Un Spirou héroïque parce que simplement humain

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Émile Bravo poursuit les aventures de Spirou dans les prémices de la guerre. "Je voulais comprendre comment un gamin groom était devenu un aventurier humaniste", explique-t-il.

Parler de la guerre pour Émile Bravo, cela résonne comme un exutoire. "Petit, mon père, ancien de la guerre d’Espagne, me répétait souvent: ‘Sans Mussolini et Hitler, tu ne serais pas là’. Parce que sans ces régimes, il ne se serait pas engagé dans les Brigades internationales et sa vie aurait été différente. C’est lourd à porter comme héritage…", pointe-t-il. D’où une furieuse envie de comprendre et expliquer ce qu’est la guerre et comment les gens réagissent face à cette situation. "La guerre, ce ne sont pas que des combattants armés, ce sont aussi des femmes, des enfants, des familles, des déportés qui doivent lutter pour leur survie au quotidien". Rien à voir avec une forme de nostalgie mais plutôt une volonté de transmission.

"L’espoir malgré tout" 2e partie, Émile Bravo, Dupuis, 90 p, 16,5 euros.

Note : 5/5

 

Partant, l’héroïsme dans une période de guerre ne vient pas seulement de combattants armés ou de résistants dont les actions d’éclats font partie d’une sorte de panthéon. "L’héroïsme vient aussi des hommes et des femmes qui parviennent à garder et à défendre l’humanité face à cette situation. C’est le cas de ceux qu’on appelle les Justes. Mais il y en a plein d’autres…"

Spirou est donc de ceux-là. "Pourquoi, au sortir de la guerre, le personnage de Spirou est-il devenu un aventurier épris d’humanisme, alors qu’il n’était qu’un amuseur dans les premières pages de ses aventures", s’interroge Bravo. "Ca m’amusait de chercher une réponse dans le traumatisme que peut vivre un enfant dans la guerre."

"Le Journal d’un ingénu", le premier Spirou d’Émile Bravo, s’est avéré comme fondateur du personnage. L’enfant groom s’éveille à l’âge adulte en rencontrant son premier amour, entre deux brimades du portier et des caprices de la clientèle de l’Hôtel Moustic. Bravo offre à Spirou une sensibilité particulièrement touchante, qui ne demandait qu’à se développer. "Lorsque j’ai fait ‘L’Ingénu’, c’était juste un one shot, comme le voulait le principe de cette collection (Spirou par…: un auteur s’approprie le personnage le temps d’un album, NDLR). Depuis, le cahier des charges s’est assoupli. J’ai donc repris le collier là où je l’avais laissé."

Bravo se met véritablement dans la peau d’un jeune ado dans cette guerre qui débute: la présence des Allemands de plus en plus menaçante, la résistance qui émerge, les difficultés d’approvisionnement, les premières étoiles jaunes qui viennent "orner" la poitrine de certains de ses camarades de jeu, le travail en Allemagne, la collaboration… "Les questions que Spirou se pose, c’est à nous qu’il les pose. Que ferions-nous à sa place, sans connaître la fin de l’histoire?" s’interroge Bravo. "A ce moment-là, Spirou ne comprend pas tout. Il n’a forcément pas les réponses à ses questions. Il essaye juste de survivre!"

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Et pour survivre, Spirou n’a que son tempérament qui s’aiguise, son innocence qui s’étiole et son humanisme qui se renforce. Jusqu’à accompagner deux enfants juifs dans un train qui part vers l’Est, juste pour les protéger…

Bravo a fait de Spirou, on l’a dit, un personnage particulièrement sensible et touchant. Particulièrement humain face à des soldats allemands qui ne sont représentés que par des ombres noires. "Les militaires allemands ne sont qu’une machine de guerre, comme peuvent l’être un camion ou un char. Je les représente donc de la même manière…", confesse Bravo. Le seul militaire allemand qui apparaît en "chair et en os" est Staf, jeune flamand "ami" de Spirou qui s’est engagé aux côtés des Allemands.

Le sujet et son traitement sont particulièrement graves. Beaucoup plus que dans "Les Enfants de la résistance" qui met aussi en scène des enfants dans la guerre. Mais l’humour n’est jamais absent. Par le personnage de Fantasio évidemment, fantasque et imprévisible. Bravo travaille beaucoup sur les oppositions de caractères comme entre Spirou et Fantasio mais aussi entre deux curés qui veillent sur Spirou, le prêtre-ouvrier et l’autre réactionnaire. "J’essaye toujours de désamorcer les situations les plus dramatiques par une touche d’humour, même si plus on avance, plus on est confronté à l’horreur.

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