Albert Uderzo, géant mal-aimé du Neuvième art

©Photo News

Le dessinateur de Astérix et de Tanguy et Laverdure s'est éteint à l'âge de 92 ans. Orphelin de son compère René Goscinny depuis les années 80, ce monstre-sacré de la BD n'a jamais réussi à retrouver le génie de son scénariste. Mais le succès populaire de la série ne s'est jamais démenti.

Le plus célèbre de Gaulois et son inséparable compère, Astérix et Obélix ont perdu leur dernier créateur. Albert Uderzo est décédé ce mardi dans son sommeil à son domicile parisien. Il avait 92 ans.

Issu d’une famille d’immigrés italiens naturalisés français, Uderzo débute dans la bande dessinée dans les années 40, mais c’est sa rencontre avec René Goscinny qui va déterminer son destin. Ensemble, ils créeront d’abord les aventures du Peau Rouge Oumpah Pah et puis, évidemment Astérix en 1959. Les aventures du célèbre village gaulois deviendront vite l’archétype de l’humour franchouillard et l’alternative à l’école belge de la BD menée par Hergé puis l’École de Marcinelle.

380 millions
Mieux que Tintin
Les albums d'Astérix ont été vendus à 380 millions d'exemplaires dans plus de 110 langues

Doué d’un dessin humoristique très expressif et surtout très lisible, Uderzo pouvait aussi se prêter au réalisme pur. Il est notamment l’auteur de la série Tanguy et Laverdure sur des scénarios de Jean-Michel Charlier.

Les aventures du célèbre village gaulois deviendront l’archétype de l’humour franchouillard et l’alternative à l’école belge de la BD menée par Hergé puis l’École de Marcinelle. Les Albums d’Astérix ont été traduits dans plus de 110 langues et dialectes et tirés à près de 380 millions d’exemplaires. Ce qui en fait la série européenne la plus vendue au monde. Loin devant Tintin, qui culmine à 230 millions d'exemplaires. 

Double lecture

Au scénario René Goscinny propose  des récits à double lecture, accessible aux enfants, mais aussi aux adultes, maniant avec finesse la parodie et la satyre

Le dessin d’Uderzo propose aussi à sa manière cette double lecture. Apparemment très simple, son trait incarne le style "gros nez". Mais même dans la caricature, jamais il ne déroge à un sens aigu de l’anatomie. Il suffit d’observer les chevaux qu’il dessine pour s'en convaincre. 

"L'équilibre parfait de la caricature et le réalisme du mouvement d’Uderzo font partie de mes fondations les plus importantes. Que les personnages qu'on dessine soient vivants, c'est ça qu'on cherche la plupart de dessinateurs. Albert Uderzo, l'avait réussi ", témoigne le dessinateur espagnol Ricard Efa, plutôt versé dans le réalisme.

Quel que soit leur style, énormément de dessinateurs, toutes générations confondues se revendiquent de l’influence d’Uderzo, consciente ou non. Ne fût-ce que parce que, pour la plupart, la lecture d’Astérix a occupé leur jeunesse.

"L’équilibre parfait de la caricature et le réalisme du mouvement d’Uderzo font partie de mes fondations les plus importantes. Que les personnages qu’on dessine soient vivants, c’est ça qu’on cherche la plupart de dessinateurs. Albert Uderzo, l’avait réussi."
Ricard Efa
Dessinateur espagnol

"Même en tant que scénariste, mon amour pour la BD et l’envie d’en faire mon métier viennent sans doute en partie de là. C’était des albums d’une telle finesse tant au niveau du scénario que du dessin. En les relisant, je me suis rendu compte à quel point finesse rimait avec richesse", estime Vincent Dugomier, scénariste des " Enfants de la résistance ".

"C'est en observant les sangliers dégoulinant de sauce d'Astérix que je me suis rendu compte qu'il était préférable de "fantasmer" la bouffe avec des codes simples et efficaces pour faire saliver le lecteur", précise encore Mathieu Burniat. 

En France, dans sa maison de campagne dans la Vallée de Chevreuse, Albert Uderzo chez lui, posant devant un mur couvert de dessins de ses personnages le 15 novembre 1986. ©Photo News

Critique

Paradoxalement, si Astérix est considéré comme un personnage majeur de la bande dessinée, et que Goscinny a toujours été encensé pour son génie créatif, son compère Uderzo a subi les affres de la critique. La poursuite des aventures d'Astérix et Obélix seul après la mort de son compère, lui a valu des volées de bois vert. Excellent dessinateur, Uderzo n’avait certes pas le talent de Goscinny sur le plan des récits.

Et le fait, peu de temps après, de claquer la porte de son éditeur historique Dargaud pour créer sa propre structure d'édition, n'a pas arrangé sa réputation dans le microcosme de la BD où on le taxait volontiers de mercantile. L'énorme succès des personnages et leurs déclinaisons en dessin animé, en film et en centaine de produits dérivés ont doté Uderzo d'une grande fortune. Ces critiques et la brouille avec sa fille et son gendre durant des années l'ont meurtri.

©Photo News

En 2011, Uderzo a confié ses chers Gaulois au tandem Jean-Yves Ferri au scénario et Didier Conrad au dessin. Le nouveau duo, a déjà livré cinq albums sous le contrôle bienveillant d'Uderzo. Le dernier tome en date, "La fille de Vercingétorix", paru il y a quelques semaines à été tiré à 5 millions d’exemplaires. Sans doute un peu plus premier degré qu'avec Goscinny, le tandem propose des récits de très bonne facture qui jouent habilement des codes posés par leurs prédécesseurs.

Albert Uderzo, portrait d'auteur (1998)

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés