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Freud incompétent?

©© ARNOLDO MONDADORI EDITORE S.P.

Un livre américain aussi gros qu’une bible qualifie Sigmund Freud d’incompétent de première classe. C’est la énième mise à mort du neurologue juif. Malgré tout, ses théories continuent à hanter nos vies.

"Vous êtes venue ici pour déclarer une nouvelle guerre à Freud? Entrez donc!" Le professeur de logique et de philosophie analytique Filip Buekens m’accueille. Je prends place sur le divan et explique ce qui m’y amène...

©Filip Ysenbaert

Fin août, l’ouvrage "Freud: The Making of an Illusion" est paru aux Etats-Unis. Dans cette biographie de Sigismund Schlomo Freud (1856-1939), un célèbre professeur de Berkeley, Frederick Crews, qui est un collègue apprécié de Filip Buekens, fustige le père de la psychanalyse, tout au long des 660 pages de son livre. Ces dernières décennies, la réputation de Freud en tant que scientifique a subi des dommages irréparables. De nombreux livres, dont celui de Crews, démontrent que Freud falsifiait ses rapports et déformait les témoignages de ses patients. Crews rassemble toutes les preuves "à charge", accablantes. Depuis, défenseurs et critiques de Freud croisent à nouveau le fer dans les colonnes du "New York Times", du "Guardian", du "Washington Post" et du "Times".

Freud demeure un phénomène intriguant. Malgré une quasi-absence de base empirique dans son travail, une petite armée d’intellectuels continue à le présenter comme l’un des penseurs les plus influents du siècle dernier, dans le sillage de Karl Marx et d’Albert Einstein. Sans Freud, nous aurions Œdipe, mais pas le complexe d’Œdipe. Nous n’aurions ni les lapsus, ni la métaphore de l’iceberg. Nous n’aurions jamais entendu parler du refoulement, de la peur de la castration et de l’envie de pénis. Et un rêve serait tout simplement un rêve, et non pas "la voie royale vers l’inconscient".

Retour vers le divan de Filip Buekens. L’homme enseigne la logique et la philosophie linguistique à la KU Leuven et à la Tilburg University. Il a coécrit le fameux "Livre noir de la psychanalyse", qui avait secoué l’exégèse freudienne en 2005. Il apprécie visiblement le nouveau livre de Crews. "Crews et d’autres biographes montrent de manière quasi mathématique que non seulement Freud était un mauvais scientifique, mais qu’il avait une piètre connaissance de la nature humaine. Sa patiente Dora a été clairement mal comprise, lorsqu’elle lui a raconté qu’elle avait été agressée par un ami de son père."

"C’est un euphémisme de dire que la psychanalyse est une pseudo-science. Elle est bien pire que ça, poursuit Buekens, impitoyable. Les théories de Freud ne permettent pas de comprendre les choses – ce qui constitue un des besoins fondamentaux de l’être humain – mais nous donnent l’illusion que nous les comprenons. Nos cerveaux sont conçus pour établir rapidement des connexions entre les choses, même si elles n’existent pas. Nous voyons des images dans les nuages, dans des taches d’encre, etc. Freud en a habilement abusé. Il a trouvé quelques concepts vides de sens – refoulement, peur de la castration, fixation anale, complexe d’Œdipe – qui permettent, en réalité, de tout interpréter. Prenez l’oreille gauche de mon chien et ce crayon dans ma main droite? Quel est le lien? Il n’y en a pas. Ajoutez-y la notion de ‘sexualité infantile’ et vous en trouverez immédiatement un. C’est ainsi que la psychanalyse fonctionne."

Buekens poursuit sur sa lancée: "Freud s’est comporté comme un gourou. On retrouve ce comportement chez bon nombre de ses disciples comme Jacques Lacan et Carl Jung. Sans oublier Paul Verhaeghe. Plus vos postulats sont creux, plus ils doivent être défendus avec force. Et plus vous devez vous comporter en gourou pour convaincre."

"Nous ne devons pas être arrogants. Il existe encore beaucoup de choses que nous ne pouvons pas mesurer. Nous avons besoin de gens comme Freud, qui pensent ‘out of the box’."
Steven Laureys
Neurologue à l’université de Liège

Pan! La première salve est tirée. C’est au département de psychanalyse de l’Université de Gand que je me rends alors pour compter les victimes. Mais le professeur Paul Verhaeghe y est bien vivant et d’excellente humeur. "C’est tout de même remarquable qu’après cent ans, on trouve encore des gens qui passent leur vie à fustiger ou à défendre Freud. Je ne lis pas ces livres. C’est une perte de temps. Mais ils prouvent que l’homme et ses théories continuent à générer de l’animosité."

Selon Verhaeghe, la question de savoir si Freud était ou non un scientifique est totalement dépassée. "Si vous vous basez sur les critères actuels, Freud n’était pas un scientifique. Point final." Pas plus scientifique d’ailleurs que les autres méthodes utilisées à l’époque en psychiatrie: hypnose, électrochocs ou lobotomie.

Sexe et cocaïne

Freud était déjà sous le feu des critiques lorsqu’il était jeune médecin. Sa première publication scientifique sur l’hystérie – cosignée par Joseph Breuer – fut huée par une partie de l’establishment médical. "Cela ressemble à un conte de fées scientifique", avait déclaré un médecin après un exposé de Freud.

Sigmund Freud

Sigmund Freud (1856-1939) était un neurologue d’origine juive. Il est le père de la psychanalyse. Freud est né à Freiberg, qui fait aujourd’hui partie de la République Tchèque. À quatre ans, ses parents déménagent à Vienne.

Après ses études de médecine, il part à Paris faire un stage auprès du célèbre psychiatre et neurologue Jean Martin Charcot.

De retour à Vienne, il publie, avec Joseph Breuer, l’ouvrage "Studien zur Hysterie". Ils y proposent un nouveau traitement, "the talking cure" comme un patient l’a qualifié. En 1896, Freud invente le mot psychanalyse. Il considère "Die Traumdeutung" (L’interprétation des rêves) comme son principal ouvrage.

En 1938, Freud fuit l’Autriche. Lorsque la Gestapo l’oblige à quitter son logement, il doit signer un document dans lequel il affirme avoir été bien traité. Il écrit: "Je recommande à tous la Gestapo". Il décédera un an plus tard en exil à Londres.

Freud avançait que les névroses de ses patients pouvaient s’expliquer par des traumatismes refoulés, en lien avec des abus sexuels subis pendant leur enfance. Au début, il prétendait que les abus avaient réellement eu lieu, mais il a ensuite modifié sa théorie: les traumatismes ne s’étaient pas réellement produits, mais avaient été imaginés. Il prétendait que tout enfant avait des pulsions sexuelles refoulées vis-à-vis de ses parents.

Lorsque Freud a, pour la première fois, formulé sa "théorie de la tentation", suivie par ses postulats répétés sur le complexe d’Œdipe et la sexualité infantile, une partie de la population l’a considéré comme un pervers sexuel, une étiquette dont il a eu du mal à se défaire. De plus, au début de sa carrière, il a commis des erreurs malheureuses. Le père spirituel de la psychanalyse a, pendant des années, fait la promotion d’un médicament: la cocaïne. Il en a lui-même consommé régulièrement et en a prescrit à un ami de ses amis qui était accro à la morphine. Résultat: son ami est devenu dépendant des deux drogues et en est mort.

À côté de ses partisans et de ses opposants forcenés, d’autres ont préféré le doute. Albert Einstein faisait partie de cette dernière catégorie. Lorsqu’on lui a demandé de soutenir la candidature de Freud pour un Prix Nobel, il a élégamment éludé la demande: "Malgré l’admiration que je porte au génie de Freud, je ne peux soutenir sa candidature. Je ne peux émettre de conclusion sur la véracité de ses théories."

Karl Popper, le plus célèbre philosophe des sciences du XXe siècle, avait conscience lui aussi que quelque chose clochait dans la doctrine de Freud. Même s’il lui a fallu du temps pour mettre le doigt sur le problème. Finalement (mais Freud était alors déjà très âgé), Popper a présenté son critère de "falsifiabilité": une théorie scientifique est empirique par essence et peut donc être réfutable par certaines expérimentations. Par conséquence, ceux qui formulent une théorie doivent immédiatement montrer comment elle peut être falsifiée ou réfutée.

Absence de contact visuel

L’impact de Freud fut encore plus grand après sa mort. À l’approche de la Seconde Guerre mondiale, une cinquantaine de ses disciples ont émigré aux Etats-Unis, où ils ont rapidement mis le grappin sur la psychiatrie. Ils se sont retrouvés à la présidence des grandes universités, ont défini leur cursus médical et rédigé les deux premières éditions de ce qui allait devenir la bible des troubles psychiatriques: "Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM)".

Dans le domaine culturel également, l’empreinte de Freud est indélébile. À partir des peintures de Léonard de Vinci, Freud a lui-même rédigé un rapport psychanalytique sur l’enfance du génie. D’autres psychanalystes ont écrit des bibliothèques entières de livres remplis d’interprétations d’œuvres d’art.

"Peu de mes patients s’allongent encore sur mon divan."
Paul Verhaeghe
Professeur de psychologie clinique à l’université de Gand

C’est sur le divan que son influence fut la plus importante. Dans les années 50 et 60, la pratique psychanalytique a atteint son apogée. Le nombre de patients qui ouvraient leur âme trois à six fois par semaine à leur psychanalyste était incalculable. Cet engouement fut renforcé par les compagnies d’assurance qui remboursaient une partie des honoraires.

Il existait des thérapeutes d’entretien bien avant Freud, mais ce dernier a permis la percée d’une nouvelle médecine: l’écoute. Verhaeghe parle d’un "changement de paradigme". "À l’époque, on pensait qu’il ne fallait surtout pas écouter les patients. Le célèbre neurologue Jean-Martin Charcot enseignait même à ses étudiants que les meilleurs patients étaient ceux qui parlaient une autre langue, car ils ne pouvaient pas vous induire en erreur ni vous influencer. Freud s’est totalement inscrit en faux contre cette théorie."

Freud avait constaté que l’approche médicale traditionnelle ne fonctionnait pas. En psychiatrie, les patients recevaient toutes sortes de traitements, mais ne guérissaient pas. Ses premières conversations avec des patients, il les faisait à la tête de leur lit. Mais Freud a rapidement constaté que les discussions se déroulaient souvent mieux en l’absence de contact visuel. Ce qui lui a donné l’idée du divan où ses patients s’allongeaient. "Ce n’est pas une si mauvaise idée, estime Verhaeghe. Demandez aux parents où ils ont des discussions avec leurs ados? Le plus souvent, c’est dans la voiture! Parce qu’il n’y a pas de contact visuel et qu’ils ne peuvent s’échapper. J’ai des collègues qui utilisent la ‘thérapie de la promenade’, pour les mêmes raisons, et ils me disent qu’ils obtiennent de bons résultats."

Verhaeghe a encore un divan dans son cabinet, mais rares sont ceux qui s’y allongent. "Je ne l’utilise qu’avec des personnes confrontées à une problématique où la culpabilité et la honte occupent une place centrale. Dans ces cas, la confrontation en face-à-face rend les choses plus difficiles. Mais même pendant une conversation ‘normale’, de nombreuses personnes ont tendance à éviter le contact visuel lorsqu’on aborde un sujet ‘sensible’. "

Freud ne se contentait pas de laisser parler ses patients, il discutait aussi avec eux. En ce sens, il fut le père spirituel de toutes les formes d’entretien clinique. Verhaeghe: "La psychanalyse telle que Freud la pratiquait n’existe plus. Mais tous les thérapeutes lui sont redevables d’une manière ou d’une autre. Y compris ceux qui ne jurent que par la thérapie comportementale et cognitive (TCC). D’ailleurs, la plupart des psychologues utilisent aujourd’hui un mix de différentes thérapies."

Sous la surface

©© ARNOLDO MONDADORI EDITORE S.P.

"Connais-toi toi-même", dit l’aphorisme grec attribué à Socrate. Freud invitait ses patients à creuser davantage, et il fut le premier à développer une méthode pour y arriver. Il invitait ses patients allongés sur le divan à appliquer à leurs rêves la technique de libre association, et accordait beaucoup d’importance aux lapsus qui ponctuaient les conversations.

Plus d’un siècle plus tard, nous vivons dans un monde totalement différent, avec des troubles totalement différents. Mais dans ses diagnostics, la psychiatrie continue à mesurer la distance entre le patient et la norme, estime Verhaeghe. "Une personne qui souffre de burn-out s’écarte de la norme du ‘travailleur idéal’. Un enfant qui souffre du trouble de déficit de l’attention s’écarte de la norme de ‘l’enfant idéal’, qui se tait et écoute. Si vous voyez les choses ainsi, alors le traitement aura réussi lorsque l’enfant se taira et répondra à nouveau à la norme. Mais je pense que l’efficacité du traitement ne peut être mesurée de cette manière. Si vous soignez un patient qui souffre d’angoisse à l’aide de comprimés, les symptômes disparaîtront. Les médicaments anxiolytiques dont nous disposons aujourd’hui sont très efficaces. Mais ils ne changent rien à l’origine de ces angoisses."

Freud ne se limitait pas à pousser le patient à rechercher l’origine de leurs problèmes, mais il jetait aussi un regard critique sur la société. Dans son livre "Das Unbehagen in der Kultur" (Malaise dans la civilisation), il se demandait quelles étaient les maladies de son époque. Une question que Verhaeghe se pose aussi clairement dans son ouvrage. "Freud vivait à l’époque victorienne, il n’est donc pas illogique qu’il ait abouti à l’oppression sexuelle. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Tout ce qui était autrefois interdit, est maintenant obligatoire. Les gens se retrouvaient dans une impasse parce qu’ils manquaient de liberté; aujourd’hui, c’est parce qu’ils en ont trop. Ils sont confrontés au stress du choix. Tout est remis en question. Pour les parents, même le choix d’une école est devenu un dilemme. Auparavant, on ‘choisissait’ tout simplement l’école qui se trouvait au coin de la rue."

Verhaeghe poursuit: "Aujourd’hui, je vois des gens se débattre dans leur rôle de père, de mère, d’ami, de partenaire ou de collaborateur. Même dans leur rôle d’homme ou de femme. Aujourd’hui, nous pouvons même choisir notre ‘genre’. Mais c’est une autre question de savoir si cela nous rend plus heureux. On constate que de nombreuses personnes se sentent impuissantes. Nous sommes soi-disant très libres, mais il y a tellement de forces en jeu que nous finissons par avoir moins de possibilités de choisir."

Ce phénomène s’appelle "Learned helplessness" (impuissance apprise ou acquise). De plus, nous sommes prisonniers d’une cage numérique qui se rétrécit de plus en plus.

C’est peut-être la principale raison qui explique pourquoi Freud refuse de mourir, même si ses détracteurs continuent à le poignarder. Aujourd’hui, nous mesurons et nous contrôlons tout, mais notre sentiment d’incontrôlabilité augmente. Inconsciemment, nous recherchons l’oreille attentive de quelqu’un qui nous aidera à remettre de l’ordre dans ce chaos. Même si cette personne ressemble à un charlatan et que l’ordre n’est qu’apparent.

Sur papier, les freudiens sont malgré tout perdants. Les psychanalystes ont en grande partie abandonné Freud lors du développement des modèles actuels. Dans les manuels de psychiatrie, pratiquement toutes les références à Freud ont été soigneusement supprimées. Et les assureurs ne remboursent plus les longues et coûteuses thérapies. Notamment parce que les études scientifiques n’ont pas prouvé leur efficacité. Selon Buekens, "la psychanalyse fonctionne, mais uniquement comme placebo. Elle a un effet parce que les patients y croient. Et comme pour un médicament placebo, l’effet peut être puissant."

Malgré tout, ces derniers temps, des volutes de fumée de cigare semblent s’échapper de la tombe de Freud. Et il semblerait que ce soit surtout Popper qui doive se justifier. "Le balancier est en train de revenir, explique Verhaeghe. Aux Pays-Bas, les sciences humaines ont toujours eu dix ans d’avance sur la Belgique. Et ils sont en train de revenir sur le modèle de santé ‘basé sur la preuve’. Suite à l’approche scientifique positive, les soins de santé sont devenus plus chers, mais pas meilleurs. Chez nous aussi, au sein du Conseil supérieur de la santé, des voix s’élèvent pour jeter le DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, ndlr) par-dessus bord."

L’inconscient comme nouveau domaine de recherche

"C’est un euphémisme de dire que la psychanalyse est une pseudo-science. Elle est bien pire que ça."
Filip Buekens
Co-auteur du "Livre noir de la psychanalyse"

Toute attaque contre Freud se termine par une discussion sur l’état des connaissances scientifiques. Il nous a donc paru donc honnête de laisser le dernier mot à un scientifique. Steven Laureys est un neurologue belge de renommée internationale. Il y a quelques mois, ce spécialiste du coma à l’université de Liège a reçu le Prix Francqui pour ses recherches sur l’état de conscience. Il est en quelque sorte un Freud en version moderne, même s’il ne l’indiquera jamais sur sa carte de visite. "Quand je mentionne le nom de Freud dans une discussion avec des confrères, c’est toujours suivi par un grand silence. De nombreux collègues le détestent. Ils trouvent que son travail constitue un frein à nos connaissances... Mais Freud s’est battu contre l’establishment et c’est une des raisons pour lesquelles je l’admire. Au cours de mes recherches sur des patients dans le coma, je me suis aussi souvent heurté à des dogmes. Freud voulait découvrir les mystères du cerveau, tout comme moi. Mais il était un homme de son temps, et il travaillait avec le matériel disponible. À l’époque, les IRM et les pet-scans n’existaient pas. Il ne disposait pas d’instruments lui permettant de tirer des conclusions scientifiques."

"Ces vingt dernières années, les recherches sur le cerveau ont beaucoup avancé. Freud s’est trompé sur beaucoup de points. Nous le savons aujourd’hui. Mais il avait mis le doigt sur des questions intéressantes. Il y a de cela plus de cent ans. Il était un pionnier parce qu’il a considéré l’inconscient comme un domaine de recherche et a poussé les générations suivantes de neuroscientifiques à y réfléchir."

En tant que scientifique, Laureys aime tout mesurer. "Mais nous ne devons pas être arrogants, insiste-t-il. Il existe encore beaucoup de choses que nous ne pouvons pas mesurer. Un des principaux travaux de Freud portait sur l’interprétation des rêves, où il analysait ses propres rêves et ceux de ses patients. Aujourd’hui, nous avons des machines qui essaient de transformer nos rêves en images. Malgré tout, nous ne savons pas encore comment ils sont élaborés par le cerveau, ni quelle est leur fonction. Ils aident notre cerveau à ‘digérer’ la journée écoulée. Mais peut-être ont-ils, comme le soupçonnait Freud, d’autres fonctions fascinantes."

Laureys trouve aussi intéressantes les observations de Freud sur les traumatismes. "Comment et où le cerveau humain stocke-t-il un traumatisme? En 2000, Eric Kandel a reçu le Prix Nobel pour ses travaux sur la mémoire, mais il y a encore énormément de choses que nous ne comprenons pas. Je viens à nouveau de devenir père. Que pense ce bébé de six semaines? Dans quelle mesure est-il conscient de son environnement?"

Laureys travaille actuellement sur la méditation. Il lui arrive de temps en temps de pousser un bouddhiste dans un scanner pour mesurer son activité cérébrale. "Nous savons que la méditation a un impact important sur le cerveau, mais nous ne savons pas pourquoi. Parfois, il nous faut un siècle pour prouver scientifiquement des constatations cliniques. Dans l’intervalle, nous avons besoin de gens comme Freud, qui pensent ‘out of the box’."

Quid de son côté obscur? "Ne nous méprenons pas, car là aussi nous pouvons tirer des leço ns intéressantes. La science est avant tout une activité humaine." Ce que Laureys veut dire, c’est que la fraude existe encore dans le monde scientifique actuel. On trouve encore des chercheurs qui influencent consciemment ou inconsciemment les résultats. Freud n’est donc pas le seul à prendre ses rêves pour la réalité.

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