edito

La culture, otage de sa justification comptable

Journaliste et critique musical

Dans un monde où l’impact économique constitue le référent prioritaire de tant de décideurs, on n’a toujours pas compris pourquoi celui des acteurs culturels, maintes fois évoqué, n’a pas suscité de réaction plus rapide.

Il aura fallu attendre le 1er septembre – une éternité depuis le début de la pandémie – pour enfin dégager un peu l’horizon culturel, et plus particulièrement celui des arts vivants. L’élargissement de la jauge du public autorisée dans les salles de spectacles n’en est pas moins une victoire tardive et très incomplète pour «la culture» au vu de celles remportées bien plus tôt par d’autres secteurs – on devrait dire lobbies. Ce qui est interpellant.

Dans un monde où l’impact économique constitue le référent prioritaire de tant de décideurs, on n’a toujours pas compris pourquoi celui des acteurs culturels, maintes fois évoqué, n’a pas suscité de réaction plus rapide. Mépris? Indifférence? Ou simple méconnaissance, à l’exception des ministres directement impliqués? On évitera les réponses simplistes.

Dilution de la responsabilité

La lasagne institutionnelle qui fragmente les responsabilités politiques ainsi que le peu d’homogénéité d’un ensemble aux multiples modèles économiques ne facilitent pas la prise de décision. La grande distribution ou l’industrie automobile parlent d’une seule voix, là où la culture les démultiplie, transformant ici sa richesse en faiblesse.

«La grande distribution ou l’industrie automobile parlent d’une seule voix, là où la culture les démultiplie, transformant ici sa richesse en faiblesse.»
Stéphane Renard
Journaliste

De même, la mise en place d’un véritable statut (fédéral) de l’artiste, qui serait enfin une reconnaissance de son rôle social, se révèle plus que jamais tributaire d’un difficile compromis entre le Nord et le Sud, alors que la situation de l’emploi – et la gestion du chômage – y divergent pour de bon.

Reste que, même s’il faut affiner certains chiffres assénés comme des slogans, le poids du monde culturel est considérable. Faut-il pour autant regretter que, dans son désarroi actuel, «la culture» se soit emparée essentiellement du volet économique pour défendre son droit à l’existence? Elle pourrait certes insister davantage sur sa fonction première, essentielle: l’éducation par la réflexion, facteur clé du lien social et du vivre ensemble dans une société démembrée. Mais serait-elle davantage entendue face au discours essentiellement comptable du politique?

À lire aussi dans notre dossier

Snobé par le Fédéral au début de la crise, le secteur culturel a brandi son poids économique: 5% du PIB, 3e employeur européen et 250.000 travailleurs en Belgique. Mais d’où viennent ces chiffres et quelle réalité recouvrent-ils? L’Echo a mené l’enquête.

2. Jean-Gilles Lowies: "La culture est le thermomètre d’une démocratie"

Coauteur de l’étude de référence sur le poids économique de la Culture, en 2014, chargé de cours à l’ULg, Jean-Gilles Lowies remet en perspective la crise actuelle.

3. Stéphane Renard, journaliste: "La culture, otage de sa justification comptable"

Dans un monde où l’impact économique constitue le référent prioritaire de tant de décideurs, on n’a toujours pas compris pourquoi celui des acteurs culturels, maintes fois évoqué, n’a pas suscité de réaction plus rapide.

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