Le Chat se coule en bronze

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Afin de boucler le budget nécessaire à la mise en place du Musée du Chat, Philippe Geluck met en vente des statues en bronze de deux mètres de haut. Les amateurs devront débourser 300.000 euros.

Ne pas baisser les bras. Tel pourrait être le mantra du Chat. Et de son créateur, Philippe Geluck. On le sait, il y a quelques années, ce dernier a pris son bâton de pèlerin en vue de lever des fonds pour assurer le financement du Musée du Chat. Et celui-ci devrait passer par la vente de statues en bronze de deux mètres de haut du Chat.

À la fin de l’année dernière, le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort, et le dessinateur ont signé une convention portant sur la création du musée qui sera logé dans un bâtiment (encore à construire) situé à un jet de pierres du Palais royal. À ce stade, l’ouverture, initialement prévue pour 2019, a été reportée à la fin de l’année 2023. L’affaire, on s’en doute, a un coût. La Région se charge de la construction du bâtiment de 7 étages (4.000 mètres carrés) pour un montant d’un peu plus de neuf millions d’euros. À charge du père du Chat d’en amener tout autant. Ce qui n’est pas rien. Une moitié de cette somme sera composée des œuvres que Philippe Geluck amènera au musée. Mais, pour l’autre moitié (4,5 millions d’euros pour ceux qui ont suivi), Geluck devra amener du cash.

1 million €
à trouver
Il manque encore un million d'euros ppur boucler le budget du Musée du Chat

Après avoir fait le tour des partenaires possibles en vue d’un sponsoring, le père du Chat a réussi à réunir environ 3,5 millions d’euros. Le compte n’est pas encore tout à fait bon. Et après avoir eu plus de 120 rendez-vous, Philippe Geluck s’est senti quelque peu découragé face à l’ampleur de la tâche.

Vingt chats de deux mètres

C’est en réfléchissant à la manière d’attirer l’attention du public français et étranger sur le futur Musée du Chat que Philippe Geluck a trouvé une nouvelle idée pour lever des fonds. Celui qui s’essaie à la sculpture en bronze depuis 2009 (il expose chaque année à la Brafa) s’est alors rappelé d’une exposition de sculptures géantes de Botero sur les Champs Elysées en 1992. Pourquoi pas se lancer à son tour?

Philippe Geluck est alors allé voir son "frère en sculpture", François Deboucq, avec qui il travaille depuis des années. Hélas, la fonderie de ce dernier n’avait pas la taille suffisante pour accueillir ce projet d’envergure. Après avoir fureté en Italie et au Portugal, c’est en Belgique, à Alost, que le père du Chat a trouvé son bonheur, chez Jo Van Geert qui lui a assuré avoir la capacité de produire chaque mois une statue du Chat en bronze haute de deux mètres. Une fois ce premier aspect technique réglé, il a fallu trouver l’écrin rêvé pour cette exposition.

Cap sur Paris. "J’ai sollicité un rendez-vous avec Anne Hidalgo, la maire de Paris. Celui-ci a eu lieu le 4 juillet 2018. J’avais rendez-vous avec elle à 8h du matin. Avant de me dire bonjour, elle m’a dit ‘on le fait’", nous a expliqué Philippe Geluck, confortablement installé dans son studio situé à Ixelles. La maire de Paris et son équipe avaient pensé à différents endroits lorsque Philippe Geluck, tentant le tout pour le tout, a proposé les Champs Elysées. Après validation par la ville de Paris, le père du Chat a obtenu gain de cause.

À partir du mois d’avril, ses statues seront bel et bien exposées sur ce que nos voisins considèrent régulièrement comme la plus belle avenue du monde. Après Paris, les chats en bronze devraient voir du pays et une tournée des grandes villes françaises est d’ores et déjà prévue. A priori, les vingt statues du Chat devraient être exposées à Bruxelles à la fin de l’année 2023, au moment de l’inauguration du musée du Chat. Telle est l’idée à ce stade.

300.000 euros la statue

On l’a dit, cette exposition devrait permettre à Philippe Geluck de boucler son budget pour le musée. Cela veut dire que les statues (1 tonne chacune) sont à vendre. Avant de la faire trôner dans votre couloir d’entrée (prévoir des plafonds suffisamment élevés), il vous faudra débourser 300.000 euros. Mais dépêchez-vous. A ce stade, et sans autre publicité que le bouche à oreille, onze statues ont déjà trouvé acquéreur. "J’ai pris l’engagement de ne percevoir aucun bénéfice personnel sur les ventes afin de pouvoir financer la fabrication des statues, l’organisation de la tournée et une partie du budget du musée", nous a détaillé Philippe Geluck. Qui enchaîne. "Si on vend les vingt statues et que l’on retire le coût de la fabrication et de l’organisation de la tournée, on pense pouvoir dégager environ 1,5 million d’euros". Et la boucle serait bouclée.

L’exposition sur les Champs Elysées démarrera en avril 2020 et tout devra être démonté deux mois plus tard afin de laisser la voie libre pour le défilé du 14 juillet. Une fois que les statues seront toutes coulées, il faudra les acheminer jusqu’à Paris, une opération qui nécessitera l’utilisation de cinq semi-remorques. Pour le coup, vu la hauteur du convoi, il faudra bien réfléchir à la trajectoire à suivre sachant que la hauteur des ponts belges ne répond pas aux normes européennes en vigueur dans autres pays. En Belgique, les ponts sont plus bas de dix centimètres par rapport aux autres pays.

Les amateurs français souhaitant s’offrir une des statues exposées aux Champs Elysées pourront profiter à plein d’un système de défiscalisation leur permettant d’amortir l’œuvre en cinq ans. Pour cela, il faut que l’œuvre puisse être considérée comme originale (dans le cas d’une statue en bronze, cela revient à dire qu’elle ne peut pas être produite à plus de huit exemplaires), que l’artiste soit vivant et que l’œuvre, pendant au moins cinq ans, soit visible pour le public. Cette notion englobant par exemple les employés d’une société qui aurait fait le choix d’acheter une telle statue.

"Pas un caprice"

"Acheter une telle statue revient à soutenir un projet culturel. Ce n’est pas une opération commerciale de ma part. Il s’agit d’un moyen de réunir un budget pour un projet culturel", précise encore Philippe Geluck qui détaille la composition du futur musée. "Il y aura trois chapitres: un consacré à mon travail personnel, un autre qui sera une exposition temporaire d’hommage à des dessinateurs humoristiques et un troisième consacré à l’image du chat à travers la culture humaine." Et notre interlocuteur l’assure, le musée sera en perpétuelle évolution. Ses propres œuvres seront renouvelées tandis que les deux autres chapitres seront, par essence, constamment renouvelés. "La personne qui viendra visiter le musée deux fois par an découvrira chaque fois un musée différent."

Et le père du Chat de continuer son plaidoyer, parfois piqué au vif par des remarques concernant son projet. "On va créer 25 emplois et les revenus viendront de la billetterie, de la cafétéria, de la boutique et de la location de salles pour des soirées privées. C’est là que je dis que ce n’est pas juste un caprice d’enfant gâté." Voilà qui est dit.

Avant de filer, on profite de l’occasion pour faire le tour de l’atelier. Et puis, le maître des lieux tient à nous montrer les photos des statues déjà coulées et le projet des autres statues. Trois d’entre elles fonctionneront avec un système de fontaine qui fait partie intégrante de l’humour absurde du Chat. Une autre statue nécessitera quelques manipulations. Philippe Geluck a bien l’intention de soulever une de ses statues à l’aide d’une grue avant de la laisser tomber sur une voiture. Sachant qu’une statue pèse une tonne, on imagine d’ici l’état de la voiture après avoir pris le Chat sur son toit. Et sur le socle de l’œuvre, l’artiste fera dire à son animal de compagnie préféré: "C’est la première fois qu’un chat écrase une voiture."

Après Paris et la tournée des villes françaises, et après Bruxelles, l’exposition des statues du Chat pourrait encore bouger. Des contacts sont en cours avec la Chine, l’Allemagne, l’Italie, le Canada et l’Autriche.

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