcasts, un moyen hyper accessible et pas cher de prendre la parole et diffuser ses idées. "Un peu gênantes" n’est pas du militantisme “poing levé” (même si on adore cela également), c’est plutôt de l’humour qui permet de se libérer d’histoires dont on était très gênées, de choses insignifiantes qu’on passait des heures à débriefer.

Un événement comme le BPF est-il important pour vous? Et le passage sur scène?

Cela crée des espaces pour la visibilité des podcasts belges, pour se connaître entre nous et réfléchir à professionnaliser le podcast. Et la scène montre bien que l’on peut vivre la parole et s’en emparer de plein de manières. On a déjà fait des rencontres avec nos auditrices (majoritairement des femmes), on communique pas mal via Instagram, donc oui, c’est important pour nous.

Quoi de prévu pour les prochains épisodes?

On veut intégrer les auditrices et auditeurs, faire un mélange entre leurs histoires et les nôtres et aborder d’autres pans de la honte. On grandit, on a d’autres gènes! Puis, depuis le début, on veut s’entourer d’une équipe: illustratrice, ingé son, graphiste, etc. Pour l’instant, on les rémunère sur nos propres deniers, mais l’objectif est d’en faire une activité professionnelle. 

 

Au départ, au 210, il y avait (il y a toujours, une fois par mois) les Blackout Sessions, des séances d’écoute d’albums de musique dans le noir complet: “Cela nous a amené à organiser des Blow Out sessions où nous programmons des créations radiophoniques qui, jusqu’il y a 3 ou 4 ans, avaient du mal à trouver un public. Et de ce cheminement, naît aujourd’hui le BPF”, continue François Custers."Le monde du podcast a explosé en France, ça arrive chez nous. Et ces podcasteurs et podcasteuses sont en réflexion sur le rapport à la scène, c’est un véritable enjeu d’aller à la rencontre d’un public qu’ils connaissent pour l’instant uniquement à travers les relevés statistiques d’auditeurs et auditrices."

Ainsi, le studio français Binge Audio présentera son Binge en scène, un condensé d’histoires en extraits sonores ou racontées par les créatrices et créateurs de leurs podcasts à succès, dont le fameux “Les couilles sur la tablede Victoire Tuaillon (500.000 écoutes mensuelles).

“Ce passage du podcast à la performance scénique signifie bien qu’il ne s’agit pas que d’un format sonore."
Elisabeth Debourse
Journaliste et programmatrice du BPF

Pour Elisabeth Debourse, journaliste indépendante et programmatrice du Brussels Podcast Festival, “ce passage du podcast à la performance scénique signifie bien qu’il ne s’agit pas que d’un format sonore. C’est aussi une démarche, un discours qui, pour avoir accès au plus grand nombre, se doit d’être accessible en langue des signes, par exemple. Il y a un besoin de se rassembler, d’expérience collective.” Même lorsqu’il s’agit “simplement” d’un enregistrement live d’un futur épisode, comme ce sera le cas pour le célèbre “La Poudre” de Lauren Bastide, une conversation intime avec une femmes belge.

Un univers foisonnant de formats et d’écritures  

En Belgique, le BPF n’est néanmoins pas le premier festival dédié à la création sonore. Fin 2019, l’Atelier de création sonore radiophonique (l’ACSR, dont vous pouvez régulièrement entendre les créations dans l’émission “Par ouï-dire” sur La PremièreF) organisait Ear You Are et, depuis 1997, d’autres Festivals de l’écoute: "Il n’y a pas de concurrence entre nous", développe Carmelo Iannuzzo, directeur de l’ACSR et partenaire du BPF, "On réfléchit ensemble, on se rencontre. L’Atelier 210 arrive à toucher un public plus jeune que le nôtre. Historiquement, nous sommes plus tournés vers les écritures et les fictions sonores, mais l’effervescence autour du podcast peut profiter à tout le monde."

Exemple avec le Collectif Wow!, des artistes transdisciplinaires basés à Bruxelles qui ont toujours utilisé le son dans leurs créations (leur “Piletta Remix”, spectacle pour jeune public, est joué depuis 2016 avec un succès non démenti) et proposent, dans le cadre du BPF, “Les creux dangereux – ou la louve abîmée”, premier mouvement d’un concert-fiction (à écouter au casque) en cinq épisodes.

Une programmation (éco-)féministe

Un mariage entre la création sonore comme expérimentation et oeuvre artistique et des formats plus journalistiques ou conversationnels,


Arriver à marier la création sonore comme expérimentation et oeuvre artistique à des formats plus journalistiques ou conversationnels, c’est ce qu’est parvenu à faire Arte Radio dont le directeur Sylvain Gire est invité au BPF pour une session d’écoute. D’ailleurs, deux formats produits par Arte Radio se retrouveront aussi sur scène: la journaliste française Charlotte Bienaimé viendra parler du prochain épisode d'“Un podcast à soi”, documentaire mensuel féministe de haute qualité tandis que le magnifique podcast “Les chemins de désir” (aussi un livre publié au Seuil) de Claire Richard devient spectacle, un must du festival (selon nous).

Pas mal de Made in France donc pour cette première édition (“le reflet de ce que l’on écoute”, justifie Elisabeth Debourse), de femmes ("Dans ce nouveau médium qu’est le podcast, il n’y avait pas de postes d’autorité, en général occupés par des hommes blancs, c’est pour cela que d’autres ont pu s’insérer et y faire exploser leur voix”, dixit Elisabeth Debourse) et un poil d’écologie puisque le festival verra également naître “Reclaim the climate”, un podcast sous forme de conversation qui rassemblera des militants écologistes autour de leurs expériences d’activistes.

Le Brussels podcast festival, à l'Atelier 210, jusqu'à 1er mars. Infos: www.atelier210.be

"Réfléchir à professionnaliser le podcast"

En 2019, avec Lucie Allo, la journaliste belge Camille Crucifix lance "Un peu gênantes", un podcast de conversation (drôlissime) sur leurs histoires embarrassantes et très personnelles de poils, menstruations ou sexuelles. Avec un autre podcast belge, "Baleine sous caillou", elles seront au premier BPF.

Avant de produire le vôtre, quel était votre rapport au podcast ?

Au départ, je suis une grande consommatrice de podcasts, un moyen hyper accessible et pas cher de prendre la parole et diffuser ses idées. "Un peu gênantes" n’est pas du militantisme “poing levé” (même si on adore cela également), c’est plutôt de l’humour qui permet de se libérer d’histoires dont on était très gênées, de choses insignifiantes qu’on passait des heures à débriefer.

Un événement comme le BPF est-il important pour vous? Et le passage sur scène?

Cela crée des espaces pour la visibilité des podcasts belges, pour se connaître entre nous et réfléchir à professionnaliser le podcast. Et la scène montre bien que l’on peut vivre la parole et s’en emparer de plein de manières. On a déjà fait des rencontres avec nos auditrices (majoritairement des femmes), on communique pas mal via Instagram, donc oui, c’est important pour nous.

Quoi de prévu pour les prochains épisodes?

On veut intégrer les auditrices et auditeurs, faire un mélange entre leurs histoires et les nôtres et aborder d’autres pans de la honte. On grandit, on a d’autres gènes! Puis, depuis le début, on veut s’entourer d’une équipe: illustratrice, ingé son, graphiste, etc. Pour l’instant, on les rémunère sur nos propres deniers, mais l’objectif est d’en faire une activité professionnelle. 

 

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