Alain Berenboom: "L'imaginaire nous tire vers le haut"

Mordu de cinéma depuis sa tendre enfance, Alain Berenboom a voulu entrer à l’INSAS mais a finalement accepté de faire d’abord le droit. ©Emy Elleboog

Dans son nouveau roman, "Le rêve de Harry", Alain Berenboom revisite à la fois le roman noir, l’âge d’or du cinéma, Bruxelles, et sa propre vie familiale…

Littérature
"Le rêve de Harry"

♥ ♥ ♥

Alain Berenboom, Genèse édition,
256 p., 22,50 €

Récompensé par le Prix Rossel 2013 pour "Monsieur Optimiste", et avocat spécialiste du droit d’auteur, Alain Berenboom est un fou de cinéma. Dans son nouveau roman, chacun des 43 chapitres porte le titre d’un grand classique, de "Assurance sur la mort" de Billy Wilder à "Toute la ville en parle" de John Ford, en passant par "Vous ne l’emporterez pas avec vous" de Frank Capra ou "Une journée particulière" d’Ettore Scola. Bruxelles aussi est au centre, et le lecteur s’y promènera avec grand plaisir, pour suivre Michaël, un agent immobilier qui espère réaliser le rêve de son oncle en rachetant le Crystal Palace, haut lieu du cinéma des années 1950.

Dans votre histoire tout semble inventé… et rien ne l’est complètement?

L’oncle du héros, c’est mon grand-oncle. Le parcours est le même. Il fuit la montée du communisme en Lituanie, travaille dans les grands studios mythiques de Berlin, part en Chine distribuer des films, revient à Bruxelles, repart en Uruguay. On dit souvent que la réalité dépasse la fiction. Je n’aurais pas pu trouver plus romanesque qu’en restant proche de la vérité.

"On dit souvent que la réalité dépasse la fiction. Je n’aurais pas pu trouver plus romanesque qu’en restant proche de la vérité."
Alain Berenboom
Auteur et avocat

Pour le cinéma également: je me suis inspiré de bâtiments existants, de salles mythiques. Le Palais du Cinéma, qui devint le Métropole de la rue Neuve, avec son incroyable style Modern Art. Le Pathé-Marivaux et ses décors "gâteau à la crème". Ou le Plaza du Boulevard Adolphe Max, qui fait encore office de salle de réception dans l’hôtel du même nom. Tous ces "grands bateaux" étaient gigantesques puisque beaucoup de salles ne programmaient qu’un film à la fois. Pas de télévision à l’époque, les gens sortaient énormément, et pour changer de film, on changeait simplement de cinéma.

Votre livre est un hommage au film noir.

Nous sommes tous des enfants de Raymond Chandler. J’adore ce cinéma-là, je joue avec les codes du roman noir. "Le rêve de Harry" n’est pas un vrai thriller stricto sensu, mais on retrouve le héros pris dans une histoire qui le dépasse et qui le terrorise. Et puis une ambiance qui restitue bien l’atmosphère des années 50 telle que j’aime l’imaginer. Sans parler de la galerie de personnages: la secrétaire, la riche veuve, l’associé véreux, etc.

Pour rencontrer son destin et acheter ce cinéma, votre héros va devoir retrouver en lui-même la mémoire de son oncle disparu.

Michaël va avoir 50 ans, il n’a pas réussi dans son business. Son modèle, c’est cet homme brillant qui fait des affaires dans le monde entier. Une figure familiale, mais teintée de mythe. Il veut dépasser son oncle. Il rencontre Camille, une prof d’histoire qu’il voudra séduire en lui parlant de son passé familial. Une manière de briller aux yeux de la jeune femme, mais aussi de revisiter sa propre histoire.

"Aujourd’hui quand j’écris, le processus est tout à fait cinématographique."
Alain Berenboom
Auteur et avocat

Quelle est la place du cinéma dans votre vie?

J’ai contracté le virus vers 5 ou 6 ans. Mon immense chance est d’avoir eu comme prof de néerlandais André Delvaux. À l’Athénée Fernand Blum de Schaerbeek, il a organisé une vraie classe de cinéma, avec plusieurs cours par semaine, que j’ai suivis pendant 6 ans. Histoire du cinéma, grammaire, pratique expérimentale. J’étais mordu pour la vie. J’ai voulu entrer à l’INSAS mais j’ai accepté de faire d’abord le droit. J’étais un enfant assez obéissant. Aujourd’hui quand j’écris, le processus est tout à fait cinématographique. Je vois des images en mouvement, des scènes qui se succèdent, et je les retranscris le moins mal possible. Je suis un réalisateur contrarié.

Le cinéma, en un mot?

La vie. Une vie, plus grande que la nôtre. Tout y est possible. Tout y tombe juste. L’imaginaire est une force incroyable, qui toujours nous tire vers le haut.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés