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Rentrée littéraire: laissons la dystopie à la littérature

Journaliste

C’était plié. Avec la crise du covid et les rebonds infinis de la cassette personnelle de Jeff Bezos, les plateformes avaient raflé la mise, tué les librairies...

Celles n’avaient pas encore mis la clé sous le paillasson n’auraient d’autre choix que de cravacher pour rattraper le mastodonte Amazon. On regardait un peu navré les efforts de Filigranes, la grande maison bruxelloise, pour lancer un nouveau site internet avec plusieurs millions de références disponibles et les libraires indépendants se lancer dans un projet similaire pour mettre en valeur les stocks des uns et des autres. La dystopie était en marche, le monde d’après allait être inexorablement fade, prévisible et standardisé.

Et puis, rien ne s’est passé comme prévu. Dès qu’ils ont pu rouvrir, les libraires ont vu revenir leurs clients, à l’exception de ceux qui ont leur enseigne dans les quartiers de bureaux, rendus déserts par le télétravail. Des clients qui, avec le confinement, ont réappris à lire, vu que lire un livre, cela peut se faire en quelques soirées, sans que ce soit la fin du monde. Et qu’il y avait dans les livres de quoi réenchanter un imaginaire en stand-by, redonner du sens aux conséquences folles de cette pandémie. Les classiques ont même retrouvé la cote, et pas seulement «La Peste» de Camus, mais des Alexandre Dumas, des George Orwell, des Le Clézio, vendus à tour de bras.

Laissons donc les dystopies à la littérature et réjouissons-nous de voir déjoués nos plus sombres pronostics.

Bien sûr, il y a eu de la casse. La fournée de février, mars et avril s’est retrouvée écrasée par les sorties ultérieures. Les petites ou grandes librairies qui battaient de l’aile déjà avant la crise ne vont évidemment pas mieux aujourd’hui. Mais pour les autres, il semble bien qu’ils puissent passer le cap en réaffirmant l’essence même de leur métier: le contact, l’échange, le conseil. Et que si l’on n’arrêtera pas le numérique, celui-ci ne saurait s’envisager sans la librairie physique.

Enfin, on avait tablé sur une rentrée littéraire anémique. Il n’en est rien, avec plus de 500 nouveaux romans, d’une qualité soulignée par l’ensemble du secteur, jusque dans notre dossier spécial. Laissons donc les dystopies à la littérature et réjouissons-nous de voir déjoués nos plus sombres pronostics. Après, il faudra sérieusement s’occuper du reste du secteur culturel qui n’a pas eu la chance de reprendre si tôt ses activités. Et cela, ce n’est malheureusement pas de la fiction.

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