Nadia Abbés (Prométhéa): "La solidarité sort gagnante de cette crise"

Nadia Abbés, nouvelle directrice de Prométhéa, succède à Benoit Provost. ©saskia vanderstichele

Prométhéa, l'ASBL qui promeut le mécénat culturel et patrimonial auprès des entreprises francophones, change de direction. Nadia Abbés succède à Benoit Provost.

C’est l’heure des bilans à Prométhéa. Après sept ans à sa tête, Benoit Provost quitte Prométhéa pour le cabinet de la ministre des Pensions Karine Lalieux (PS), laissant la place à un profil plus corporate en la personne de Nadia Abbés qui a géré auparavant une agence de communication et plusieurs restaurants. "Je connais bien les attentes et les besoins des entreprises, ainsi que leurs problèmes, particulièrement en cette période", dit-elle.

Le Covid a en effet placé le secteur du mécénat sous haute tension en touchant simultanément les trois piliers cette ASBL de la Fédération Wallonie-Bruxelles, également soutenue par les Régions bruxelloise et wallonne, la Cocof et, pour certains projets, par la Loterie nationale. Les entreprises et singulièrement les PME, son cœur de cible, ont été durement frappées par la crise, le secteur culturel est à l’arrêt et a un besoin criant de financement. Quant aux pouvoirs publics, ils sont sous tension et tiraillés entre leurs priorités.

"On a connu une année difficile, mais toutes les entreprises nous sont restées fidèles, les partenaires culturels ont continué à nous appeler et les pouvoirs publics à nous soutenir. Je pars avec un message de gratitude envers eux", réagit Benoit Provost, qui se montre optimiste.

Nadia Abbés, nouvelle directrice de Prométhéa, succède à Benoit Provost. ©saskia vanderstichele

École du mécénat et collectifs d’entreprises

Lorsqu’il a pris les rênes de Prométhéa, en 2013, le secteur du mécénat était déjà en pleine mutation après les crises de 2008 et 2011. Cela ne l’a pas empêché de faire passer le nombre d’entreprises mécènes de 88 à 110, le nombre de partenaires culturels de 8 à 16, de doubler les collectifs d’entreprises (six actuellement), et de former, en 2020, 476 acteurs de la culture et du patrimoine à la recherche de financement, alors qu’ils n’étaient que 77 en 2014.

5.000
Heures de mécénat de compétences
Disponibles pour les opérateurs culturels.

Ce sont les deux fers de lance de l’ASBL: l’École du mécénat qui multiplie les formations, master classes et speed coachings entre acteurs culturels et entreprises, et ces collectifs d’entreprises, ancrées dans leur territoire, qui mutualisent leurs soutiens et ouvrent la voie au mécénat de compétences, avec 5.000 heures déjà disponibles pour les opérateurs culturels.

«Au sein des entreprises, c’est important pour les employés de se reconnaître dans des projets concrets. On a besoin de s’identifier et faire autre chose que de la rentabilité», précise Nadia Abbés qui veut développer de nouveaux collectifs d’entreprises et évaluer la politique de formation de Prométhéa. Elle devra aussi faire avancer le débat sur la défiscalisation du mécénat et accélérer la transformation numérique de l’ASBL. Elle conclut, confiante: «La solidarité sort gagnante de cette crise».

Plus d'infos | www.promethea.be

Éric Hemeleers (à gauche), président de Prométhéa, et Benoit Provost, son directeur. ©Dieter Telemans

"On attend que Nadia soit disruptive"

Patron des Assurances Eeckman et président de Prométhéa, Éric Hemeleers revient sur la nomination de Nadia Abbés et les défis qu’elle aura à relever.

Qu’est-ce qui vous a motivé dans le choix de Nadia Abbés?

Deux axes essentiels: le premier, c’est son parcours professionnel, atypique, très éclectique, avec une forte empreinte au niveau de l’entreprise. C’est quelqu’un qui a géré une entreprise, qui sait ce qu’est la gestion d’équipe. De par son expérience et ses relations, elle a pu développer des réseaux en entreprise: un nouveau carnet de contacts qui nous intéresse. Ensuite, au niveau de sa personnalité, elle est très ouverte, parle quatre langues et a ce que j’ai appelé "un dynamisme pragmatique". Elle est très à l’écoute des autres et s’inscrit dans l’action. Elle ne va pas tergiverser.

Elle a aussi une fibre sociale et une appétence pour la culture. Ce côté atypique est-il nécessaire quand on doit louvoyer entre l’entreprise, la culture et le politique?

Nous sommes dans un monde qui essuie crise sur crise. Or, pour sortir d’une crise, il faut de la créativité. Avec toutes les cordes à son arc, elle en sera capable, c’est certain.

S’inscrira-t-elle dans la continuité de son prédécesseur, Benoit Provost, ou lui avez-vous donné un nouvel ordre de mission?

On attend de Nadia qu’elle soit disruptive, même si je n’aime pas le mot. Benoit a fait un travail extraordinaire, en cadrant bien l’entreprise sur un plan financier. Il a eu l’intelligence de savoir comment renouveler constamment nos subsides, tout en réinventant notre approche du mécénat. Il a formalisé l’École du mécénat que nous avons mise en place. Il n’y aura pas de rupture: Nadia devra profiter de tout ce que Benoit a mis en place mais l’exploiter à sa manière.

Pour qui travaille Prométhéa?

Notre vrai client, c’est l’entreprise. Notre vrai bénéficiaire reste et doit être le monde culturel. Mais celui-ci sera alimenté par ce que notre client lui donnera et acceptera de lui donner. Vu la maturité de l’association aujourd’hui, Nadia nous a semblé la bonne personne.

Sur quel plan doit-elle faire preuve de créativité? Le numérique et la mise en réseau qu’il induit, notamment pour valoriser efficacement la banque de 5.000 heures de mécénat de compétences dont dispose Prométhéa aujourd’hui?

C’est tout à fait ça! Il y a un enjeu de stratégie digitale pour Prométhéa. Et, effectivement, le premier défi que l’on va avoir, c’est d’arriver à construire quelque chose de valable autour de notre plateforme de mécénat de compétences.

Ces développements seront coûteux: Prométhéa doit-elle elle-même se trouver des mécènes pour financer sa mutation numérique?

L’un des défis de Prométhéa, c’est aussi de diversifier ses sources de financement. Évidemment, on pourrait aller trouver un ministre et un cabinet qui seraient intéressés de financer un projet phare tel que celui-là, qui participe à la construction d’une économie, à la diffusion du savoir et des compétences. Mais on cherche aussi d’autres sources, et nous n’excluons pas aujourd’hui de nous tourner vers des dons privés.

Du crowdfunding, voire une souscription?

Nous n’excluons rien, mais ce qui est certain, c’est que nous devons diversifier nos sources de financement si nous voulons réaliser toutes nos ambitions.

Est-ce compatible avec les statuts actuels de l’ASBL?

Les statuts relèvent d’une question de forme, non d’une question de fond. Si les statuts actuels ne répondent plus aux défis qui nous sont posés, on procèdera, sur proposition du conseil d’administration à l’assemblée générale, à la modification des statuts. Mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour.

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