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Amanda Gorman en français dans le texte

Le 20 janvier, Amanda Gorman a volé la vedette à Joe Biden. ©CNP/AdMedia

Avant la sortie, à l'automne, de "The Hill we climb and other poems", le recueil complet de ses poèmes, Fayard en publie déjà un avant-goût, dans la traduction française de Lous and the Yakuza.

Le 20 janvier 2021 avait lieu l’investiture de Joe Biden. Ce genre de cérémonies officielles laissent généralement peu de souvenirs tant le faste et les codes semblent laisser peu de place à la fantaisie et à l’audace. Mais cette fois, il flottait quelque chose de différent dans l’air. Durant la cérémonie, une jeune femme monte à la tribune: vêtue d’un manteau à boutons d’or, elle arbore un bandeau de satin rouge vif dans les cheveux. D’une voix calme accompagnée de gestes graciles, elle récite, radieuse et déterminée, son poème désormais célèbre: «The hill we climb». Cette jeune poétesse californienne de 22 ans, c’est Amanda Gorman. Elle captive immédiatement l’assemblée. Sur les réseaux, sa prestation ne passe pas inaperçue non plus, à tel point qu’elle vole la vedette à Joe Biden.

Ce n’est pas la première fois que la poésie s’invite à une investiture: avant Amanda Gorman, cinq autres poètes, dont Robert Frost, Maya Angelou ou encore Elizabeth Alexander (lors de l’investiture d’Obama), ont participé aux cérémonies d’investiture de présidents américains. Mais aucun n’était aussi jeune; aucun sans doute n’avait réussi à marquer les esprits à ce point.

Amanda Gorman incarne bien plus qu’un phénomène littéraire et éditorial, elle s’inscrit ouvertement dans une veine politique et moderne, contribuant ainsi à dépoussiérer le genre poétique. D'entrée de jeu, on voit que ce poème est, en grande partie, le fruit des circonstances, tout en cherchant à les transcender. Elle a ainsi réussi à surmonter, à l’aide de simples mots, le moment tristement historique que venaient de vivre les États-Unis: l’invasion du Capitole par quelques centaines de partisans fanatiques de Donald Trump

Polémiques

Après l’ère de ce «président Twitter», qui confondait sans vergogne le faux et le vrai, il était temps de retrouver la vérité. Et pour cela, sans doute fallait-il tout d’abord des mots, leur pouvoir réparateur: «Ils sont rares, ces moments d’incandescence où le poids des tourments et des souffrances laisse place à l’espoir. Peut-être même la joie», écrit très justement Oprah Winfrey dans l’avant-propos de l’édition française du poème, dont la traduction a cependant soulevé de nombreuses polémiques.

Bien malgré elle, Amanda Gorman s’est en effet retrouvée au milieu de la tempête, même si elle a refusé, à raison, de prendre part directement au débat: aux Pays-Bas, sa traductrice s’est retirée du projet suite à une cabale lancée contre elle sur les réseaux sociaux au motif que la poétesse afro-américaine devait être traduite, selon certains, par une représentante de la communauté noire. En Espagne, l’écrivain catalan Victor Obiols, qui avait été désigné pour travailler à la traduction, s'est vu évincer du projet pour les mêmes raisons. 

Amanda Gorman, en 2018. ©BELGAIMAGE

Un nouveau chapitre de l’Histoire

Loin de toutes ces polémiques, nous pouvons donc désormais lire les mots d'Amanda Gorman. C’est le moment, dit-elle, d’écrire un «nouveau chapitre de l’Histoire»: «Voici venu le temps de la juste rédemption». Et quelques vers plus loin: «Hier nous nous interrogions: comment pourrions-nous triompher de la catastrophe. Aujourd’hui, nous affirmons: comment la catastrophe pourrait-elle avoir raison de nous?»

«Nous tacherons de reconstruire, réconcilier et raviver, jusque dans la moindre parcelle de notre nation, jusque dans les recoins reculés de notre pays, note peuple pluriel et consciencieux. Nous nous dresserons, éreintés mais merveilleux.»
Amanda Gorman
Poétesse

Elle revient aussi sur son parcours en se décrivant comme une «fille noire et mince, descendantes d’esclaves et élevée par une mère  célibataire». «Elle  peut, poursuit-elle, rêver de devenir présidente, et se retrouver devant un président à déclamer ses vers». C’est cette jeune fille qui est venue rappeler aux «citoyens du monde» l’importance de la poésie dans monde qui semble avoir perdu ses repères et son sens, en montrant au passage que la politique, à trop vouloir courir derrière l'actualité, a besoin des paroles du poète pour se donner de nouveaux horizons: «Si la démocratie peut parfois être entravée, elle ne saurait et définitivement vaincue».

Mais c’est évidemment à la nation américaine qu’elle s’adresse plus spécifiquement: «Nous tacherons de reconstruire, réconcilier et raviver, jusque dans la moindre parcelle de notre nation, jusque dans les recoins reculés de notre pays, note peuple pluriel et consciencieux. Nous nous dresserons, éreintés mais merveilleux.»  Amanda Gorman se place ainsi très clairement dans le sillage de la grande tradition poétique afro-américaine, une poésie résolument engagée, en quête d'émancipation, et souvent représentée par des femmes: Maya Angelou, Audre Lorde, Elizabeth Alexander, Phillis Wheatley, Claudia Rankine, etc. On pense aussi bien sûr à la romancière Toni Morrisson.

Résonne également dans ses mots le lointain écho de l'immense poète Walt Whitman, lui qui aimait comparer les États-Unis à «un grand poème», persuadé de l'union féconde entre la poésie et la démocratie.

Poésie

«La colline que nous gravissons»
Amanda Gorman

Traduction: Lous and the Yakusa.
Édition bilingue, Fayard, 64p., 8 euros.

Note de L'Echo: 4/5

REPLAY - Investiture de Joe Biden : la poétesse Amanda Gorman récite un poème

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