"Un avortement c'est un acte de maman"

©Aude Mermilliod

Aude Mermilliod raconte son avortement, sans fard. Pas une confession, une urgence à dire ce qu'elle a vécu. Pour comprendre et faire comprendre.

Il fallait que je vous dise… Ce titre comporte une double lecture: l’aveu que l’on avait caché ou l’obligation de sortir ce que l’on a sur le cœur, comme une colère trop longtemps contenue. "C’est clairement la deuxième signification qu’il faut lire. Mon premier titre était ‘Ce qui est tu’, pour évoquer le silence qui entoure encore trop souvent l’avortement. Mais effectivement, il y avait dans cette formulation une part de confession, de honte à parler. Or je voulais justement partager mon expérience. Avec force."

"Il fallait que je vous dise"
  • Aude Mermilliod
  • Casterman
  • 168p.
  • 22 euros
  • 3/5

Née à Lyon, Aude Mermilliod bouge… Elle a ça dans le sang. Après Toulouse où elle a fait les Beaux-Arts, elle arrive à Bruxelles. Elle a 24 ans, pas un rond devant elle, elle sort d’une rupture amoureuse, croise la route de Christophe pour une relation intense, mais sans promesse. Et puis… Il y avait 0,6% de risque que son stérilet ne fonctionne pas… La voilà enceinte, dans des conditions qui sont tout sauf propices. Sa décision est aussi rapide qu’incontournable. Elle ne le gardera pas. S’en suivent son expérience et son vécu de cette décision qui n’a rien de léger. La première visite chez le gynécologue, l’échographie qui montre la "grossesse", la date de l’intervention, l’attente… Et l’après, où il faut faire ce "drôle de deuil".

"Durant cette petite semaine d’attente, j’ai beaucoup écrit mon vécu. Une sorte de bouillie émotionnelle qui n’avait sans doute pas beaucoup de sens." Ces écrits serviront de base à son scénario.

Une semaine durant laquelle Aude Mermilliod se comporte en future maman. "C’est paradoxal, mais une amie m’a dit que l’avortement est un acte de maman. Ce n’est sans doute pas toujours vécu comme ça, mais c’est ce que j’ai ressenti. Je ne buvais plus, je ne fumais plus, j’adaptais mon alimentation… Je lui ai même trouvé un prénom. Aujourd’hui, je parle encore de ce moment ‘quand j’étais enceinte’ alors que je n’ai jamais été maman."

Mon premier titre était ‘Ce qui est tu’, pour évoquer le silence qui entoure encore trop souvent l’avortement.
Aude Mermilliod

Même si la décision était rapide et claire, Aude Mermilliod a pris le temps avant d’en parler. Il fallait d’abord se retrouver avec elle-même. Le temps de la grossesse au moins… "Je n’aurais pas pu écrire ce récit immédiatement. Il fallait sortir de l’émotion. Prendre le recul nécessaire pour que mon récit soit honnête et pas seulement épidermique. Quand j’ai commencé à écrire ce livre, mon émotion était passée, même si je reçois toujours celle des autres."

Aude Mermilliod parvient justement à relater son comportement avec une émotion juste, mais sans fard, sans concession, et sans exhibitionnisme non plus. Elle livre son témoignage pour que cela se sache. "Le sujet reste encore trop souvent un tabou, par manque de témoignages de première main justement. Même dans la fiction, le sujet est plutôt rarement abordé. Au Québec où j’ai vécu quelques années, les mentalités sont très différentes, plus féministes. Beaucoup de femmes ne font pas d’enfant ou les font seules."

Dans ce récit, un peu militant donc, Aude Mermilliod ne s’attarde pas que sur son cas. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, elle donne très largement la parole à Martin Winkler, auteur du "Chœur des femmes", qui traite évidemment du sujet.

Durant cette petite semaine d’attente, j’ai beaucoup écrit mon vécu. Une sorte de bouillie émotionnelle qui n’avait sans doute pas beaucoup de sens.
Aude Mermilliod

Marc Zoffran, de son vrai nom, est médecin, obstétricien, très en pointe notamment contre les violences obstétriciennes. Pratiquant l’IVG, Zoffran voulait comprendre le ressenti des femmes qui venaient le consulter. Pas seulement leur motivation ou leurs justifications pour pratiquer une IVG, mais la manière dont elles le vivent. Ce que c’est de monter sur une table gynécologique, la douleur que l’on ressent, les attentions auxquelles il faut penser pour faciliter ce moment, pour les accueillir, les accompagner sans porter de jugement. Le propos de Zoffran est aussi juste que celui de Mermilliod, explicatif et didactique, mais vrai et sincère. Comme ce cri du cœur. Il faut qu’on le lise.

©Aude Mermilliod

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