Le Brussels Podcast Festival se veut engagé et pluriel

Affiche du Brussels Podcast Festival.

Pour se faire une place dans le paysage médiatique et culturel, le podcast mise sur sa singularité – ses singularités plurielles, vous corrigeront les organisateurs du Brussels Podcast Festival.

La première édition en février 2020, quelques jours à peine avant le début d'épidémie, avait été un franc succès: "Les salles étaient combles, nous avions accueilli 3.000 personnes sur l’ensemble du week-end", se souviennent Camille Loiseau et François Custers, qui font partie du comité de programmation du Brussels Podcast Festival (BPF). "Ce fut une expérience humaine assez particulière car c’était nouveau de voir rassemblées toutes ces personnes qui, jusqu’alors, écoutaient seules." Malheureusement, cette année, ce sera chacun chez soi pour suivre en ligne sessions d’écoute, conférences, diffusions en avant-première, enregistrements live ou master (lutte des) classes de la programmation 2021. Une programmation toujours plus engagée, qui reflète les centres d’intérêt de l’équipe, mais pas seulement.

Le podcast est objectivement un espace où parviennent à plus et mieux s’exprimer, dans la longueur et la nuance, des voix et des idées tenues à l’écart du paysage médiatique traditionnel – des voix comme celles des personnes intersexes ("Je ne suis pas née femme", récit documentaire de Lucie Robet), celles des jeunes des cités (voir "À l’ouest" dans notre sélection ci-dessous) ou des idées comme celle d’une justice réparatrice (voir "MurMur" dans notre sélection également). "Ces voix, sans le montage potentiellement malveillant qui les dénature, sont inaccessibles hors du podcast, à moins d’être travailleur associatif ou directement concerné", affirme François Custers.

Le podcast, rejet des médias traditionnels?

"Notre but n’est pas de dire que les médias traditionnels font mal leur boulot, mais le podcast les force naturellement à s’ouvrir à des choses auxquelles ils étaient hermétiques." Aujourd’hui, les podcasts les plus suivis en francophonie sont menés tambour battant par des grandes voix du féminisme et/ou de l’antiracisme, comme celles de Rokhaya Diallo et Grace Ly qui viennent enregistrer un épisode de "Kiffe ta race" avec pour invitée Safia Kessas, responsable des Grenades et de la cellule Diversité et Égalité à la RTBF. "On sait que l’info des médias traditionnels reste produite majoritairement par des journalistes hommes, blancs, cisgenres, hétérosexuels, dans des formats prédéfinis et assez courts, tandis que le podcast est une affirmation du 'je', de la subjectivité, du journalisme narratif, du temps long même si, bien sûr, tout n’est pas toujours réussi", décrypte Camille Loiseau, par ailleurs coordinatrice Genre et Diversité au sein de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP).

"Au BPF, il faudra être attentifs sur le long terme à rester vecteur de découvertes."
Camille Loiseau
Co-organisatrice du BPF

"L’an dernier, on a aussi eu de beaux moments de libération de la parole, une ambiance très chargée émotionnellement." Parce qu’il ne met pas en jeu l’apparence de celles et ceux qui prennent le micro, le podcast s’est imposé comme espace pour parler de l’intime. À propos d’amour, lors de cette édition, on pourra se plonger dans l’écoute de "Game Lovers", fiction sonore produite par Arte Radio sur les gens tombés amoureux en jouant à des jeux en ligne. Finalement, qu’on l’explique ou pas, force est de constater que le podcast est une vraie tendance qui attire de plus en plus l’attention d’annonceurs privés ou de grands groupes de presse, notamment en France: "On le voit comme une menace d’uniformisation du podcast. Au BPF, il faudra être attentifs sur le long terme à rester vecteur de découvertes, porte-voix et créer des ponts entre productions belge et française.”

Notre sélection

"MurMur": interroger une alternative à la prison

"Avant, quand ça n’allait pas à ma mode, je pétais un câble", raconte l'un des invités de "MurMur". Ce podcast d’Ambre Ciselet donne la parole à des auteurs de délits qui, plutôt que d’aller en prison, ont préféré suivre une formation via l’ASBL Arpège-Prélude à Nivelles et Liège. Depuis un quart de siècle, celle-ci propose une alternative judiciaire où la formation en groupe est utilisée pour les personnes ayant commis un délit avec une victime. "J’ai appris chez Arpège à réfléchir, gérer les situations de stress", résume l'invité du premier épisode. "J’ai eu des moments d’émotion, surtout quand j’ai été écouté. Je pouvais exprimer certaines choses." MurMur nous fait prendre conscience que nos prisons sont remplies de personnes en détresse, au passé traumatique. "Faut pas sanctionner directement", dit un des protagonistes. La discussion sur ce sujet et des extraits exclusifs sont à découvrir samedi à 14h00 dans le cadre du BPF.

"Travail (en cours)": grand entretien avec la sociologue belge Isabelle Ferreras

"Travail (en cours)" est un podcast du studio français Louie Media (un des grands producteurs et précurseurs de l’hexagone) qui traite du monde du travail et de ses effets (pervers) sur nos vies: l’autonomie au travail, négociations salariales et difficultés pour les femmes, notamment, de les mener, rapport au temps libre, à la notion de "passion", place du deuil personnel dans le monde professionnel, etc. Lors du BPF, la journaliste Louise Hemmerlé interviewe la sociologue belge Isabelle Ferreras sur les contradictions entre notre culture démocratique et le fonctionnement des entreprises capitalistes. Pour sortir de cette dysphorie, Isabelle Ferreras propose d’envisager les entreprises comme des entités politiques, et mettre en place un "bicamérisme économique" qui redonne une place de poids aux travailleurs dans la gouvernance.

"À l'ouest": du son venu de Beekkant

Dans sa saison 1, "À l’ouest" donne la parole aux habitants des deux tours d'habitation de Beekkant à Molenbeek. Ce sont les jeunes du quartier qui fabriquent les épisodes. Une grande justesse habite les interviews et la création musicale dont ils ont la charge. Coachés par les membres de l’ASBL Comme un lundi, ces jeunes nous parlent d’intimité, de solitude, de mort ou d’amour homme-femme dans un quartier précarisé et densément peuplé. Pour le BPF, Thibault Coeckelberghs, qui coordonne la réalisation, nous présente et commente la saison 2: "Le PCS, le local d’activités au pied des tours, va fermer. Souhaila, l’assistante sociale doit partir contre son gré. Dounia, Javan, Udeifa et les autres décident de mener leur enquête. Pourquoi leur local va-t-il fermer? Qui a décidé pour eux? Et si, grâce à leur podcast, ils avaient le pouvoir de changer les choses?"

"L’instant Papillon": à la découverte du monde d’après

Dans son podcast tout frais tout neuf, la journaliste belge Stéphanie Grosjean va à la rencontre de personnes qui ont changé de vie pour participer à l’édification d’un monde "plus juste, durable, éthique et solidaire", explique-t-elle, en entamant une "transition intérieure". Ce mot un peu galvaudé est au centre des questionnements de la journaliste. Dans l’épisode 1 déjà en ligne, avec beaucoup de délicatesse, elle nous fait rencontrer Sandrine, cadre dans une multinationale, mère de deux enfants, qui, après un burn-out qu’elle appelle son "effondrement intérieur", a remis en question toutes les strates de son existence. Un processus qui se passe en soi, mais aussi avec les autres et avec le monde. Pour Vincent Wattelet, psychologue et co-initiateur du Réseau Transition Belgique, cela vient du fait que nos épuisements individuels et celui des écosystèmes sont liés. Il nous parle de la philosophe américaine Joanna Macy qui a théorisé le "travail qui relie" et qui sauve. Pour poursuivre, rendez-vous le dimanche à 16h00 pour un enregistrement live de "L’instant Papillon".

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