BD | Chalandon écrit l'humain, Alary le dessine

©Rue de Sèvres

Un an après "Mon Traître", Pierre Alary revient sur la saga irlandaise de Sorj Chalandon. Ou comment expliquer l’injustifiable d’une trahison.

Dans "Mon Traître", Sorj Chalandon relatait comment un militant de l’IRA de la première heure en arrive à trahir les siens et sa cause. Une trahison vue par les yeux d’Antoine, jeune français qui embrasse la cause des indépendantistes irlandais. Antoine nourrissait une amitié absolue pour cet homme taiseux, bourru. La trahison qu’il ressent à titre personnel n’en est que plus vive.

"Retour à Killybegs"

Note: 4/5 

Pierre Alary d’après Sorj Chalandon. Rue de Sèvres, p. 20, 162 euros.

Dans "Retour à Killybegs", Chalandon revient sur son personnage de Tyrone Meehan. Celui de l’après-cessez-le-feu, à qui il ne reste plus que sa trahison comme bagage, sa trahison et son pourquoi. "Chalandon a écrit ce deuxième livre pour tenter de comprendre. Il s’est mis dans la peau du traître pour expliquer son geste, sans chercher à le justifier. Évidemment, il aurait pu dire non. Sans doute est-il persuadé d’avoir aidé la paix dans son pays en trahissant la cause. Mais pourquoi? Et qu’en reste-t-il après…", s’interroge Pierre Alary.

Avec une langue délicate et bien choisie, Chalandon distille ses éléments et s’insinue dans la tête de son personnage. L’auteur a le sens de la formule et son travail littéraire est profond. "Chalandon écrit l’humain. Outre sa langue et son phrasé, c’est sans doute ce qu’il y avait de plus difficile à conserver dans une adaptation", précise encore Alary.

©Rue de Sèvres

Dans les maigres dialogues que Alary reprend, certaines répliques sont d’une infinie justesse. "J’ai trahi, Joshé. Et trahir, ça a été trop grand pour moi, Joshé. Ne me demande pas pourquoi. Ce pourquoi c’est tout ce qu’il me reste", dit Meehan à son ami curé. "Qu’est-ce que je vais devenir?", demande Sheila à son mari, le traître. "Il y a Jack, tes amis, ton pays…", répond Meehan. "C’était toi mon pays", lâche-t-elle.

Mais le défi est hautement relevé par le dessinateur. Déjà dans le premier volet de ce récit, il parvenait à montrer la profondeur des sentiments entre les deux hommes. Dans celui-ci, il pousse plus loin encore l’introspection. Le lecteur est en "dialogue" quasi constant avec le seul Tyrone Meehan et ses interrogations. Omniprésente, la "voix off" de Meehan n’est jamais lassante. Au contraire, elle devient envoûtante, comme celle d’un conteur. Et ces cases de textes viennent s’imbriquer sans heurt dans un dessin nerveux et souvent violent, renforcé par des couleurs qui portent l’ambiance.

Pour s’inscrire dans la ligne du premier volume, Alary poursuit le découpage en chapitres adopté par Chalandon dans "Mon Traître". Le récit était alors rythmé par l’interrogatoire de Meehan.

Pour ce "Retour à Killybegs", Alary adopte le même rythme dans son adaptation en insérant les dernières semaines de Meehan, seul avec sa conscience dans le village qui l’a vu naître.

Le dessinateur a également effectué un travail important de remise en forme pour éviter les redites par rapport au premier volume. "Ce sont les deux facettes d’une même histoire. Je me suis efforcé d’en faire deux volumes complémentaires", témoigne Alary.

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