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Les petits festivals seront-ils épargnés?

Journaliste

Tandis que quelques festivals ont pris le pari d’un report après l’été, comme les Ardentes ou les Nuits Botaniques, il reste peut-être un espoir que tous les festivals de l’été ne soient pas annulés...

Tandis que quelques festivals ont pris le pari d’un report après l’été, comme les Ardentes ou les Nuits Botaniques, il reste peut-être un espoir que tous les festivals de l’été ne soient pas annulés, comme le laissait initialement penser la Première ministre à l’issue du Conseil national de sécurité de mercredi. La question sera débattue dans les prochains jours. Il faut en effet s’entendre sur ce qu’on entend par "événements de masse" et si de petits festivals peuvent s’insérer dans la stratégie de déconfinement qu’on nous promet dès le 3 mai. C’est le pli, semble-t-il, pris par Franck Riester, le ministre français de la Culture.

Ce serait un moindre mal, car ces festivals ne sont pas seulement une nourriture pour l’esprit, un délassement, l’ivresse de la liberté – chacun répondra pour lui-même ce qu’il y recherche –, les festivals sont devenus des opérateurs sociaux et territoriaux qui dépassent leur organisation propre. À Dour, c’est tout l’associatif à dix kilomètres à la ronde qui finance ses activités de l’année en participant à l’organisation du festival. Les festivals sont un vecteur essentiel de notre maillage social.

Si l’on pouvait en sauver quelques-uns, Madame la Première ministre, ce serait déjà ça de pris. Avec toutes les précautions d’usage. Attention, fragile.

C’est aussi un acteur économique dont le poids étonne – 1 milliard pour le circuit de la musique live en Belgique – et une place du marché lorsque des programmateurs internationaux se pressent aux Rencontres de Huy pour faire ensuite tourner leurs spectacles jeune public. Au KunstenFestivaldesArts, vitrine de la création à Bruxelles, plus de 20% du public viennent de l’étranger, dont de nombreux programmateurs, qui logent, consomment et génèrent des revenus. Ce qui n’a pas échappé à la chaîne McDonald’s, qu’on n’attendait pas s’associer à ce festival pointu pour faire entendre les voix d’artistes migrants dans ses fast-food. Si seulement ce festival avait pu avoir lieu...

À mesure qu’ils s’effondrent comme un château de cartes et que se font entendre comme un écho lancinant les cris des artistes et des techniciens, on mesure la fragilité de structures qui peinent souvent à trouver leur équilibre financier, au point d’aiguiser les appétits des acteurs dominants du marché, qui pourraient faire main basse sur quelques pépites fragilisées. Ce qu’on est en train de perdre, ce n’est pas seulement une saison de festivals, mais toute sa diversité qui fait de ce pays non une terre de penseurs mais une terre d’artistes. Alors, si l’on pouvait en sauver quelques-uns, Madame la Première ministre, ce serait déjà ça de pris. Avec toutes les précautions d’usage. Attention, fragile.

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