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"Nourrir l'humanité", la transition agricole sur les planches

"Nourrir l'humanité – Acte 2" par Charles Culot au Théâtre Le Public. ©doc

Au Théâtre Le Public, Charles Culot remet le couvert sur la table de la ferme et réussit le pari d’un spectacle réinventé.

Dix ans après ses premières rencontres avec une soixantaine d’agriculteurs wallons, au lendemain de la crise du lait, le comédien Charles Culot a choisi de repartir interroger celles et ceux qui contribuent à remplir nos assiettes, pour une nouvelle version de son spectacle documenté, "Nourrir l’humanité, c’est un métier".

Mis en scène par Alexis Garcia, cet "acte 2" raconte, à travers de nombreux témoignages, les difficultés, les défis et les enjeux d’un monde agricole en transition, qui a notablement évolué depuis 2012. "Le modèle intensif ou conventionnel est toujours bien présent", note Charles Culot, "mais de plus en plus de personnes retournent à la terre et font le choix de produire autrement". Pour se tenir au plus près de la réalité, la compagnie Adoc est allée voir ce qu’étaient devenus les agriculteurs rencontrés lors de la première création, mais aussi qui sont celles et ceux qui pratiquent une autre agriculture, et pourquoi.

À la fois terrible et stimulant

Résultat: 1h30 d’un spectacle à la fois terrible et stimulant, jamais lassant, qui enchaîne les formules-choc, comme cette phrase d’un vieux paysan pour qui "Les agriculteurs, c’est les esclaves du XXe siècle" ou cette implacable démonstration que "Celui qui y gagne, c’est toujours le commerçant, jamais le producteur!"

"Les syndicats ne nous soutiennent plus mais représentent l’industrie agroalimentaire!"
Philippe Duvivier
Président de la Fédération Unie de Groupements d’Éleveurs et d’Agriculteurs

Sur scène, Charles Culot et sa partenaire – en alternance, Julie Remacle ou Sarah Testa – endossent tous les rôles et plongent le public dans la réalité concrète du métier: à la table de la ferme, tous les sujets y passent, du quotidien sans répit aux injonctions sans pitié de l’Union européenne et ses fameux quotas. Régulièrement, la vidéo prend le relais des comédiens pour une immersion complète, où l’on découvre le courage et les désillusions de cet homme vieillissant qui, faute de successeur, continue seul à assumer toutes les tâches épuisantes de sa production de lait. Il a songé à arrêter la ferme, confie-t-il à la caméra, mais pour faire quoi à la place?

Théâtre engagé

Cette première partie de spectacle, très noire, résume les faits observés en 2012: fils d’agriculteurs ardennais, Charles Culot rappelle comment, fraîchement sorti du Conservatoire de Liège, il a voulu réconcilier le monde citadin et paysan en portant à la scène les récits des familles rurales rencontrées. Un portrait sombre d’une profession malmenée par la politique européenne et ses conséquences – surendettement, nécessité de produire à grande échelle, maladies liées aux pesticides, rythme effréné du travail, isolement, suicides… Président de la Fédération Unie de Groupements d’Éleveurs et d’Agriculteurs, Philippe Duvivier lâche, face caméra: "Les syndicats ne nous soutiennent plus mais représentent l’industrie agroalimentaire!"

La nouvelle génération – dont certains fils de familles paysannes – ont choisi d’emprunter de nouvelles voies, comme la permaculture, l’agroforesterie, le circuit court et l’abandon des pesticides.

Mais depuis 2012, la situation a évolué, comme le montre la seconde partie: beaucoup d’agriculteurs ont pris conscience de l’échec du modèle "intensif", de son impact sur le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité et l’appauvrissement des sols. La nouvelle génération – dont certains fils de familles paysannes – ont choisi d’emprunter de nouvelles voies, comme la permaculture, l’agroforesterie, le circuit court et l’abandon des pesticides. Des pratiques durables qui font leurs preuves mais ne sont pas encore reconnues par la Politique agricole commune (PAC), dont une nouvelle version devrait entrer en vigueur en 2023. "Cet acte 2 a pour but de déclencher des vocations", conclut Charles Culot face à ces beaux exemples de transition réussie. La preuve éclatante qu’un théâtre engagé – de qualité – est nécessaire comme acteur de changement!

Infos pratiques

"Nourrir l’humanité – Acte 2", Charles Culot & Cie Adoc, Théâtre Le Public, Bruxelles, jusqu’au 30 octobre.

Le mouvement Nourrir l’humanité est également à l’origine du festival Nourrir Bruxelles qui propose des évènements autour de la transition alimentaire partout dans la ville jusqu’au 16 octobre.

Le festival Alimenterre qui lui aura lieu du 9 au 16 octobre se joint à Nourrir Bruxelles pour une soirée-débat lundi 11 octobre de 19 à 22h au Public: "Pour une alimentation durable: quels modèles de distribution et quels choix de consommation?"

 

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