Tendances | Forte inflation des séries et des abonnements aux plateformes de vidéo à la demande

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Rentrée foisonnante pour les séries, avec une forte croissance des abonnements aux plateformes de vidéo à la demande, Netflix en tête. Et pour la première fois sur le marché européen, les séries européennes détrônent les américaines…

En cette rentrée télévisée, force est de constater que la fragmentation du marché télévisuel a continué son œuvre et que ses acteurs sont maintenant soit originaires d’internet soit développent leur plateforme internet de visionnage différé ou à la demande (VoD). Un succès qui rend la mort annoncée de la télévision de moins en moins crédible, dès lors que l’on considère cette dernière comme de la "télé-vision", au sens large, soit la possibilité de visionnage à distance sur toutes sortes d’écrans différents (ordinateurs, tablettes, smartphones,...).

Alexandrine Duez | Codirectrice programmation de Be tv

1/ Comment cette rentrée télé s’est-elle annoncée?

D’une manière générale, il y a une inflation de la production de séries télévisées, principalement aux USA. Mais vu le succès des productions locales sur chaque territoire, les diffuseurs linéaires et SVoD se lancent dans la production de séries et contribuent de ce fait à l’inflation générale, dans le sens positif du terme. Cela conduit à une production très différenciée et une multiplication des niches. Il n’y a plus une série populaire, comme l’a été "Urgences", mais une couverture à 360° de tous les types de publics.

2/ Quelles sont les conséquences de cette inflation?

Il y a une sorte d’overdose d’informations sur les séries et il est devenu impossible de voir tout ce qui nous intéresse. Il y a donc une importance accrue de la guidance, que ce soit via la recommandation du bouche-à-oreille, la presse, etc. Autre conséquence: le calendrier change. Les lancements classiques de septembre et mars demeurent, mais la SVoD diffuse à n’importe quel moment et bouscule les habitudes: on peut être spectateur au moment où on le désire.

3/ Cela impacte-t-il aussi le calendrier des sorties européennes et américaines?

Avec internet et le streaming, les chaînes US ont bien compris cette compression du temps: la mise à disposition de l’offre doit être immédiate. Elles lancent ainsi très tôt la version française et offrent une voie légale via le simulcast – la diffusion simultanée comme HBO-Be tv – pour les séries les plus piratées comme "Game of Thrones".

 

Dans ce contexte, les abonnements aux plateformes de vidéo à la demande (SVoD pour "subscription video on demand") se taillent la plus belle part du gâteau de l’enrichissement "télé-visuel". Tous ces acteurs ont connu une croissance annuelle de 128% ces cinq dernières années pour arriver en 2017 à plus de 2,5 milliards de chiffre d’affaires dans l’Union européenne. Netflix en est le plus grand bénéficiaire avec plus de 20 millions d’abonnés européens et environ 50% de ce marché, devant Amazon qui en capte 20%.

Au niveau mondial, Netflix enregistre un chiffre d’affaires de près de 11 milliards de dollars en 2017 et dépassera probablement les 8 milliards d’investissement en production en 2018. La conséquence de ce succès est une augmentation conséquente des productions européennes en langue étrangère. Les succès de "La casa de papel" ou de "Dark" (en allemand) en sont la preuve. Autre exemple: dans sa stratégie de diversification, Netflix a acquis les droits de "La Trêve" (RTBF) qui est à présent disponible dans le monde entier.

LA CASA DE PAPEL Saison 2 Bande Annonce (Netflix 2018) Thriller

La grande tendance est donc l’influence de la SVoD et la multiplication des séries européennes qui ont détrôné les séries US pour la première fois dans le classement des programmes les plus regardés en Europe, selon une étude Eurodata sur 13 grands pays de l’UE. Dans notre pays, c’est largement le cas pour la Flandre mais pas pour la francophonie. Cependant, ce sont bien des (co) productions européennes qu’il faut attendre le plus, car la concurrence des plateformes internet a mené à une inflation généralisée du nombre de productions (voir l’infographie ci-contre) et à l’émancipation des séries européennes, souvent moins formatées et surtout plus locales.

Porosité entre ciné et télé

Parallèlement à ce constat, les chaînes linéaires traditionnelles évoluent en proposant de plus en plus de relais via internet, à l’instar d’Auvio pour la RTBF.

En France, par exemple, les trois grands groupes France Télévisions, M6 et TF1 ont récemment trouvé un accord pour développer la plateforme Salto qui devrait bientôt permettre de concurrencer la SVoD. La télévision payante développe des accords internationaux comme Be TV qui est devenu le distributeur simultané et exclusif de HBO pour la Belgique. Et la porosité entre cinéma et "télé-vision" est de plus en plus grande: dans tous ces grands chamboulements structurels, même le cinéma européen indépendant entre dans ce marché en proposant Uncut, une SVoD de films d’auteurs qui sera elle-même disponible via Auvio. Que de belles possibilités pour les amateurs de fiction!

La rentrée du streaming, ambitieuse et surpeuplée

Si l'on peut s'attendre à voir les grandes chaînes abattre leurs cartes maîtresses plus tard dans l'année (notamment à l'approche de la course aux Golden Globes puis aux Emmy), l'offre de cette rentrée est indéniablement ambitieuse et foisonnante. Le message est clair: entre les chaînes de télé consacrées et les plateformes de streaming en pleine ascension, personne n'est disposé à céder du terrain. Les réseaux digitaux, Netflix en tête, ont bien compris qu'il fallait frapper fort pour maintenir l'aura qui les entoure. Surtout depuis la dernière cérémonie des Emmy Awards où ils ont, pour la première fois, engrangé plus de nominations que le titan HBO.

Le nombre de programmes sériels proposés par Netflix a d'ailleurs triplé depuis 2010, poursuivant une stratégie qui ratisse large (avec des shows insipido-sympathiques comme "The Good Cop" sorti fin septembre) alliée à des titres plus pointus pour chouchouter ses publics de niche (la pépite "Maniac", pour n'en citer qu'une).

La rentrée marque également l'arrivée paisible mais remarquée de Facebook dans la cour ultra-saturée des concurrents digitaux, avec sa nouvelle section Watch, dont "Sorry for Your Loss" (en ligne depuis la mi-septembre) a déjà fait parler d'elle, tout comme le projet "Queen America" annoncé pour le 21 novembre. Catherine Zeta-Jones, au coeur de cette comédie grinçante, mais aussi Julia Roberts ("Homecoming", sur Amazon Prime dès le 2 novembre), Emma Stone et Jonah Hill ("Maniac"), Sean Penn ("The First" sur Hulu depuis le 14 septembre) peuplent désormais aussi les séries de streaming qui entendent bien bétonner leur rôle au sein de la prestige TV.

Si les États-Unis se font bien souvent l'incubateur des tendances sérielles de la rentrée, cette envolée SVoD offre aussi un beau terrain de jeu aux productions internationales, dont la présence se fera encore sentir cette année. Un signe qui ne trompe pas: Netflix a récemment installé à Madrid son premier studio de production européen, augurant plusieurs titres espagnols, à commencer par "Elite" une sorte de "Gossip Girl" sanglant, disponible depuis le 5 octobre. Ça va saigner. BARBARA DUPONT

 

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