Avec "Extases", Tripp dédramatise le sexe

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"Extases" - Jean-Louis Tripp, Casterman, 268 p., 22 EUR | Note: 4/5

Toujours joyeux, souvent sensible, rarement vulgaire et certainement sincère. Jean-Louis Tripp raconte, dévoile, exhibe aussi sa vie sexuelle. Et ce n’est pas triste. En pas moins de 268 pages, Tripp décrit par le menu ses premiers émois amoureux et ses découvertes sexuelles, jusqu’aux premières années de sa vie d’adulte lors d’une "soirée romaine" qui dérape. Suivra le reste de ses péripéties dans trois autres tomes qui ne seront pas moins volumineux. Résumé à cela, le propos peut sembler limité, peut-être choquant ou déplacé. Il n’en est rien pourtant, parce que Tripp aborde cela comme il pratique la chose: avec naturel et bonne humeur.

Spéciale Dédicace | Par Tripp

"Si ce livre ne doit servir qu’à une chose, c’est de dédramatiser l’acte. Si cela peut décomplexer quelques lecteurs, j’aurais réussi", estime Tripp. "Tout le monde a des envies, des fantasmes, mais il existe encore trop de barrières qui les entravent. Et c’est facteur de conflit… Je suis persuadé que si l’on était plus libre sur le plan sexuel, il y aurait infiniment moins de tensions. Nous réglons les conflits par l’affrontement puis par la négociation. Regardez les bonobos, qui sont nos plus proches cousins, ils les règlent par le jeu et par le sexe", constate-t-il encore.

BD | "Extases" par Jean-Louis Tripp. Casterman ©rv doc

Jean-Louis Tripp a reçu une éducation assez libre, de parents communistes et par nature plutôt ouverts à la chose du sexe. "Encore que… Même en tant que soixante-huitards, mes parents étaient plutôt rétifs à l’homosexualité ou à la masturbation…" Mais cela n’a pas empêché l’ado et l’adulte qu’il était, dans une période "bénie" — "entre mai 68 et l’apparition du sida"-, de faire ses propres expériences dans ces domaines comme dans d’autres. "Cela doit faire partie de ma carte d’identité génétique d’explorer mes limites", constate-t-il.

Pas vulgaire, souvent drôle dans son traitement, l’exercice est loin du "simple" porno voyeur ou exhibitionniste. Parce qu’il est très respectueux de l’auteur lui-même et surtout de ses partenaires. "Je ne fais ces expérimentations sexuelles que dans le cadre d’une relation amoureuse. C’est une exploration du couple, avec le consentement de chacun évidemment", affirme Tripp qui rêve toujours de rencontrer celle qui dira stop… après lui!

Pourtant, le jeune Tripp était jaloux comme un tigre. "Dans nos sociétés patriarcales, on est guidé par la possession de la femme. J’en ai hérité comme tous les gens de ma génération. C’est stupide. Il existe d’autres modèles de sociétés qui fonctionnent très bien. Mais j’ai eu un mal fou à passer au-dessus de ce sentiment."

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Et c’est sans doute une autre caractéristique de ce livre, c’est la sincérité avec laquelle l’auteur se met en scène et raconte ses "tourments" sexuels. Notamment dans cette séquence sur son expérience du sexe tarifé et la honte que cela lui a procurée pendant très longtemps, jusqu’à s’en ouvrir auprès d’une féministe convaincue qui l’a d’ailleurs très bien compris.

Le récit est forcément très introspectif, voire psychanalytique mais par la simplicité de son style il est aussi un miroir de chaque lecteur. Même si tout le monde n’a pas forcément une libido aussi débridée que l’auteur, chacun peut s’y retrouver et sans doute, les hommes comme les femmes, ce qui n’est pas la moindre de ses réussites.

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