Lille part à la recherche de l'eldorado perdu

Des "alebrijes" mexicains sur la Rambla de Lille pour la grande parade du samedi 4 mai, dès 19h30. ©Lille3000

Après l’Inde en 2006, les pays de l’Est en 2009, Fantastic en 2012 et Renaissance en 2015, Lille 3000 lance Eldorado samedi avec sa grande parade colorée.

Festival

"Eldorado"

Cote: 3/5

Didier Fusillier, commissaire général de Lille 3000

Jusqu’au 1/12 à Lille: www.eldorado-lille3000.com

Jusqu’au 1er décembre 2019, parade d’ouverture, métamorphoses urbaines, grande exposition au Tripostal (lire ci-dessous), spectacles, débats, gastronomie et déclinaisons sur tout le territoire rythmeront la saison culturelle de Lille. Un modèle créé par Didier Fusillier, il y a 15 ans, et devenu aujourd’hui une tradition dans le paysage culturel du nord de la France. Voilà un exemple rare d’une capitale européenne de la Culture qui a, d’une part, réussi à donner naissance à un événement récurrent d’ampleur internationale et, d’autre part, à poursuivre un élan solidaire local autour d’un projet commun.

Thème de cette édition, Eldorado renvoie à ce pays fabuleux, imaginaire et regorgeant d’or auquel rêvaient les conquistadors espagnols au XVIe siècle. Cette métaphore d’un ailleurs plus attractif guide l’ensemble de la programmation et offre une multitude d’interprétations possibles.

Luke Jerram, "Museum of Moon" (2018). A voir à la gare de Lille Flandre. ©Gareth Jones

Cette année, c’est l’artiste Luke Jerram et son immense lune gonflable qui accueillent les visiteurs dans le hall de la gare de Lille Flandre. Quant à la large rue Faidherbe (La Rambla), dans son prolongement, elle se pare d’une dizaine de grandes sculptures animalières colorées, plus connues au Mexique sous le nom d’Alebrijes, ainsi que des crânes géants customisés à l’îlot Comtesse. Seul bémol, toutes ces œuvres monumentales ont parcouru la moitié de la planète pour venir colorer le cœur de Lille.

Un exemple rare d’une capitale européenne de la Culture qui perpétue un rendez-vous international et un élan solidaire local.

Certains murs de la ville se voient ornés de fresques du collectif Tlacolulokos, dans lesquelles les codes pré-hispaniques propres au Mexique se mêlent à des préoccupations plus actuelles. Au Musée de l’Hospice Comtesse, l’exposition "Intenso/Mexicano" propose la traversée d’un siècle de peinture et de photographie à partir des collections du Museo d’Arte moderno de Mexico. Et, comme à son habitude, la gare Saint-Sauveur se positionne dans un registre plus ludique avec "La Déesse verte", une sorte de jungle surréaliste.

lille3000 Eldorado - Teaser (2019)

Murs et frontières

Le Palais des Beaux-Arts de Lille vaut à lui seul le détour, non pour son exposition "Golden Room", qui est une sorte de chambre au trésor dans les collections anciennes du musée, où des artistes contemporains sont simplement venus déposer leurs œuvres scintillantes, mais davantage pour sa magnifique rénovation et son impressionnante salle des plans-reliefs.

Yavoi Kusama, "Infinity Mirror", à voir au Tripostal ©BELGAIMAGE

Parmi les Maisons folie de la grande métropole lilloise, on épinglera surtout celle de Wazemmes. L’exposition "US-Mexico Border: Place, Imagination and Possibility", imaginée avant l’élection de Trump pour le Craft and Folk Art Museum de Los Angeles en 2017, donne à voir le travail très intéressant d’une quarantaine d’artistes contemporains qui interrogent la frontière entre les deux pays en tant que lieu et imaginaire.

Une offre culturelle multicolore dans laquelle se cachent quelques pépites, mais qui devrait doucement songer à renouveler son propre eldorado à l’heure des grands enjeux sociétaux de notre culture en mutation… L’exposition au Tripostal entre néanmoins dans le vif du sujet.

Adel Abdessemed, "Hope", 2011-2012. A voir au Tripostal. ©ADAGP

"Eldorama" au Tripostal
COUP DE CŒUR 

Au Tripostal se déploie "Eldorama", exposition phare de la programmation. Construite en trois chapitres (Les Mondes rêvés, La ruée et un Eldorado sans fin), elle donne un panorama des eldorados contemporains.

Sous le commissariat du trio Jérôme Sans, Jean-Max Colard et Isabelle Bernini, elle s’ouvre sur une géniale installation plutôt kitsch de Thukral & Tagra. Un terrain rose de sport indien de Kabbadi où mariage, tradition et ambitions mondiales se rencontrent. "Match Fixed" est une satire cinglante des mariages en Inde, où de nombreux jeunes hommes émigrent à l’étranger pour se lancer dans une carrière fructueuse, puis rentrent brièvement chez eux pour tenter un mariage arrangé.

Souvent l’époux part avec la dot et la femme est laissée chez elle, dans l’attente d’un visa et d’un billet d’avion vers un eldorado qu’elle ne verra jamais. La deuxième étape, "la ruée", est étroitement liée aux migrants; même si le sujet peut sembler parfois redondant, il n’en reste pas moins tragique. Et la vision de la précaire embarcation chargée de sacs-poubelle intitulée "Hope" par Adel Abdessemed laisse le visiteur sans voix. Tout comme la vidéo en simple plan fixe de Maria Kourkouta, à la frontière entre la Grèce et la Macédoine, qui voit défiler des migrants de tous âges.

C’est donc en pleine figure que l’on se prend les "Holidays Paintings" de Jonathan Monk, affichant les destinations prisées des touristes européens. Eldorados bon marché de proximité. Le dernier chapitre nous promènera entre des œuvres tantôt critiques, tantôt rêveuses, entre déception et nouvel espoir du pays rêvé. "Eldorama" est un long voyage qui dépeint des récits d’aventures violentes, poétiques, imaginaires, d’êtres à la recherche d’une vie meilleure et qui se termine avec "The Moon Landing Program" de Wang Yuyang…

La lune? Le nouvel eldorado!

Jusqu’au 1/9 au Tripostal, avenue Willy Brandt, 59000 Lille. (>GOOGLE MAP)

 

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