Tous les maux du Congo

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BD | "Le singe jaune" - Baruti et Cassiau-Haurie, Glénat, 102 p., 22 euros. Note: 3/5

Concentrer en une bande dessinée tous les maux dont souffre le Congo, c’est le défi que tente de relever Barly Baruti avec le concours scénaristique de Christophe Cassiau-Haurie. Avec plus ou moins de bonheur, tant à vouloir trop en mettre, on finit par noyer un peu le poisson, ou le lecteur dans le cas présent.

Mais cette masse d’informations ne doit pas occulter la justesse du propos. Au travers de cette fiction, Baruti et Cassiau s’efforcent d’aborder les problèmes qui touchent le Congo, certains de manière approfondie; d’autres sont plus rapidement évoqués. "Ce sont tous les thèmes qui me touchent. Au-delà de l’aventure, je voulais prendre le lecteur par la main et lui montrer mon pays, ce qu’il se passe en moi", affirme le dessinateur congolais.

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Le passé colonial du Congo est évidemment au centre du récit. Mais pas (uniquement) sous l’angle historique ou polémique, mais sous celui des métisses. "La relation entre la Belgique et le Congo a toujours été celle d’un rendez-vous manqué entre ceux qui voulaient assurer le développement du pays et ceux qui voyaient les Belges comme des occupants ou au mieux des oncles encombrants."

Et dans ces relations d’amour-haine, les métisses paient le prix fort. Rejetés par les deux communautés, ils font figure de fusibles ou de souffre-douleur. "Ils vivaient généralement dans un confort relatif, mais sans appartenir à aucune classe alors qu’ils auraient pu constituer un trait d’union", estime Baruti.

Tolérés durant la période coloniale, les métisses furent cachés après l’indépendance. "Ils n’étaient pas reconnus comme enfants de l’amour, mais comme le produit du hasard. On leur a volé leur identité, en les arrachant à leur famille pour les placer dans d’autres endroits", explique Baruti, qui ne cache pas ses origines métissées. Et à la manière dont son récit se termine, sur un autre rendez-vous manqué, la blessure est loin d’être cicatrisée.

Autres thèmes abordés: la corruption, les enfants soldats, les diamants du sang, l’emprise des multinationales. Chacun des personnages personnifie un des acteurs du Congo d’aujourd’hui. La journaliste, qui part enquêter sur la prétendue découverte d’une nouvelle espèce de singe, c’est la presse qui doit assumer son rôle de lanceur d’alerte; le "scientifique"-aventurier, c’est la multinationale qui profite du système; le sorcier, le gardien des traditions; et, on l’a dit, l’interprète métisse qui fait le lien entre les deux cultures en cherchant sa place.

Plus que bien documenté, le récit est, à l’image de la BD congolaise, centrée sur le vécu. Baruti ne cache d’ailleurs pas la part autobiographique qu’il a mise dans cet album. "Même si le récit se passe dans les années 90, tout cela se passe encore de nos jours", avertit Baruti.

Son dessin, au crayonné très présent, dans un style proche de celui d’Hermann et mis en couleurs directes, est redoutable de précision. Baruti peut rivaliser avec n’importe quel naturaliste dans le rendu des animaux.

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