Le profond respect des personnages

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Les mots de Zidrou sont justes, le dessin et les expressions d’Aimé de Jongh sont justes. Tout sonne parfaitement dans ce petit bijou de bande dessinée, "L'obsolesence programmée des sentiments".

Une histoire d'amour entre deux personnes d'âge mûr, pleine de pudeur et d'émotions. Par Aimé de Jongh au dessin et Zidrou au texte. 

Avec "L’obsolescence programmée des sentiments", Zidrou signe une nouvelle fois une perle de roman graphique. "Parfois, ça marche, quand le texte et le dessin se complètent et s’additionnent. Comme lorsque deux danseurs transcendent la musique et le rythme quand ils sont ensemble", constate-t-il. Tant il est vrai que le dessin d’Aimé de Jongh, et son regard de femme aussi certainement, apporte une dimension supplémentaire à ce récit.

"Aimée voulait une histoire d’amour. Je lui en ai écrite une mais avec une difficulté supplémentaire: un amour de personnes mûres."
Zidrou

Des histoires d’amour, on en a tant vu dans la fiction. Plus rares sont celles qui mettent en scène des "vieux", si tant est que le cap de la soixantaine est celui de la vieillesse. C’est celui que va franchir Ulysse, déménageur, mis à la retraite anticipée, alors qu’il se voyait bien encore quelques années sur les routes au volant de son bahut. Méditerranée ("ce n’est pas un prénom, c’est une invitation au voyage", dixit Ulysse) vient de le franchir. La fromagère du quartier a de beaux restes. N’a-t-elle pas été cover girl de Lui en 1974!

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L’un comme l’autre refusent cet adjectif qu’on leur colle sur le front. Les auteurs trouvent d’ailleurs les mots et les images, très vrais, pour décrire le nouveau quotidien de ce "jeune" retraité dont la vie se rythme dans les courses chez Auchan, une promenade au parc… Mais surtout ne pas s’arrêter sur ce banc avec d’autres vieux, parce que ce serait s’arrêter tout à fait… Ces deux âmes solitaires vont se trouver sur le tard et faire "rejaillir le feu de l’ancien volcan".

"Aimée voulait une histoire d’amour. Je lui en ai écrite une mais avec une difficulté supplémentaire: un amour de personnes mûres. Il me semblait intéressant de voir comment une jeune femme de 28 ans allait traduire cela en image", confie Zidrou. De Jongh relève le pari avec surprise mais intérêt. "Le sujet est plutôt rare, un peu tabou, sans doute parce que la sexualité des personnes âgées fait un peu peur. Le sujet était finalement assez rafraîchissant et très inspirant. Dès le moment où j’ai établi le casting, j’ai appris à connaître mes personnages et c’est devenu plus facile de leur donner vie."

"Il fallait le regard d’une femme pour arriver à faire passer la sensibilité et la crudité de l’histoire. Pour montrer la beauté d’un corps qui sort des canons esthétiques actuels."
Zidrou

Parce qu’effectivement, les personnages de De Jongh prennent vie sous nos yeux, tant ils sont vrais et qu’ils bénéficient du plus profond respect de leurs auteurs. Ulysse est costaud mais ventripotent, Méditerranée n’a plus la plastique de ses 20 ou 30 ans. La chair s’amollit, le reflet dans le miroir est cruel. "Il fallait le regard d’une femme pour arriver à faire passer la sensibilité et la crudité de l’histoire. Pour montrer la beauté d’un corps qui sort des canons esthétiques actuels", admire Zidrou.

Aimée de Jongh parvient en effet à faire passer des scènes de sexe et d’amour très explicites avec énormément de pudeur, et il suffit d’un regard d’une infinie tendresse et d’une infinie tristesse pour faire passer toute l’humanité d’un personnage.

Un album à lire et à relire, parce que l’on y trouvera à chaque fois une nouvelle touche d’émotion

"L’obsolescence programmée des sentiments"

Zidrou et Aimée de Jongh

Dargaud, 142 p., 19,99 euros.

Note: 5/5. 

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