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"Aimer pour deux" | L'enfant, ce fardeau si lourd à porter

©Grand Angle

"Aimer pour deux", de Stephen Desberg et Emilio Van der Zuiden est le récit poignant d'une femme qui renonce à son rôle de mère pour vivre.

"Dans les familles, il y a des secrets, lourds et bien gardés", affirme Stephen Desberg en préambule du dernier album dont il signe le scénario. Il est bien placé pour le savoir et pour en parler puisqu'il s'inspire de sa propre famille et de sa propre mère dans ce récit poignant. "Tout n'est pas la stricte réalité, parce que tout secret a ses zones d'ombres, que j'ai dû combler."

Monique a 19 ans à peine lorsqu'elle débarque à Paris au début de la guerre. Les études, la vie nocturne, les zazous qui dansent dans les caves au son du jazz, Francis qui la fait rire lorsqu'il rit de ses propres blagues. Elle vit! Et puis, par sécurité autant que par tendresse, elle épouse Francis et lui donne une petite fille.

J'ai souvent abordé les relations père-fils dans les récits. Jamais les relations mère-fils, ce n'est pas pour rien.
Stephen Desberg
Scénariste

Mais cette vie-là, sage et tranquille ne la satisfait pas ou plus. Elle lui préfère l'amitié de Manon, qui se donne aux Allemands par amour pour son fils, ou celle de Gin, musicien noir homosexuel et juif, qui brave la vie parce qu'il la sait courte. Elle préfère la passion qu'ils incarnent. Et puis il y a Robert, militaire américain rencontré au pied d'un monument.

Et puis il y a le choix. Cornélien. Retrouver sa liberté pour vivre sa passion au prix de l'abandon de sa fille...

Hommage

Desberg s'inspire librement de sa mère pour raconter cette histoire. Sa mère qui a traîné ce secret comme un fardeau. "Elle qui fut si passionnée pendant sa jeunesse a sombré dans une dépression profonde pendant 25 ans. Son histoire et son choix peuvent paraître révoltants, mais je voulais lui rendre hommage de cette manière. C'est une manière de me reconnecter avec ma mère avec qui j'ai toujours eu un contact difficile durant sa dépression. J'ai souvent abordé les relations père-fils dans les récits. Jamais les relations mère-fils, ce n'est pas pour rien", témoigne l'auteur.

Emilio van der Zuiden donne vie aux personnages d'un trait fluide, très proche de la ligne claire, même s'il refuse cette étiquette. "Je suis venu à la ligne claire par obligation, par formation. Mais j'en refuse les exigences et, comme le personnage de Monique, je veux prendre des libertés."

Précis, son dessin se veut pourtant plus évocateur que réaliste. Les rues et les décors dessinés sont bien ceux de Paris, mais un Paris des années 40, rêvé, imaginé, évoqué et non photographique. Comme pour le récit de Desberg, le dessin prend ses libertés avec la réalité mais n'en est pas moins sensible.

Bande Dessinée

«Aimer pour deux»

Par Stephen Desberg et Emilio van der Zuiden

Édité par Grand Angle

80p. - 16,90€

Note de L'Echo:

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