Adeline Dieudonné, toujours aussi trash dans "Kérozène"

L'autrice bruxelloise Adeline Dieudonné. ©©Patrice Normand/Leextra

Très attendu après le succès international de "La vraie vie", "Kérozène", le second roman de la Bruxelloise Adeline Dieudonné, déçoit. Beaucoup de violence autour d'une pompe à essence.

On peut se dire qu’un premier roman, c’est une tentative de proposer «quelque chose» dans le vaste monde des lettres. Dans le cas de la Belge Adeline Dieudonné, 39 ans, ce «quelque chose» était énorme: son premier roman «La vraie vie», publié à Paris par Les Éditions de l’Iconoclaste lors de la rentrée littéraire de 2018, a tout raflé sur son passage.

Il a été acheté en Livre de poche avant même sa sortie, reçu les prix FNAC, Renaudot des lycéens, Rossel ou encore Filigranes, puis commencé à vivre à l’étranger, traduit en vingt langues (cela donne des titres bien accrocheurs: «Real Life», «La vida verdadera», «La vita vera», etc.) et lu par près de 300.000 lectrices et lecteurs jusqu’en Corée du Sud.

Quelle trajectoire exceptionnelle pour l’histoire de sa jeune héroïne en prise avec un père violent. Une histoire qui se passait comme dans une bulle trash, à la fois surréaliste et très vraisemblable, et dont on garde longtemps certaines images en mémoire (comme cette scène de poursuite en forêt qui marque irrémédiablement). «Le moteur de mon écriture, c'est la colère et l'indignation», disait Adeline Dieudonné à L’Echo peu après la sortie de «La vraie vie», expliquant écrire avec du métal à fond dans les oreilles.

Si le premier roman est une manière de se faire une place en littérature, à quoi correspond le second? Pour Adeline Dieudonné, il semble bien parti pour être une manière de s’y installer, d’y affirmer un style et une voix. «Kérozène», son deuxième roman paru ce premier avril, toujours à L’Iconoclaste, met en scène une quinzaine de personnages, cadavre ou vivants, humains ou cheval, vieux ou jeunes, femmes ou hommes, des personnages, un par chapitre, dont on découvre un bout de vie: Monica, Chelly, Julianne, Julie, Joseph, Victoire (I et II), Antoine, Loïc, Gigi, Red Apple (ça, c’est le cheval), Olivier, Alika, Sébastien (on espère n’oublier personne).

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Ces histoires portées par une écriture efficace et menées tambour battant ont pour point commun de converger à 23h12, un jour lambda, dans cette pompe à essence lambda où Monica décide d’enjamber le garde-fou. Elles parlent de kalachnikovs, de chips aux pickles, de haine pour les dauphins, de mari assassiné, du film «Beethoven»(celui avec le saint-bernard), de peau grasse sur la zone T et de bébé qu’on a eu trop tôt et elles passent de la futilité au grave avec cette même légèreté dans le trait.

Violence gratuite

Si vous faites partie des 300.00 lectrices et lecteurs de «La vraie vie», vous n’aurez aucun mal à reconnaître ces champs lexicaux de l’extrême, le style «coup de poing» et, c’est notre principal bémol, des formes de violences, parfois burlesques mais omniprésentes, dans la fiction d’Adeline Dieudonné.

On ressent très fort à la lecture l’effet libérateur pour l’écrivaine de déployer de telles narrations, mais on se demande encore, comme pour «La vraie vie», ce qu’elle veut vraiment nous raconter de sous-jacent. Peut-être pas grand-chose, au final.

Ses personnages se font mal ou ont mal. C’est «la vraie vie», me direz-vous (et répond aussi l’autrice lorsqu’on l’interroge à ce propos en interview), mais de notre point de vue, il s’agit souvent d’une violence gratuite, abordée avec un enthousiasme parfois gênant, un peu comme celle de ces films d’horreur spécifiquement conçus pour nous brusquer.

On ressent très fort à la lecture l’effet libérateur pour l’écrivaine de déployer de telles narrations, mais on se demande encore, comme pour «La vraie vie», ce qu’elle veut vraiment nous raconter de sous-jacent. Peut-être pas grand-chose, au final. Et ça aussi, il faut reconnaître que c’est la vraie vie.

Roman

«Kérozène»
Adeline Dieudonné

Note de L'Echo: 2/5

Adeline Dieudonné | KEROZENE | La Grande Librairie

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