chronique

Au Capitole, l’animalité contre l’humanité

Journaliste

En reprenant la thèse d’une sortie récente en philo, Simon Brunfaut, journaliste et philosophe, en tire une réflexion qui éclaire l’actualité. Cette semaine… Baptiste Morizot: "Raviver les braises du vivant: un front commun" (Actes Sud).

Mercredi soir, lors de la prise du Capitole par des partisans de Donald Trump, on a vu un homme, torse nu, affublé d’un chapeau en fourrure sur lequel étaient plantées deux grandes cornes.

L’animalité et l’humanité auraient-elles donc décidé de se confondre en ce début d’année? Dans son dernier essai, le philosophe-pisteur Baptiste Morizot cherche à dépasser le dualisme homme/nature. Il fait l'éloge du «réensauvagement» et imagine de nouveaux rapports possibles entre les hommes et les animaux.

Philo

«Raviver les braises du vivant: un front commun»,
Baptiste Morizot

Actes Sud, 208p., 20 euros.

Note de L'Echo: 4/5

Si l’écologie cherche à reconnecter l’homme à la nature et aux animaux, la politique ne tolère pas, par principe, le sauvage et la bête. Pas un jour sans qu’on ne déplore «l’ensauvagement» de nos sociétés et la «sauvagerie» croissante de citoyens qui cèdent, dit-on, à la bestialité.

Le mot sauvage vient du latin «silvaticus», qui signifie la forêt. Est sauvage celui «qui se plaît à vivre seul, qui évite la fréquentation du monde», nous explique le Littré.

On raconte qu’un jour, Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs des États-Unis, aurait déclaré: «La démocratie, c'est deux loups et un agneau votant ce qu'il y aura au dîner. La liberté, c'est un agneau bien armé qui conteste le scrutin».

Des loups et des agneaux

Dans sa célèbre fable «Le loup et l’agneau», Jean de La Fontaine écrit: «La raison du plus fort est toujours la meilleure». L’histoire est simple: un loup affamé rencontre un agneau devant une rivière. Le loup décide de le dévorer, mais se cherche une bonne raison de le faire. Un dialogue s'engage. Le discours du loup n’est qu’une série d’arguments non fondés, victimaires et complotistes, censés justifier sa prétention à manger l’agneau afin de mieux se disculper. De son côté, l’agneau, poli et rationnel, montre point par point l’absurdité du « raisonnement » du loup.

Mais avoir raison ne suffit pas, car la force et la violence gagneront toujours face au discours et au langage. «Au fond des forêts, le loup l'emporte et puis le mange, sans autre forme de procès». Au sein du Capitole, les pro-Trump, qui s'inventent toutes les raisons pour haïr notre monde, n’ont fait aucun procès à la démocratie. Ils ont laissé des traces et marqué leur territoire, avant de rentrer chez eux: non pas dans une forêt lointaine, mais tout simplement dans leurs maisons.

Chaos in Washington DC after Trump supporters storm Capitol building | ABC News

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