Publicité

Paroles d'artistes | Fabrice Murgia: "Un secteur dont on ne prononce pas le nom"

Le metteur en scène Fabrice Murgia, directeur du Théâtre National. ©Andréa Dainef

Le directeur du Théâtre National s'exprime ici en tant qu'artiste et démonte quelques clichés qui collent à la peau des créateurs en Belgique.

Interpelée à la Chambre, le 16 avril, par le député fédéral François De Smet (DéFI), la Première ministre Sophie Wilmès avait eu cette phrase qui avait instantanément fait bondir le secteur: "Je sais que c’est une maigre consolation quand on est un artiste et qu’on a envie et surtout qu’on a besoin de s’exprimer publiquement." (ici, le compte rendu de la séance)

"Une expression malheureuse qui renvoyait à notre forme présupposée de narcissisme et traduisait un manque de perception et de connaissance du secteur, comme, ce jeudi, de juger ‘non urgente’ la proposition de défendre les intermittents du spectacle", analyse le metteur en scène Fabrice Murgia, directeur du Théâtre National. "Il est évident qu’il s’agit ici de personnes, d’artistes, et des plus précaires d’entre eux, ceux qui ont des contrats à durée déterminée. Les artistes sont pris entre la compétence de l’Emploi qui relève du Fédéral et la Culture à la Fédération Wallonie-Bruxelles qui n’est pas compétente pour le statut de l’artiste et n’en a pas les moyens. Ce qui se perd au milieu, c’est la question de l’intérêt d’avoir un service public non marchand."

[Le portrait] de Fabrice Murgia

"Nous sommes plus forts que l'industrie automobile"

Murgia trouve ainsi très dangereux de toujours devoir justifier l’aide à apporter au secteur culturel, le plus frappé par la crise après l’horeca, que par le seul argument de son poids économique. "Mais de quoi parle-t-on quand on évoque 50 milliards et x% du PIB? De Pairi Daiza et des tournées du Cirque du soleil au Palais 12? En 2014, pendant l’année noire du Festival d’Avignon, les intermittents criaient: ‘Nous sommes plus forts que l’industrie automobile’. C’est un jeu dangereux car cela donne l’argument aux décideurs pour ne plus nous subventionner. Mais l’opéra ne pourrait exister sans subventions à moins de vendre des places à 5.000 euros. On voit où cela peut conduire."

"Qu’on ne fasse pas le lien entre la nécessité qu’a pu jouer la culture dans la crise et la réalité des artistes, c’est inquiétant."
Fabrice Murgia
Directeur du Théâtre National

Le confinement a selon l’artiste démontré le besoin de culture: "La plupart des gens se sont rabattu sur les livres, les films et la musique en ligne. Cela a été une grande occupation de notre temps. Qu’on ne fasse pas le lien entre la nécessité qu’a pu jouer la culture dans la crise et la réalité des artistes, c’est inquiétant. On se rend compte qu’on n’est pas intégré au déconfinement. On est un secteur dont on ne prononce pas le nom."

Fabrice Murgia fustige aussi ce cliché éculé que "les artistes ne travaillent pas", "comme si c’était un choix de vie antinomique avec l’idée de développement qu’on ne perçoit qu’à travers l’idée de croissance économique. C’est méconnaître toute la chaîne de métiers derrière l’artiste. C’est tout un écosystème qui fait que l’entreprise culturelle n’est pas seulement créative mais qu’elle génère beaucoup d’emplois et rayonne. "

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés