Au commencement était la mondialisation

L'essayiste Nayan Chanda raconte l’histoire de l’humanité sous l’angle des découvertes, de l’expansion des liens d’interdépendance et de la multiplication des connexions entre communautés. Une saga originale et décapante du "village global".

 

Quel rapport entre la thèse qui soutient que toute l’humanité descend probablement des mêmes parents africains, et la mondialisation, qui n’a fait l’objet de théorisation que depuis deux ou trois décennies ? Pour le journaliste et essayiste Nayan Chanda, ce sont deux phénomènes consubstantiels. La mondialisation accompagne en effet l’humanité depuis le début de son histoire. La croissance exponentielle de la circulation des biens, des idées, des institutions et des personnes à laquelle nous assistons aujourd'hui fait partie d'une tendance historique à long terme. "Les multinationales, les organisations non gouvernementales, les activistes, les migrants et les touristes n’ont fait que poursuivre le processus d’intégration entamé il y a des milliers d’années" fait-il valoir.

 

Nayan Chanda a donc fait le pari de raconter l’histoire de l’humanité non pas via le prisme diplomatique, politique ou militaire, mais sous l’angle des découvertes, de l’expansion des liens d’interdépendance et de la multiplication des connexions entre communautés. Son ouvrage débute avec la génétique pour appréhender les migrations internationales à partir du village "originel" de Duniya, en Afrique orientale. Il se poursuit par une histoire de découvertes et de défis fascinants marquée par l’invention des fois, la stratégie des conquêtes, mais aussi l’invention de la roue, de la machine à vapeur, de l’électricité, qui ont distendu les contraintes spatiales et temporelles, favorisé les transferts de biens, de main-d’oeuvre et de connaissances. Dans cette véritable saga du village global, l’auteur raconte la façon dont une tubercule péruvienne, la pomme de terre, est depuis lors devenue un aliment de base dans le monde entier ou comment une culture éthiopienne, le caféier, s’est implantée du Brésil au Vietnam. Il s’interroge sur les raisons qui expliquent comment l’Islam, " né dans les déserts d’Arabie, a pu faire des millions de convertis dans le monde ", ou pourquoi " la monnaie des USA tient son nom d’une ville minière allemande d’extraction d’argent ".

 

Loin de faire preuve d’angélisme, Chanda termine sur une interrogation, voire un doute. S’il démontre la continuité rassurante des migrations qui existent depuis 50 000 ans, il reconnaît que la globalisation aujourd’hui est porteuse de nouveaux dangers. La mondialisation a en effet généré son lot de laissés pour compte qui, grâce aux technologies moderne, ont pris conscience des inégalités et des écarts de développement. Autre préoccupation, par une grande ironie de l'histoire, les aventuriers et les migrants, principaux acteurs de la mondialisation depuis l’aube des temps, " apparaissent aujourd’hui comme la principale menace à la stabilité d’un monde globalisé ". Enfin, concède-t-il encore, les contacts internationaux " ont apporté non seulement des attitudes culturelles indésirables, mais encore d’odieux microbes pathogènes ". Faut-il s’en préoccuper ? Bien sûr, conclut-il. Mais comme il n’y a aucune raison pour qu’un processus aussi ancien s’arrête, autant s’en accommoder… A lire d’urgence.

 

O.G.

 

Nayan Chanda, Au commencement était la mondialisation (la saga des aventuriers, missionnaires, soldats et marchands), CNRS éditions, 446 P. 25 euros.

 

 

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