Adolescence sismique

©Allary Editions

Roman | Avec "Le champ de bataille", Jérôme Colin questionne les "jeunes du virtuolithique" et les angoisses existentielles de leurs parents. Note: 3/5

Trois ans après la sortie d’"Éviter les péages", Jérôme Colin revient à l’écriture romanesque par un second opus centré sur la famille. Journaliste bien connu et père de trois enfants devenus adolescents, il a voulu interroger la pression sociale et la violence sourde vécue au quotidien par les parents et leurs gamins au sortir de l’enfance: "Je voulais mettre en avant l’amour inconditionnel qu’on a pour nos enfants et qu’on a tendance à étouffer parce que la société nous impose d’exiger toujours plus d’eux, d’être sans cesse sur leur dos. Il ne faut pas tout accepter, mais leur dire qu’on les aime, tout simplement." L’ultime violence fait en outre irruption dans le quotidien fissuré de cette famille avec les attentats de Paris et de Bruxelles: deux jalons dramatiques imprévus qui ont fait irruption pendant l’écriture du roman et que l’auteur a choisi d’incorporer comme ressort narratif.

Le narrateur de Jérôme Colin est l’un de ces pères à la dérive qui ne vit pas très bien la quarantaine, son couple en crise nie les réparties quotidiennes de son fils adolescent. En panique, tentant de sauver les meubles, il parvient surtout à mettre le feu au divan, lui qui fantasme pourtant sur les tenues de sa psy! Porté d’un bout à l’autre par un humour sur le fil du rasoir, le roman de Colin colle à l’anxiété de ce père pris en otage par la routine, la pression et le système scolaire qui tente d’exclure son ado en gentille rébellion. "Je ne m’attendais pas à créer la polémique sur ce point. Je suis simplement contre l’exclusion scolaire, contre un système qui ne prévoit rien pour les gosses qui sortent du rang. Aucun enfant n’est un monstre et notre rôle est de trouver une façon de les inclure. C’est comme si notre droit au bien-être primait sur le leur alors que c’est pourtant l’inverse! Les enfants ne peuvent pas exprimer leur souffrance comme nous; ils n’ont pas les armes qu’il faut. Ils s’expriment comme ils peuvent. L’institution est loin d’être à la hauteur: elle préfère souvent la hiérarchie et le Bic rouge à la bienveillance."

Fan des personnages adolescents créés par Stephen King ou de films comme "Kids" (1996) et "Le monde de Charlie" (2013), Jérôme Colin a choisi, quant à lui, d’incarner le point de vue du père: "Je voulais voir l’adolescence du côté des parents. C’était mon idée de départ. ça correspond à ce que je vis et ce n’est pas très courant, hormis certaines scènes d’"American Beauty", par exemple. Et puis il y a aussi une grande partie de moi dans le personnage adolescent."

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