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BD | Comment Alice Guy a inventé le cinéma

Catel et Bocquet rendent hommage à une nouvelle "Clandestine de l'Histoire": Alice Guy, la première cinéaste.

Elles sont nombreuses, ces femmes que l'Histoire, volontiers machiste, a oubliées ou cantonnées dans des seconds rôles alors qu'elles furent souvent précurseures ou déterminantes dans leur époque. Après "Olympe de Gouges", au Siècle des Lumières, "Kiki de Montparnasse", femme libre du début du XXe ou "Joséphine Baker", qui ne se résume pas à une ceinture de bananes, le couple Catel Muller et José-Louis Bocquet rendent hommage à une nouvelle "clandestine de l'Histoire": Alice Guy qui fut certainement la première cinéaste de l'histoire et productrice aux États-Unis.

"Alice Guy incarne l'histoire du cinéma, depuis les films primitifs des Frères Lumière jusqu'à sa dimension artistique, puis industrielle lors de son essor aux États-Unis essentiellement", explique Bocquet. "Elle a véritablement marqué l'éclosion de ce média en tant qu'art et pas seulement en tant que divertissement de foire."

Alice Guy est fille d'une famille bourgeoise mais désargentée. Elle doit travailler pour vivre encore assez chichement. Mais elle en veut et devient dactylographe, métier très moderne en cette fin du XIXe siècle. À force de bagout et d'opiniâtreté, Alice Guy se fait engager au comptoir de la Photographie, par un certain Léon Gaumont. "Un métier moderne dans une société qui est aussi à la pointe du progrès à l'époque. Cela montre le caractère très fort d'Alice", fait remarquer Catel.

Travailleuse et déterminée

La petite secrétaire de Gaumont prend donc de l'importance dans la société qui développe et commercialise des caméras et des appareils de projection. Depuis l'invention des Frères Lumière, le cinéma reste encore un phénomène de foire, uniquement du divertissement spectaculaire. Mais les techniques s'améliorent et certains, comme Méliès, en comprennent déjà les subtilités en matières de trucages notamment.

"Alice Guy a véritablement marqué l'éclosion de ce média en tant qu'art et pas seulement en tant que divertissement de foire."
José-Louis Bocquet
Scénariste de BD

"Alice est travailleuse, mais aussi terriblement créative. Elle tente tout, souvent avec beaucoup de bagout. C'est grâce à cela qu'elle se fait une véritable place dans ce monde de messieurs à barbiche", constate Bocquet. Alice Guy devient donc une véritable cinéaste, inventive. Elle ne se contente plus de filmer des scènes de la vie quotidienne, comme le faisaient les Lumières ou de jouer des escamotages, comme Méliès. Elle invente un véritable langage narratif, fait de loufoque, de surréalisme et de fiction. "Mais toujours avec un regard très féminin sur les choses", note Catel.

Regard féminin

Son film "Le résultat du féminisme", une uchronie sur un monde dirigé par les femmes est la première grosse production de Gaumont, qui sera diffusée internationalement. "Eisenstein s'en est revendiqué!", affirme Bocquet. "Ce regard féminin est certainement la part la plus intéressante de son art."

"Alice Guy invente un véritable langage narratif, fait de loufoque, de surréalisme et de fiction."
José-Louis Bocquet
Scénariste de BD

En France, avec les balbutiements du cinéma, aux États-Unis ensuite, où elle monte l'une des premières maisons de production de film, Alice Guy fut toujours au bon endroit, mais avec un coup d'avance sur l'histoire. "Ce qui fait qu'elle n'a jamais vraiment profité de l'âge d'or et des développements commerciaux du cinéma. Et elle n'a pas été reconnue à sa juste place. Les premiers films n'étaient pas signés, attribués au producteur, très fragiles aussi. Une grande part de son travail en France à longtemps disparu avant que les historiens s'y intéressent davantage. Sa maison de production américaine était au nom de son mari qui l'a grugée...", déplore Bocquet.

Le propos de Catel et Bocquet dans cette collection consacrée à ces "Clandestines de l'Histoire" n'est pas purement féministe. Il cherche à rendre justice à ces femmes qui sont aussi des modèles de détermination. Comme pour les autres volumes, Catel adapte son dessin pour le conformer à l'ambiance et au style de l'époque. Comme "Olympe de Gouges" adoptait celui de la gravure XVIIIe, "Joséphine Baker" était teintée d'expressionnisme, ce portrait d'Alice Guy se coule dans la Belle époque.

Bande dessinées

«Alice Guy»

Série: Les clandestines de l'Histoire

Par Catel et Bocquet

Édité par Casterman

400p. - 24,95€

Note de L'Echo:

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