À la découverte du Mont Noir de Marguerite Yourcenar

La résidence, installée dans un manoir construit dans les années 30, après la destruction du château de la famille Yourcenar. ©Gamma-Rapho via Getty Images

En gravissant la colline de 152 mètres, on ne sait plus trop si on aime déjà l’endroit à cause de Yourcenar, ou si on aimera encore un peu plus Yourcenar en découvrant l’endroit.

C'est un des lieux les plus romantiques qui soient, de ce romantisme suranné du Nord, avec ses ciels tourmentés, sa plus complète absence d’effet carte postale, et ses profondes vérités d’estaminet. On aborde les Monts de Flandres comme un anti-paysage, comme on entre dans un lieu oublié, enfoui quelque part (dans les mémoires?), un entre-deux ni France ni Belgique, qu’on finira par aimer comme si on l’avait découvert tout seul, au détour d’une itinérance, d’une échappée.

En gravissant la colline de 152 mètres, on ne sait plus trop si on aime déjà l’endroit à cause de Yourcenar, ou si on aimera encore un peu plus Yourcenar en découvrant l’endroit. On se gare, on pénètre à pied dans le grand parc, sous les allées d’arbres centenaires, où la vue s’offre comme principal vestige du Monde d’Hier où Marguerite découvrait, à 10 ans, les grands classiques gréco-latins. Et l’esprit à la fois étriqué et libre de ses aïeux, nobles ou grands bourgeois, qu’elle évoque notamment dans "Archives du Nord".

Série | Les tours d’ivoire
Ces résidences d’écrivains qui font rêver…

Où vont nos auteurs préférés pour se retirer du monde? Histoire de nous concocter de nouveaux chefs-d’œuvre… ou d’échapper à l’agitation, voire au syndrome de la page blanche? De la cabane monacale perdue dans les alpages à la luxueuse villa provençale avec piscine, faites votre choix…

20/08: La villa Marguerite Yourcenar à Saint-Jans-Capelle (France)

Le château est détruit par la Première Guerre Mondiale. Reste le parc. Et un manoir néo-normand édifié dans les années 30. C’est là que le Conseil Général du Nord, propriétaire des 40 hectares, décide de créer en 1997 un Centre de résidence d’écrivains européens. C’est donc cette villa, construite bien après le séjour de Yourcenar, qui sert aujourd’hui de cœur. Mais l’auteur des "Mémoires d’Hadrien" revint ensemencer les lieux de sa présence plusieurs fois au cours des années 80, alors qu’elle était partie s’installer près d’autres Monts, ceux de l’île des Monts Déserts, Maine, USA.

L’ambition, ici, est double. Proposer au grand public des moments rares, dans la villa, son parc, ou dans les environs – expositions, lectures, conférences, rencontres avec les auteurs… Et offrir en parallèle à une vingtaine d’auteurs par an un havre de paix, où créer en toute quiétude, en toute liberté, délivré des contingences du quotidien. La Villa offre le gîte, le couvert en pension complète, une voiture à disposition, une grande tranquillité, et même un défraiement qui permet de ne pas se tracasser avec les "rentrées pécuniaires" – la plupart des écrivains exerçant souvent une activité en parallèle. En échange, on ne demande aux heureux élus que peu de choses: réserver quelques soirées à la rencontre avec le public, et… écrire.

En échange, on ne demande aux heureux élus que peu de chose: réserver quelques soirées à la rencontre avec le public, et… écrire.

Trouver l’inspiration

Certains viennent chercher ici l’inspiration (ou la documentation) à un stade préliminaire à la rédaction proprement dite, celui de la plongée dans le bain de son sujet. À l’autre bout du travail, d’autres viennent revoir leurs épreuves – une étape primordiale également puisqu’il s’agit des derniers changements possibles. Mais la plupart viennent écrire "pour de vrai". Presque tous se déclarent enchantés, inspirés par la vue, le parc, le silence, voire les rencontres avec les autres résidents – ce qui permet d’aérer le travail et de donner de l’air à un cheminement créatif souvent très solitaire.

Marguerite Yourcenar ©Hollandse Hoogte / Bert Verhoeff

Cette année 2019 aura vu des romanciers, des traducteurs, des auteurs de théâtre, venus d’horizons divers: France, Belgique, Autriche, Canada, Russie, Italie. Ce qui constitue une ouverture assez rare dans le monde des résidences, où la langue française est souvent une condition. Traditionnellement, on reste de un à deux mois, et certains pensionnaires sont même invités de façon morcelée, un mois au printemps, un mois en automne, histoire de découvrir plusieurs ambiances et de nourrir plusieurs moments de son écriture.

Parmi les résidents "historiques", citons le romancier et poète belge Jean-Claude Pirotte, l’académicien et musicologue Philippe Beaussant, Sylvie Germain (lauréate du prix Femina pour "Jours de colère"), notre compatriote Diane Meur (Prix Rossel 2007 pour "Les vivants et les ombres") ou l’immense romancière irlandaise Nuala O’Faolain.

Si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à partir vous aussi sur les traces de Yourcenar, et de bien d’autres, en flânant dans les allées majestueuses du parc. Peut-être y croiserez-vous le prochain lauréat du prix Goncourt. Ou un poète tunisien encore inconnu – ce qui est tout aussi bien.

Villa Marguerite Yourcenar, 2266, route du Parc, 59270 Saint-Jans-Cappel (France): +33 3 59 73 48 90


Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect