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La culture pour reconstruire l’Europe

Le secteur culturel fait ainsi partie, avec le tourisme et le trafic aérien, des activités les plus sévèrement affectées par les conséquences du coronavirus. ©Delmarty/ANDBZ/ABACA

L’industrie culturelle européenne a perdu 199 milliards de chiffre d’affaires en 2020, affirme Ernst & Young, dans un rapport aux chiffres vertigineux. C’est ce qui en fait un moteur de la relance économique. À méditer d’urgence.

L’économie sera-t-elle sauvée par la culture? Le trait est un peu forcé, mais la question est moins provocatrice qu’il n'y paraît. Car si les pouvoirs publics ont tendance à ignorer les revendications du secteur culturel laminé par le Covid-19, peut-être prendront-ils en considération l’étude que vient de publier Ernst & Young. Peu suspect de subversion, ce géant de la consultance pose, chiffres à l’appui, un constat sans appel: en 2019, c’est-à-dire avant le choc du Covid, les industries culturelles et créatives (ICC) ont fourni une contribution plus importante à l’économie européenne que les industries des télécoms, de la chimie et de l’automobile réunies

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En 2013, le secteur culturel pesait 536 milliards d’euros de revenus et représentait 4,2% du PIB européen.

En 2013 déjà, le consultant avait mené une enquête similaire à la demande du Groupement européen des sociétés d’auteurs et de compositeurs (Gesac), dont est membre la Sabam, et qui représente environ un million d’artistes. L’étude fit d’autant plus de bruit qu’elle constituait la première tentative d’envergure pour estimer l’apport réel du secteur culturel à l’économie du Vieux Continent. Les chiffres donnaient le tournis: en 2013, le secteur culturel pesait 536 milliards d’euros de revenus et représentait 4,2% du PIB européen. Il était tout simplement le troisième employeur du continent.

Selon ce nouveau rapport demandé par le Gesac, le bilan actualisé est encore plus interpellant six ans plus tard. En 2019, avant le Covid, les industries culturelles représentaient désormais 4,4% du PIB. Avec un chiffre d’affaires de 643 milliards d’euros et 7,6 millions d’emplois (+ 10% par rapport à 2013), celles-ci dégageaient une valeur ajoutée de 253 milliards d’euros (+ 17% par rapport à 2013). Quant à la balance commerciale européenne des biens culturels, elle était excédentaire de 8,6 milliards d’euros, soit quasiment l’équivalent du secteur de l’alimentation, des boissons et du tabac. Pour saisir l’ampleur du désastre vécu par les industries culturelles l’an passé, il suffit dès lors d’aborder le problème par le prisme Covid. En un an, le chiffre d’affaires a chuté de 31%, soit de 199 milliards d’euros, confirmant que le secteur culturel fait ainsi partie, avec le tourisme et le trafic aérien, des activités les plus sévèrement affectées par les conséquences du coronavirus.

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En 2019, les industries culturelles représentaient désormais 4,4% du PIB avec un chiffre d’affaires de 643 milliards d’euros et 7,6 millions d’emplois.

La scène massacrée

Certes, les industries créatives prises en compte par l’étude dépassent largement la notion de culture à laquelle on pense spontanément – scènes, musées, cinéma, littérature… Les chiffres impressionnants d’Ernst & Young agrègent en réalité dix domaines d’activité, incluant aussi l’architecture, l’audiovisuel, le jeu vidéo, la presse, la publicité et la radio. Reste que si le chiffre d’affaires du jeu vidéo a progressé de 9% en 2020, celui de la plupart des secteurs a cédé de 20 à 40%. Quant aux mondes de la musique et du spectacle vivant, le recul respectif de 76% et 90% de leur activité en un an tient du massacre… Or, dans le cas du spectacle vivant, cet indicateur mesure la valeur de la billetterie, et non le chiffre d’affaires des intermédiaires intervenant dans la production des spectacles. C’est dire l’ampleur de la catastrophe.

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En 2020, le chiffre d’affaires a chuté de 31%, soit de 199 milliards d’euros.

Sur le plan humain en effet, et plus particulièrement pour tous les artistes pratiquant les arts de la scène au sens large, il n’est plus nécessaire de souligner leur drame au quotidien. Mais on rappellera que plus de 90% des entreprises culturelles sont des PME, où les indépendants constituent 33% de la main-d’œuvre, soit deux fois plus que dans toute l’économie européenne. 

Et pourtant, "avant la pandémie de Covid-19", souligne Ernst & Young, "ce sont les industries culturelles et créatives qui rythmaient la croissance et l’internationalisation de l’économie européenne". Les chiffres actualisés entre les deux études le confirment sans ambiguïté et témoignent de "l’intense dynamique d’innovation des secteurs culturels". On ne peut dès lors que partager la conclusion de l’étude selon laquelle le secteur culturel pourrait bien être "le moteur de la relance européenne". Du moins si elle bénéficie d’un "soutien important des pouvoirs publics et de la stimulation des investissements privés". Peut-être certains cesseront-ils enfin de considérer la culture comme un coût, mais comme une formidable opportunité.

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