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La culture, levier de la relance

Rédacteur en chef adjoint

Après son silence assourdissant, insoutenable et dévastateur, la culture peut réclamer un retour en fanfare. Car son apport est aussi vivifiant qu’économique.

On n’y voit trace. Quand on parle du secteur culturel, on évoque sa souffrance, son musellement, son effondrement même. On y parle soutien, mobilisation, indemnisation. On invoque en même temps son impérieuse nécessité, son rôle de guide, de vecteur de l’âme. Mais lisez tous les plans de relance, à tous les niveaux de pouvoir, de la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’Europe, vous ne trouverez trace de relance de la culture.

Certes, la culture, c’est tout ça à la fois : des artistes, des institutions, des publics, animés par des besoins d’identité, de réflexions, de détente et de bien d’autres choses encore. Des actifs jugés si peu tangibles que la gestion sanitaire a préféré les mettre sous cloche. Sa diffusion et son infrastructure, faites de musées, cinémas et autres salles de théâtre, n'ont pas été jugées "corona proof". Une mise sous cloche d’autant plus aisée qu’avec ses 33% d’indépendants (plus que dans tout autre secteur), ses représentants sont éparpillés, peu structurés, et, partant, difficiles à mobiliser.

Le secteur culturel peut passer de la tragédie grecque à la commedia dell’arte, et montrer au monde que loin d’être un puits financier sans fond, il en est un extraordinaire levier.

Ses faiblesses sont pourtant ses meilleurs atouts. Son vivier humain peut se réveiller à tout moment pour peu qu’on lui en donne le signal, et le public répondre présent tant il a besoin de retrouver ces expériences culturelles dont on l’a privé depuis trop longtemps. Le secteur peut, de lui-même, changer de paradigme, passer de la tragédie grecque à la commedia dell’arte, et montrer au monde que loin d’être un puits financier sans fond, il en est un extraordinaire levier.

Selon un récent rapport d’Ernst & Young, le secteur culturel au sens large pèse en termes d’emploi davantage que les télécoms, l’automobile, l’industrie chimique et l’énergie réunis. En Europe, ses revenus approchent des 650 milliards d’euros, et sa valeur ajoutée dépasse les 250 milliards. C’est dire combien on a tendance à réduire erronément la culture à un secteur plongé dans une apoplexie financière au lieu de lui voir jouer un rôle dans la relance économique.

Mais davantage qu’un chèque en blanc, le secteur doit surtout revendiquer une meilleure protection juridique et financière. Cela passe par exemple, au niveau européen, par une défense de ses droits d’auteur face aux Gafa ; au niveau belge, par une réforme digne de ce nom du statut d’artiste. Il lui faut aussi réclamer des outils numériques pour ses productions, dont on a vu, à l’aune de la crise sanitaire, combien ceux-ci étaient pauvres. Après son silence assourdissant, insoutenable et dévastateur, la culture peut réclamer un retour en fanfare. Car son apport est aussi vivifiant qu’économique.

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