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#metoo: l'artiste belge Jan Fabre devant ses juges fin mars-début avril

Le créateur Jan Fabre, ici en 2016. ©AFP

C'est l'un des grands noms de l'art contemporain: le sculpteur et chorégraphe belge Jan Fabre, soupçonné de "harcèlement sexuel" au sein de sa compagnie de danse et d'un "attentat à la pudeur", sera jugé au printemps par le tribunal correctionnel d'Anvers.

Mardi matin, une audience dite d'introduction a fixé les dates du procès, prévu sur deux jours les 25 mars et 1er avril 2022, a annoncé le président du tribunal.
Eline Tritsmans (photo ci-dessous), qui défend Jan Fabre, a justifié l'absence de son client, qui attend de pouvoir s'expliquer devant la justice, "pas dans les médias". "L'image donnée de lui dans les médias ne correspond pas à la réalité, on l'a caricaturé de manière grossière, on s'en expliquera devant le tribunal", a affirmé l'avocate devant des journalistes.

L'artiste flamand de 62 ans encourt une peine maximale de cinq ans de prison.
En septembre 2018, dans le sillage du mouvement #metoo, une vingtaine d'anciens collaborateurs du chorégraphe au sein de sa compagnie Troubleyn, établie à Anvers, s'étaient plaints d'avoir subi pressions psychologiques, humiliations et même chantage à caractère sexuel.

Eline Tritsmans, l'avocate de Jan Fabre, ce mardi 21 septembre, au tribunal de travail d'Anvers. ©Photo News

"Pas de sexe, pas de solo"

"Son principe, c'était 'pas de sexe, pas de solo'", avait résumé l'un des cosignataires (des femmes en grande majorité), dans une lettre ouverte publiée par la revue néerlandophone spécialisée rekto:verso.

"L'image donnée de lui dans les médias ne correspond pas à la réalité, on l'a caricaturé de manière grossière, on s'en expliquera devant le tribunal."
Eline Tritsmans
Avocate de Jan Fabre

Dans un droit de réponse, l'intéressé avait réfuté en bloc. "Nous ne forçons personne ici à faire des choses qui sont considérées pour l'un, l'une ou l'autre comme au-delà de ses limites. Je n'ai jamais eu l'intention d'intimider ou de blesser les gens psychologiquement ou sexuellement", avait-il plaidé.

Mais trois années d'investigations sous l'autorité de l'auditorat du travail d'Anvers, une section du parquet spécialisée dans les conflits au travail, ont abouti en juin à son renvoi devant la justice pénale.

Emblème de la collection Belfius, à Bruxelles: "Mur de la montée des Anges", de Jan Fabre. ©Collection Belfius

Jugé pour "violence et harcèlement"

Il sera jugé pour "violence, harcèlement ou harcèlement sexuel au travail" à l'égard de "12 employés". L'accusation, sans préciser aucune identité, a également retenu l'"attentat à la pudeur" à l'encontre d'une de ces 12 personnes. Toutes ces victimes présumées seront représentées au procès par Christine Mussche, qui a refusé de s'exprimer devant la presse mardi matin.

Parmi les 12 figurent les danseuses belge Geneviève Lagravière et islandaise Erna Omarsdottir, des anciennes de Troubleyn. Il y a trois ans, dans la foulée de la lettre ouverte, elles avaient témoigné dans le New York Times sur leurs expériences traumatisantes vécues avec Jan Fabre.

Spectacle annulé

Né à Anvers en décembre 1958, Jan Fabre, à la fois auteur, plasticien et metteur en scène de théâtre, a la réputation depuis les années 1980 d'être un des artistes les plus protéiformes et avant-gardistes de son époque. Célèbre pour ses élytres de scarabées (il en a revêtu tout le plafond de la salle des glaces du Palais royal à Bruxelles), il est aussi connu pour son art de provoquer – des provocations parfois jugées gratuites par ses détracteurs.

"Il y a de la violence et de la provocation dans l'œuvre de Fabre, ce sont des moyens, pas des buts en soi. Cet élan vital se retrouve chez Jérôme Bosch et James Ensor."
Jan Martens
Éditeur de Jan Fabre

En 2012, il a dû s'excuser à la suite d'une performance montrant un "lancer de chats" à Anvers, qui lui a valu d'être physiquement agressé. Depuis que se profile un procès public, rares sont ceux qui continuent à saluer son travail. Un spectacle de Troubleyn prévu fin octobre à Charleroi a été annulé après des "pressions et invectives", selon la programmatrice.

En outre, un musée anversois a retiré une sculpture de M. Fabre qu'il exposait depuis 20 ans. Cette affaire rappelle d'autres scandales dans le monde culturel. Le galeriste belge Guy Pieters, qui l'expose depuis 1988, continue de voir en lui "un artiste extraordinaire", "à fond dans son époque". "Il y a de la violence et de la provocation dans l'œuvre de Fabre, ce sont des moyens, pas des buts en soi. Cet élan vital se retrouve chez Jérôme Bosch et James Ensor", a souligné auprès de l'AFP Jan Martens, qui a édité plusieurs livres sur Fabre.

Seule personne morale, l'Institut belge pour l'égalité des femmes et des hommes est également partie civile dans le dossier.

Le spectacle annulé: The fluid force of love, JAN FABRE/TROUBLEYN.

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