interview

Maye Musk, mère de génies

©Morgan Levy

Ses enfants ont fait des vagues avec leurs voitures rapides et le "slow food". Maye Musk raconte comment elle a donné naissance à une famille d’entrepreneurs.

"Oh mon Dieu, quelle horreur!", s’exclame en grimaçant Maye Musk, comme si je lui montrais un cafard dans l’impeccable nouveau restaurant de son fils Kimbal. Ma seule erreur a été de demander son avis sur la tendance actuelle crudivore (ou cuisine vivante). "Je suis allée dans un restaurant raw food, et en sortant, j’ai demandé qu’on m’emmène manger un hamburger. Je n’avais pas réussi à avaler la moindre bouchée."

Maye Musk ne passe pas inaperçue. Avec ses cheveux gris courts, sa peau éclatante et ses yeux bleus scintillants, elle ne mâche pas ses mots. Diététicienne, elle n’a que faire des modes alimentaires. En tant que mère d’Elon (le plus célèbre inventeur au monde), de Kimbal (un entrepreneur tech & food), et Tosca, une réalisatrice qui vient de lancer un service de streaming de films romantiques, elle affiche la même détermination.

"J'étais une mère parfaite"
Maye Musk

Contrairement à la plupart des femmes de sa génération – elle est âgée de 69 ans – la maternité n’a pas modifié sa personnalité. Elle a dirigé sa propre entreprise de nutrition pendant 45 ans et a été mannequin pendant 54 ans. À une époque où parents et enfants sont de plus en plus étroitement liés face aux incertitudes et aux aléas de l’éducation compétitive, elle affiche un enthousiasme rafraîchissant pour son indépendance et celle de ses enfants.

Maye Musk (69)

Née au Canada, déménage en Afrique du Sud où elle débute sa carrière de mannequin à l’âge de 15 ans. Mariée à l’ingénieur Errol Musk, dont elle divorce. Élève seule ses trois enfants, Elon, Kimbal et Tosca.

Elon Musk (46)

Inventeur, développe la banque en ligne PayPal. Construit des lanceurs spatiaux (SpaceX), des voitures électriques haut de gamme (Tesla), des trains subsoniques (Hyperloop), travaille sur l’intelligence artificielle (OpenAI) et l’intelligence tout court (Neuralink).

Kimbal Musk (45)

Entrepreneur, lance une chaîne de restaurants basée sur une nourriture saine et une production locale. Il siège comme administrateur au sein de Tesla, SpaceX et Chipotle Mexican Grill.

Tosca Musk (44)

Réalisatrice, productrice de films, programmes télé et séries en ligne. A notamment produit la série Tiki Bar TV, numéro 1 des vidéos les plus téléchargées sur iTunes.

 

Grâce à la demande grandissante pour des mannequins plus âgés, elle semble plutôt bien réussir. On l’a vue sur des boîtes de céréales, dans une vidéo de Beyoncé, et elle a joué le rôle principal dans une campagne de la compagnie aérienne Virgin America. Dès que vous avez vu son visage hors du commun, vous ne pouvez plus l’oublier.

Aujourd’hui, elle est assise dans le patio de Next Door, le dernier restaurant de Kimbal, à Longmont, Colorado, baignée par une belle lumière hivernale. Nous sommes à la veille de Thanksgiving et demain, 30 membres de la famille Musk se retrouveront autour d’un repas préparé par Kimbal, dans sa maison située à un jet de pierre de Boulder.

Assis à l’autre bout de la table, Kimbal a le même sourire facile que sa mère. Après avoir lancé deux entreprises technologiques avec Elon – Zip2 et PayPal – en 2004, il est devenu un des pères fondateurs du mouvement "farm-to-table" (de la ferme à la fourchette). Depuis lors, il a ouvert 13 restaurants et d’autres sont en projet. Ils sont spécialisés dans la nourriture locale non transformée.

Le point d’orgue du lunch est un hamburger 50-50: moitié viande de bœuf, moitié champignons. Délicieux. "C’est le meilleur hamburger que j’aie mangé de ma vie et je l’adore", explique Maye en insistant sur le mot "adore" avec son accent sud-africain prononcé. Son hamburger, explique Kimbal, ouvre la voie à une alimentation qui contient moins de viande, mais de meilleure qualité. "Je ne pense pas qu’en 45 ans de pratique, j’ai vu quelqu’un manger suffisamment de légumes", ajoute Maye au moment où elle rentre.

Un autre plat remarquable est le calamar pané sans gluten. Kimbal explique que ses clients allergiques au gluten l’adorent. Maye reste de marbre. "C’est tellement ridicule. Ne m’invitez pas à partager un repas avec une personne qui ne mange pas de gluten. Je gâcherais la fête." Elle se souvient avoir dit à quelqu’un que son problème avec la pizza n’était pas le gluten, mais simplement qu’il en mangeait trop. Y a-t-il quelque chose dans le frigo de Kimbal que sa mère n’approuverait pas? Il reconnaît qu’il contient du lait d’amandes. "Ce n’est pas du lait, lance Maye. C’est de l’eau sucrée aromatisée aux amandes!"

©LOW RES

Malgré tout, ils partagent une vision commune en matière de nourriture, à savoir qu’il est nécessaire de manger des aliments de qualité et d’y avoir accès. Maye est impliquée dans l’ASBL de Kimbal qui organise des classes en extérieur, "learning garden", dans les écoles. Il en compte aujourd’hui 400 dans six grandes villes américaines, et d’autres devraient suivre.

On trouve tellement de mauvaise nourriture de nos jours, et tellement de régimes alimentaires pauvres, que les foodies comme Kimbal et Maye préfèrent parler de "vrais" aliments. Même si la définition de la nourriture de qualité n’a pas changé depuis des siècles: beaucoup de fruits et de légumes, des céréales complètes, gorgées de nutriments. C’est ainsi que Maye et les trois enfants Musk ont été élevés.

Une mère "parfaite"

Malgré tout, élever des enfants ne se résume pas à appliquer la pyramide alimentaire. Être parent – un des grands sujets de notre époque – varie fortement, selon la période, la culture et les individus. Mais nous voulons tous élever nos enfants en leur inculquant, entre autres qualités, le sens de l’indépendance et la capacité à être visionnaire pour réussir dans la vie. Alors, quelle est la recette de Maye qui a permis à ses enfants de devenir trois remarquables entrepreneurs?

Son enfance n’a pas été traditionnelle. Les vacances en famille se résumaient souvent à voler au-dessus du désert de Kalahari en Namibie dans l’avion monomoteur de son père – "en souffrant du mal de l’air quasi en permanence" – à la recherche d’une cité mythique disparue. L’aviation était la passion de son père, et pas un jouet de gosse de riche. Ses parents n’étaient pas fortunés, mais elle se souvient d’une maison avec des mûriers, des pêchers, des pruniers, des orangers et des citronniers. À l’école, elle était fan de sciences et les professeurs l’envoyaient faire des démonstrations de mathématiques dans les classes supérieures. Son cerveau a fait de Maye un pôle d’attraction pour les petites frappes – l’Afrique du sud était un pays rude – mais son jumeau plus grand et plus athlétique les a tenues à l’écart.

"Je ne leur ai jamais permis de se comporter en sales gamins. Je ne pouvais pas me le permettre."
Maye Musk

Elle a très vite acquis son indépendance grâce à un caractère hors du commun. Elle est devenue mannequin à l’âge de 15 ans, et pensait que sa carrière prendrait fin à 18 ans. C’est pourquoi elle a étudié la diététique. À 21 ans, elle avait déjà ouvert son propre cabinet. Un an plus tard, en 1970, elle épousait un ingénieur, Errol Musk. Elon est né neuf mois plus tard, suivi par Kimbal un an après, et ensuite par sa sœur, Tosca.

Le mariage de Maye a duré neuf ans. Après son divorce, elle a pris ses enfants et s’est lancée comme mère célibataire. L’argent était loin de couler à flots. La famille ne pouvait pas se permettre grand-chose, comme aller au restaurant ou au cinéma. Maye a réussi à s’en tirer en jonglant entre sa pratique privée de diététicienne, de conseillère en wellness et de mannequin. Elle coupait elle-même les cheveux de ses enfants, et jouait à la manucure et à la pédicure. "Vous n’avez pas idée à quel point c’est difficile de faire une pédicure à des adolescents", raconte-t-elle. Ils se tenaient bien, mais n’avaient pas leur mot à dire. "Je ne leur ai jamais permis de se comporter en sales gamins. Je ne pouvais pas me le permettre."

Contrairement aux mères poules, Maye ne contrôlait pas ses enfants, ne planifiait pas leur vie, ne leur faisait pas la lecture et ne vérifiait pas leurs devoirs. Ils ont même dû apprendre à imiter la signature de leur mère pour signer les devoirs d’école. Elle se tenait à distance, à l’image de ses propres parents. "Je n’interférais pas dans vos vies", rappelle Maye à Kimbal, qui répond qu’ils se sentaient très indépendants quand ils étaient enfants. Quand on l’interroge sur sa philosophie en matière d’éducation, elle répond sans sourciller: "J’étais une mère parfaite." Tous deux éclatent de rire. "Tout le monde devrait prendre des leçons auprès de toi", lui rétorque Kimbal, en taquinant. Ne s’est-elle jamais inquiétée de savoir s’ils allaient réussir à trouver leur voie? "Non", répond-elle sans attendre. Pour ajouter: "Je n’en avais pas le temps."

Ses activités professionnelles, gérées à partir de la maison, ont fait de ses enfants des entrepreneurs en herbe. Les trois enfants participaient. Tosca se souvient d’avoir écrit des lettres et d’avoir répondu au téléphone pour Maye. "Cela nous a réellement aidés à développer notre indépendance et à comprendre ce qu’est l’éthique professionnelle", se souvient-elle. Pendant une partie de leur adolescence, les garçons ont décidé de vivre avec leur père – une décision qu’Elon dit aujourd’hui regretter.

©Morgan Levy

En explorant le monde par eux-mêmes, chaque enfant a spontanément développé des intérêts marqués et très différents. Elon fut un lecteur et penseur obsessionnel depuis son plus jeune âge, absorbé par son univers au point que ses parents ont pensé qu’il souffrait peut-être d’un problème d’audition et l’ont amené chez le médecin. Passionné par les ordinateurs, il a vendu son premier logiciel à l’âge de 12 ans. Il avait du mal à se faire des amis à l’école, et était très timide. Mais il a développé un lien très fort et impérissable avec son frère et sa sœur qui, à ce jour, semblent jouer un rôle stabilisant dans sa vie. Après Thanksgiving, il a publié une photo de lui-même et de Kimbal dans les montagnes Rocheuses, dans les bras l’un de l’autre, avec le message "love my bro".

Tosca a elle aussi développé ses propres passions depuis son plus jeune âge. À quatre ans, elle a vu le film musical "Xanadu", qui lui a donné la passion du cinéma. À 18 ans, elle a trouvé un emploi dans un studio et est devenue productrice. Quant à Kimbal, Maye se souvient qu’elle emmenait les enfants à l’épicerie quand ils étaient adolescents. "Elon lisait un livre. Tosca restait près de moi, et Kimbal choisissait les poivrons et les humait en s’exclamant ‘Aaah’."

Alors que pour Maye, cuisiner est synonyme de "torture", Kimbal s’est toujours montré un cuisinier enthousiaste et ambitieux. À 14 ans, raconte sa sœur, il est revenu à la maison avec un poisson trop gros pour être mis au four. Il l’a emballé dans du papier alu et l’a préparé au barbecue. "Il l’a cuit à la perfection", se souvient Tosca. "À la perfection! Je ne sais pas qui lui a appris à le faire", s’exclame-t-elle. La cuisine de Kimbal créait des liens entre les gens. Il raconte que quand il était au fourneau, "la famille et les amis se rassemblaient et s’asseyaient autour de la table. Quand je ne cuisinais pas, la nourriture n’était pas très bonne…" – il s’arrête un instant pour dire un gentil "sorry" à sa mère – "nous nous contentions de picorer et nous allions regarder la télé. Nous n’avions pas envie de nous asseoir et nous ne nous parlions pas."

Ils ont même dû apprendre à imiter la signature de leur mère pour signer les devoirs d’école.

Peut-être parce qu’ils vivaient en Afrique, peut-être aussi parce que c’était une autre époque, ou peut-être parce que leurs parents s’occupaient de leur carrière, la jeunesse des Musk fut influencée par la série télévisée "Just William", l’écolier indiscipliné, et le film sur l’aventureux "Huckleberry Finn". Sous l’impulsion d’Elon, les frères ont fabriqué des fusées et des explosifs maison. Ils ont fait des courses folles à vélo et Kimbal s’est un jour retrouvé sur une clôture en fil de fer barbelé. Ils faisaient du porte à porte pendant la nuit – dans un pays dangereux – pour vendre des œufs de Pâques à un prix scandaleux. Kimbal répondait aux clients qui s’en offusquaient: "En achetant ces œufs, vous soutenez des futurs entrepreneurs." Ils ont essayé de démarrer un commerce de location de vidéos. Les parents ne leur montraient d’ailleurs pas toujours la bonne voie: leur père les a un jour emmené au casino (les paris étaient illégaux).

Per aspera ad astra

Elon parle avec tristesse de la relation avec son père, mais Kimbal est plus relax à propos du passage de l’enfance à l’âge adulte. En dehors des difficultés familiales, l’Afrique du sud pouvait être un endroit brutal. Lorsque Maye a découvert qu’un enfant avait été battu à l’école, elle a demandé à Kimbal si une telle chose lui était déjà arrivée. Kimbal a répondu qu’il était battu tous les jours, et a demandé à sa mère d’arrêter de le plaindre. Son professeur avait un tonneau qui contenait plusieurs instruments de "torture" dont une batte de cricket. Les enfants devaient venir devant la classe pour choisir leur punition. "Une batte de cricket ne fait pas trop mal. Ce qui fait réellement mal, c’est un fin bâton ou une règle", se souvient Kimbal.

Elon fut le premier à partir, à l’âge de 17 ans, avec un passeport canadien que sa mère avait réussi à obtenir, et un peu d’argent qu’elle avait mis de côté. Tosca voulait elle aussi quitter l’Afrique du sud, mais elle était trop jeune pour voler de ses propres ailes. Elle a convaincu Maye – qui voulait faire un doctorat – d’aller au Canada pour voir si c’était possible.

Pendant son séjour au Canada, Maye a envoyé des commentaires enthousiastes sur Toronto. Ce fut suffisant pour Tosca: lors que Maye est revenue, sa fille de 15 ans avait pratiquement vendu la maison et la majeure partie de son contenu. La vente n’attendait plus que sa signature. Elle signa. Pour s’en expliquer, elle ajoute: "Mes enfants font des choses extraordinaires qui ont du sens."

Les deux femmes ont rejoint Elon et tous trois ont déménagé dans un appartement bon marché à Toronto. À cause des contrôles des capitaux en Afrique du sud, ils n’ont pu utiliser le produit de la vente de la maison. Une fois de plus, la famille a dû repartir pratiquement de zéro. Kimbal a passé un an de plus en Afrique du sud pour terminer ses études et les a ensuite rejoints. Toute la tribu est allée à l’université en menant une vie frugale. Maye a signé un contrat comme mannequin, commencé son doctorat, et relancé un cabinet de diététicienne à partir de rien.

"Une batte de cricket ne fait pas trop mal. Ce qui fait réellement mal, c’est un fin bâton ou une règle."
Kimbal Musk

Lorsque les enfants ont quitté la maison, Maye a retrouvé son indépendance. Elle a pu manger la nourriture que ses enfants n’aimaient pas, et se promener nue dans l’appartement. Elle a alors décidé de déménager à New York, sous prétexte que les New-Yorkais – qui comme elle marchent et parlent vite – partageaient avec elle de nombreux points communs. Kimbal, qui avait réussi en tant qu’entrepreneur tech, voulait apprendre à cuisiner et il a, dès lors, rejoint sa mère en 2000. Mais un matin ensoleillé de septembre, deux avions se sont écrasés sur le World Trade Center et Kimbal s’est proposé comme cuisinier volontaire chez les pompiers.

Au cours de cette période extraordinaire, il a redécouvert le pouvoir qu’a la nourriture de rassembler les gens, et en 2004, il a ouvert son premier restaurant. Finalement, toute la famille s’est retrouvée de l’autre côté du continent. Elon et Tosca vivent dans la région de Los Angeles, et Kimbal vit à Boulder. Lorsque Tosca a donné naissance à des jumeaux, Maye a une fois de plus fait ses valises et déménagé sur la côte ouest pour lui donner un coup de main.

D’une certaine façon, le parcours de la famille Musk est très classique en Amérique, où nombreux sont ceux qui débarquent d’un pays difficile sans un dollar en poche. Kimbal évoque la difficulté à transmettre à ses enfants le sentiment d’urgence qu’il a ressenti lorsqu’il est arrivé et la crainte de devoir retourner en Afrique du sud. Elon a résolu ce dilemme éducatif en créant une école privée, où ses cinq enfants suivent leur scolarité. On y enseigne la résolution de problèmes et la formation est adaptée aux aptitudes et aux capacités des enfants. Il l’a baptisée "Ad Astra", ce qui signifie "jusqu’aux étoiles". Il n’empêche, même le nom de l’école cache une ironie persistante à propos du rôle de parent. La véritable locution latine est en fait "per aspera ad astra" – par des sentiers ardus jusqu’aux étoiles. Si la nécessité est mère des inventions, comment ceux qui ont réussi arrivent-ils à inculquer l’esprit d’entreprise à leur progéniture? C’est tout simplement impossible, sous peine de risquer de devenir méchants, en imposant à leurs enfants les défis qu’ils ont réussi à relever.

Malgré tout, il semble raisonnable de croire que Maye ait eu une certaine influence sur ce que ses trois enfants sont devenus. Avec une philosophie de l’éducation très différente des normes actuelles, elle leur a offert un niveau de liberté hors du commun qui leur a permis de prendre des risques, avec très peu de supervision, et n’a jamais essayé de forger leurs intérêts ou de décider de leur avenir. Ils ont pris leurs décisions en adultes à un très jeune âge, et même si la famille a souvent été séparée, les liens entre eux restent très forts.

À la fin du lunch, Kimbal commence immédiatement à préparer le repas de Thanksgiving pour le clan. Maye s’attarde. Son avenir s’annonce brillant. Elle a travaillé dur toute sa vie, mais elle n’a pas envie de lever le pied. Sa mère, confie-t-elle, a travaillé jusqu’à l’âge de 96 ans. "Les choses ne font que commencer", dit-elle en riant.

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