Les idoles - série d'hiver 3/3 | Le Che, idole post mortem

Toute l'ambiguïté du Che dans cette fresque signée Jorit: révolutionnaire et humaniste. ©LightRocket via Getty Images

Rares sont les idoles de la pop culture à avoir imposé au monde entier un visage, une silhouette, voire un concept. La vraie personnalité se fond dans l'icône... et crée le symbole. 1967: Che Guevara est mort. Qu'importe, une ancienne photo va sortir de l'ombre et imposer l'image du guérillero au grand cœur. Pour l'éternité.

Aujourd'hui, nous parcourons la vie de Che Guevara à l'envers. On part d'une photo mythique, punaisée à des millions de murs, imprimée sur des millions de T-shirts, pin's, sacs, casquettes. Un regard anxieux, fiévreux, presque furieux, qui porte loin. Le béret arborant l'étoile, le col remonté, les cheveux longs.

Cette photo, prise en 1961 par Alberto Korda, le photographe officiel du gouvernement cubain de Fidel Castro, est exhumée par un éditeur italien en 1967: il en fera une affiche mythique, bientôt tirée à 1 million d'exemplaires. 1967 marque aussi, pourtant, la mort de celui qui était, déjà de son vivant, une icône marxiste.

1968
En mai 68, Che Guevara devient à la fois un martyr et un mythe.

Cette image, mai 68 va en faire son fanion. Cette année-là, Che Guevara devient à la fois un martyr et un mythe. Le monde communiste, à l'époque, est très puissant: URSS, Chine, bloc de l'Est, Cuba, Vietnam, Cambodge, Laos et de nombreux pays d'Afrique et d'Amérique du sud sympathisent pour contrer l'impérialisme américain. On accuse d'ailleurs les États-Unis d'avoir orchestré la mort du Che, la CIA soutenant très activement l'armée bolivienne, défiée par Guevara et sa guérilla.

Acculé dans un ravin (où il continue d'écrire des lettres pleines d'ironie – et de la théorie marxiste), Che Guevara est fait prisonnier, puis exécuté sommairement, son corps exhibé comme un trophée à la morgue d'un hôpital local, où défile la presse mondiale. Dans ses derniers écrits, Che Guevara fait preuve de cette personnalité double qui va nourrir le mythe. Combattant acharné, sans pitié quand il faut servir la cause, il se révèle d'une certaine douceur humaniste après les combats, quand le médecin apparaît et qu'il soigne ses ennemis aussi bien que ses propres hommes.

Une vie, des films

Cette personnalité, le grand public d'aujourd'hui la connaît grâce à des films venus nourrir le fameux cliché au béret. Notamment l'excellent "Diarios de motocicleta" ("Carnets de voyage", 2004) du réalisateur brésilien Walter Salles, qui suit le périple effectué par le jeune médecin argentin avec un ami, à travers toute l'Amérique latine. Nous sommes en 1952, Ernesto Guevara, bientôt 24 ans, n'est pas encore le Che et c'est ce voyage de cinq mois qui va lui ouvrir les yeux sur l'injustice d'une extrême pauvreté entretenue par les puissants (et notamment l'esclavage maintenu par les firmes américaines dans les mines de cuivre du Chili).

L'héritier d'une famille argentine très privilégiée va donc devenir le chantre des "damnés de la terre".

L'héritier d'une famille argentine très privilégiée va donc devenir le chantre des "damnés de la terre". Il s'engage auprès de Castro avec qui il fait partie des 82 guérilleros à débarquer à Cuba en 1956 – une vingtaine seulement survivra aux premiers jours de bataille. Mais les têtes brûlées vont reprendre peu à peu l'île au président Batista. Dans "Che", Steven Soderbergh va raconter toute l'ambiguïté de cette période cubaine, avec famille nombreuse (et heureuse) d'un côté, et de l'autre le commandement sans pitié de la prison de la Cabaña, qui traque et supprime les opposants. Lorsque Benicio del Toro reçoit le prix d'interprétation au Festival de Cannes en 2008, la salle l'acclame. En France, comme partout ailleurs, le Che est encore un héros.

Star malgré lui

À son insu, et par l'intermédiaire d'une photo, Che Guevara est donc devenu à la fois un symbole puissant de la liberté et du combat, mais aussi un produit de consommation extrêmement répandu, visible partout, et décliné notamment par Andy Warhol dès 1968 dans la fameuse composition aux fonds colorés interchangeables. Et les droits de la photo de Korda dans tout cela? Le photographe a toujours clamé n'avoir jamais rien touché, respectant ainsi les idées universalistes et partageuses du Che… à condition que l'usage n'en soit pas commercial. La fille de Korda attaquera ainsi de nombreuses sociétés à partir de 2010, quand un tribunal parisien rétablit ses droits sur la photo.

Cadrée plus large à l'origine, "Guerrillero Heroico" (c'est son titre officiel) fut prise à près de 20 mètres, alors que Guevara assistait aux obsèques des victimes de l'explosion de la Coubre, un bateau venu décharger des munitions (belges) à La Havane, et piégé par la CIA. Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir étaient présents sur la même estrade. D'autres photos, prises en d'autres lieux, avaient déjà fait d'eux d'autres mythes...

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