Marie Gillain: "J'ai longtemps été un wagon en retard. J'ai découvert 'Lost' il y a trois ans"

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"Souviens-toi" est la nouvelle grande coproduction de la RTBF. La chaîne publique diffuse ce jeudi soir le deuxième des trois diptyques de cette enquête psychologique originale. L'actrice Marie Gillain, qui signe ici son premier rôle au petit écran, nous parle de son personnage, une femme isolée qui doit se retrouver par son travail de pédopsychiatre.

Seule témoin de l’assassinat de ses parents et de son petit frère encore bébé, Madeleine, 8 ans, est prise en charge par une pédopsychiatre en arrêt de travail après le suicide supposé de sa propre fille. L’actrice belge Marie Gillain est très convaincante dans ce rôle intime de femme blessée et avec lequel elle signe sa première série télévisée. Réflexions.

Qu’est-ce qui vous a convaincue de jouer dans cette fiction, et dans votre première série télévisée?

Ce qui m’a donné envie, c’est que j’ai trouvé l’univers de la série très bien tenu, surprenant, car cette pédopsychiatre et ce flic sont des personnages atypiques auxquels on ne s’attend pas. Lui est père de famille nombreuse, heureux, et cela va à l’encontre de beaucoup de clichés associés aux policiers. Elle est aussi marginale car elle vit recluse dans sa forêt. Cette femme brisée n’est plus du tout dans la vie mais va retourner vers la lumière et l’action grâce à l’enquête. Enfin, le personnage de la petite fille est original, car le monde des enfants est souvent un monde auquel on ne touche pas. Or, ici, l’enfant a une part de mystère et d’obscurité.

"L’ambition artistique des séries a bien évolué alors que certaines productions de cinéma ont, à l’inverse, un peu stagné."

Pour une actrice, la différence entre le cinéma et la série réside surtout dans la densité en termes de travail et de trajectoire. Quand il y a six épisodes, cela demande de préparer davantage la gestion du passage entre les épisodes, le temps de préparation est différent. Le format est aussi plus riche. Il permet de déployer sur la longueur une complexité dans l’intrigue et dans le parcours psychologique des personnages. Et cela m’a vraiment plu.

Comment avez-vous compris et interprété cette femme?

Le personnage que je joue a besoin d’un certain temps que la série peut offrir: elle est au départ renfermée sur elle-même et le travail avec la petite fille va la ramener à la vie. Elle était une femme lumineuse, une maman pleine de vie, mais quand elle accueille cette enfant, elle ne sait plus comment fonctionner en tant que mère. Et elle sait que, par le travail psychologique, elle va elle-même effectuer un transfert et retrouver des choses enfouies. J’ai trouvé la construction de ce parcours vraiment original car il est besoin d’un travail de l’intime pour que la petite fille retrouve la mémoire afin de faire avancer l’intrigue. Mais cette femme a également besoin de cette enfant pour redevenir la femme active qu’elle était et être capable de basculer dans ces émotions qu’elle avait verrouillées depuis la perte de sa fille.

Les phrases clés

"Pour une actrice, la différence entre le cinéma et la série réside surtout dans la densité en termes de travail et de trajectoire."

"Le format est aussi plus riche. Il permet de déployer sur la longueur une complexité dans l’intrigue et dans le parcours psychologique des personnages. Et cela m’a vraiment plu."

"Dans ma vie d’actrice, j’ai envie de faire des rôles qui me passionnent, bien construits, dans lesquels il y a une belle intensité et une réelle complexité."

Pourquoi cette première série télévisée et pourquoi maintenant?

J’ai évolué dans mes goûts de téléspectatrice. J’ai longtemps été un wagon en retard – j’ai découvert "Lost" il y a trois-quatre ans – et, il y a peu, j’ai rattrapé le temps perdu. Je n’ai pu que constater que la série est un format riche, passionnant, qui permet de développer beaucoup de choses. Et, en même temps, l’ambition artistique de ce genre a bien évolué alors que certaines productions de cinéma ont, à l’inverse, un peu stagné. Dans ma vie d’actrice, j’ai envie de faire des rôles qui me passionnent, bien construits, dans lesquels il y a une belle intensité et une réelle complexité.

Comment avez-vous construit ce tandem pédopsychiatre/victime infantile?

J’ai beaucoup travaillé avec Anne Badel, co-scénariste mais également psychanalyste et psychiatre, pour le jargon de la psychologie. J’ai particulièrement apprécié ce tournage grâce à la touche très personnelle d’Anne et de Pierre (Aknine, coscénariste et réalisateur de la série, lire ci-dessous, NDLR). Ils travaillent en famille, l’affect et le travail cohabitent, mais c’est très sain et cet ingrédient se retrouve dans la série. Je me suis par ailleurs aussi inspirée d’eux pour construire mon duo avec Sami Bouajila. La pédopsychiatre travaille avec le flic mais va venir habiter chez lui un moment avec l’enfant qu’elle a accueillie. Toutes les barrières professionnelles vont exploser et il va y avoir une proximité et une intimité entre les personnages.

une psychologie riche et originale

Cette fiction belgo-française de bonne facture déploie les rebondissements attendus de toute enquête policière qui se respecte mais se démarque par son duo de protagonistes incarnés par Marie Gillain et Sami Bouajila.

 Comme nous le confiait Pierre Aknine, le créateur de "Souviens-toi", l’intention d’auteur était de "faire un film (sic) sur le lien, en partant d’une situation dramatique et de voir tout ce qu’un événement dramatique peut susciter entre des gens d’une région assez cloisonnée (le Nord de la France). Puis voir comment ces liens s’interposent et s’opposent, pour avoir une variété psychologique intéressante."

Pari réussi à ce niveau avec deux personnages principaux qui détonnent par leur évolution en ce qui concerne la pédopsychiatre, et par la représentation d’une masculinité alternative pour l’enquêteur, loin des clichés du flic traditionnel borné, solitaire et qui picole.

C’est un père de famille nombreuse, présent, sensible et empathique, mais qui doit rester froid et distant dans son métier. "C’est une direction d’acteur assumée, reprend Pierre Aknine. Il est obligé de marquer la limite en tant que flic, mais, après, le public peut l’accompagner dans son intimité."

L’histoire est basée sur 25 années de pratique thérapeutique de la coscénariste Anne Badel. Elle est parfois noire, mais toujours humaine, et conclut sur une fin non-consensuelle qui fera réfléchir.

À voir sur La Une ou à rattraper sur rtbf.be/auvio.

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