Sortie des artistes

©Philip Van Roe

Commentaire.

De l’indifférence au mépris, la marge est étroite. S’ils avaient encore un doute sur l’intérêt que leur porte la classe politique belge, les artistes auront perdu toute illusion avec la tartufferie parlementaire d’avant le week-end. Approuvée en commission et déjà soumise au Conseil d’État, la proposition socialiste/écolo d’améliorer temporairement les mesures sociales en faveur des artistes aurait dû passer sans problème. Un front flamand NV-A/Vlaams Belang/Open Vld/CD&V a soudain exigé un nouvel avis du Conseil d’État, mais sans requérir l’urgence. Un piteux vaudeville rendu possible par les atermoiements du président de la Chambre Patrick Dewael, et à peine tempéré par le MR qui, in fine, aura plaidé l’urgence.

Les artistes méritent décidément mieux que cela, n’en déplaise aux tenants d’une idéologie que l’on se gardera de limiter à la seule droite identitaire flamande. Dans une société shootée à la rentabilité, l’obsolence programmée et la gabegie consommatrice, musiciens, théâtreux et autres saltimbanques font tache. Amuseur public, ce n’est pas un métier. L’usine, le bureau, oui. Les embouteillages, les SUV, oui. Mais la scène, le culte du beau et du partage, la liberté créatrice et la dénonciation multiforme de l’inacceptable, allons donc… Le poids des 250.000 emplois et 5% du PIB attribués au secteur artistique en Belgique a bien suscité un léger frisson politique – le pognon, toujours. Mais pour l’humain, on repassera.

La culture doit continuellement se disculper d’être, car son impact inquantifiable n’entre pas dans une case comptable.

Or, le plus éreintant, pour les femmes et les hommes de culture, c’est cette insidieuse et constante obligation de devoir sans cesse rappeler le droit d’être ce qu’ils sont. On ne demande jamais à une industrie débilitante de légitimer son existence sous prétexte d’emploi. Ni aux fans de foot de défendre leur passion, même si elle ruine les deniers publics en infrastructures et en sécurisation policière.

La culture, elle, doit continuellement se disculper d’être, car son impact inquantifiable n’entre pas dans une case comptable. "On ne peut hélas pas chiffrer la hausse de productivité d’un employé comblé par sa soirée au concert", nous glissa un jour un grand chef d’orchestre.

Le thème des Festivals de Wallonie, "Héros", ne pouvait mieux tomber. Les génies de la partition ne nous en voudront pas si on leur emprunte le titre. Les héros d’aujourd’hui, ce sont les centaines d’artistes et de techniciens qui ont remonté des programmes passionnants en un temps record, dans des conditions rocambolesques. Quelle leçon… On a beaucoup applaudi les soignants, à juste titre. Au tour des artistes désormais. Les politiques attendront encore le leur. Le temps de méditer sur la place de la culture dans l’art du vivre ensemble dont ils sont pour la plupart, en ce moment crucial, de lamentables contempteurs.


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