Quand la culture devient culture d'entreprise

UFund amène le cinéma dans les hôpitaux. ©rv

La 28e édition des Caïus de Prométhéa a récompensé uFund, la Coopérative Cera, Valens et Eubelius. Le Prix du Public va à Duravit pour son soutien au Musée L.

Comme chaque année depuis 1989, Prométhéa a décerné les Prix Caïus qui récompensent plusieurs entreprises belges mécènes qui se distinguent par leur contribution au développement culturel et patrimonial au sein de la Communauté française. Jeudi soir, la cérémonie de cette édition 2016, le 28e, s’est tenue à Namur, aux Abattoirs de Bomel. Treize entreprises candidates, toutes ont réalisé une action de mécénat entre le 1er octobre 2014 et le 30 septembre 2016 et toutes étaient susceptibles de remporter un des 4 prix: le Caïus de la PME, celui de la Grande Entreprise, du mécénat à Bruxelles, du mécénat en Wallonie. S’ajoute à ces récompenses décernées par un jury de 19 professionnels (représentants des entreprises membres et des partenaires culturels associés de Prométhéa), le prix du public attribué à une entreprise ayant obtenu le plus de voix via un vote sur le site web de Prométhéa. Le prix Caïus remis aux entreprises lauréates est une œuvre d’art commandée par Prométhéa à un artiste. En 2016, il s’agit de l’artiste Jean Lain.

Cinéma, cinémaaa…

"Le principe est de proposer des séances dans les mêmes conditions que celles d’une vraie salle de cinéma, de façon à faire oublier le temps d’un film aux patients qu’ils se trouvent dans un hôpital."
Maxime Housiaux
Chef marketing de uFund

L’initiative originale de la société uFund, société de levée de fonds Tax Shelter, a remporté le Caïus de la PME. Le projet "Cinema for all" a attiré l’attention du jury. Nadia Khamlichi, fondatrice de uFund, désirait développer un projet lié au cinéma avec pour objectif de rendre ce dernier accessible au plus grand nombre. En 2015, l’idée est lancée d’installer une salle de cinéma là où il est le moins probable d’en trouver une: au sein d’un hôpital. "Le principe est de proposer des séances dans les mêmes conditions que celles d’une vraie salle de cinéma, de façon à faire oublier le temps d’un film aux patients qu’ils se trouvent dans un hôpital. Nous fournissons tout le matériel ainsi qu’une bibliothèque de films. Nous payons également les droits d’auteur, l’installation et l’entretien du matériel", explique Maxime Housiaux, Head of Marketing and Communication de uFund. "Quant à la bibliothèque, ajoute-t-il, elle n’est pas uniquement composée de productions ou coproductions de Ufund. On y retrouve également les productions de concurrents. Il s’agit principalement de films de divertissement, pas de drames intenses, pas de films d’auteur trop compliqués… La liste est remise à jour chaque année afin de permettre aux patients de suivre l’actualité cinématographique."

C’est avec l’hôpital Brugmann, établissement pilote, que s’est lancé en mai 2015 un processus qui depuis un an et demi ne cesse de s’élargir. Aujourd’hui, 13 hôpitaux bénéficient d’une salle de cinéma offerte par uFund. "Le projet pilote a tellement bien fonctionné que les autres hôpitaux viennent d’eux-mêmes vers nous. On a mis les moyens pour que cela fonctionne." En accord avec les hôpitaux, les séances sont organisées dans les services où les patients restent un laps de temps plus ou moins long: gériatrie, pédiatrie, oncologie, psychiatrie… Maxime Housiaux insiste sur l’aspect social du projet: "le patient peut assister à une séance avec sa famille. De plus, cela crée du lien entre les patients eux-mêmes. Ce n’est pas la même chose d’aller au cinéma ou de regarder la télévision seul dans sa chambre. Ce lien social est primordial." Le jury a apprécié dans ce concept de mécénat sa pérennité, le fait qu’il touche un public affaibli, le grand investissement de uFund et l’absence de retombées pour l’entreprise.

Élan et d’atmosphère

Valens soutient des spectacles dans l'abbaye de Villers-la-Ville. ©rv

Pour sa contribution au projet "Public à l’œuvre" de l’ASBL Mooss, qui consiste à confier au public la réalisation d’une exposition, le Caïus de la Grande Entreprise est allé à la Coopérative Cera. L’exposition est actuellement en cours au Palais des Beaux-Arts de Charleroi. "Le mécénat fait partie de notre ADN depuis que nous sommes devenues une coopérative en 1998. Et l’accès à la culture par l’expérience est l’une de nos priorités, explique Gregory Kévers, responsable communication au Coopburo de Cera. Comme pour sa phase précédente, néerlandophone, le soutien est financier et sous forme d’un accompagnement. Sans oublier le prêt d’œuvres issues de la collection d’art contemporain de la coopérative." En termes de mécénat, Cera apporte son soutien dans 7 domaines de projets sociétaux: "Ce sont au total 3 millions d’euros distribués chaque année. Avant la crise de 2008, c’était 5 millions d’euros."

Le Caïus du mécénat en Wallonie a été attribué à Valens pour son soutien financier à long terme, (30 ans!), de Del Diffusion qui organise des spectacles à l’abbaye de Villers-la-Ville. Un partenariat solide qui contribue à la réputation des spectacles et à la renommée du patrimoine de l’abbatiale cistercienne.

Le cabinet d’avocats d’affaires Eubelius apporte son soutien à la compagnie théâtrale Cie Artara. ©rv

Quant au Caïus du mécénat à Bruxelles, il a été emporté par le cabinet d’avocats d’affaires Eubelius. Le jury s’est montré réceptif au soutien que l’entreprise apporte à une discipline qu’il n’est pas évident de soutenir: une compagnie théâtrale, et en l’occurrence la Cie Artara, fondée par Fabrice Murgia, nouveau directeur du Théâtre National. Jean-Marc Gollier, Senior Counsel d’Eubelius,: "Nous nous sommes découvert des valeurs communes avec la compagnie et on a décidé de la soutenir. On paie le loyer ainsi que le téléphone et la connexion internet. Ajoutons à cela le prêt d’une partie de notre mobilier qui était inutilisé. On aide matériellement, financièrement et aussi juridiquement. On avait un contrat de 3 ans qui s’est donc terminé en 2015. Désormais, Artara vole de ses propres ailes, ou presque. Entre 2015 et 2016, on l’a aidée financièrement seulement au niveau de la promotion à l’international. Actuellement, on discute avec Fabrice Murgia, sous sa casquette de directeur du Théâtre National, d’une nouvelle forme de contribution pour des jeunes artistes. On en retire une énorme reconnaissance, on a un retour immense. Pour la Cie, c’est une aide importante alors que pour nous, au fond, cela équivaut à une goutte d’eau."

Toute personne ayant un accès internet était invitée à voter sur le site de Prométhéa pour un projet candidat aux Caïus pour le Prix du Public. Sur les 1.632 votes exprimés, 511 se sont portés sur l’entreprise Duravit qui a apporté son savoir-faire à une institution culturelle de premier ordre pour l’équipement du nouveau musée L de Louvain-la-Neuve.

Il s’agira du tout premier musée universitaire de Belgique de grande envergure. Les dialogues qui sont insufflés entre les œuvres, les collections scientifiques uniques de l’UCL et 3 labs au cœur d’un bâtiment emblématique de l’architecture moderne belge. Duravit veut ainsi prendre un engagement sociétal dans le processus éducatif de la jeunesse et les autres générations avec son soutien au développement créatif et d’excellence pour les institutions culturelles, jeunes artistes, étudiants en art et architecture.

Depuis cette expérience, le cabinet a développé une politique de responsabilisation sociétale dans laquelle tous les employés, à tous les niveaux, sont étroitement impliqués. Chacun peut proposer un projet à soutenir, et plus celui-ci lui est proche, plus il a de chances d’obtenir l’aide de l’entreprise. "Nous sommes engagés dans cette société et nous devons lui rendre quelque chose en contrepartie de notre belle place au soleil, insiste Jean-Marc Gollier. En outre, on a remarqué que les jeunes qui souhaitent travailler chez nous sont très attentifs à ce type d’initiatives. Il y a un effet d’entraînement, une atmosphère prodigieuse, chacun insère sa petite brique. En soutenant de jeunes talents, nous attirons d’autres jeunes talents. Aider les jeunes talents est notre moteur. La Cie Artaria nous a poussés dans le dos. On a désormais quelque chose de porteur, qui reste cependant encore de l’ordre du spontané. On travaille à l’établissement d’une charte RSE, mais on souhaite conserver cette spontanéité. Cependant, il est nécessaire aujourd’hui de placer quelques arcs boutant. L’artiste travaille à partir d’élans. L’entreprise aussi. Et quand les deux peuvent se rejoindre, cela veut dire qu’on est dans une bonne société. Il faut passer outre l’idée reçue selon laquelle l’association d’un artiste et d’une entreprise est contre nature."

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