BD | Étoiles blanches, étoile nègre

©rv doc

L’Étoile nègre. Tel devait être le titre de la dernière BD de Steve Cuzor sur un scénario coécrit avec Yves Sente. Une timidité marketing l’a finalement écarté au profit de ce "Cinq branches de coton noir" beaucoup plus sibyllin. De pure fiction, le récit s’inscrit pourtant dans la grande histoire avec beaucoup d’intelligence. Et si c’était vrai, finalement… On n’arrête pas de se poser la question.

Et si le tout premier drapeau américain comportait une "signature" en hommage aux esclaves noirs, laissés pour compte de l’indépendance; et si ce drapeau s’était retrouvé dans les mains d’un nazi; et si trois soldats noirs avaient été chargés de récupérer ce trésor historique dans la débâcle allemande; et si ces trois lascars, membres des Monument Men l’avaient effectivement retrouvé, ce morceau d’histoire…

Tout se tient dans ce récit remarquablement ficelé. Le lecteur saute dans le temps, entre la fin du XVIIIe siècle en pleine guerre d’indépendance américaine et la Seconde Guerre mondiale. Entre les deux périodes, près de 170 ans et une guerre civile, mais la condition des noirs américains n’a pas foncièrement changé. Certes, l’esclavage a été aboli, mais ces GI noirs sont cantonnés dans des emplois subalternes, comme si l’héroïsme n’était pas de leur condition. Dans les années 40, la ségrégation a encore de beaux jours devant elle…

L’ambition de Sente et Cuzor n’est pas de faire un récit militant antiraciste avec de pauvres noirs brimés par de mauvais blancs. Le propos est plus complexe, mais plus léger aussi dans le traitement. "Il y a toute une gradation dans la couleur de peau, avec une hiérarchie très codifiée; les noirs se permettent des expressions entre eux qu’ils n’autorisent à personne d’autre…", précise Yves Sente.

Outre sa sensibilité, la grande force de ce récit est de s’inscrire dans la grande histoire pour faire évoluer ses protagonistes. Ce qui fluidifie la lecture. Des plages du débarquement aux forêts ardennaises, on connaît les lieux et les circonstances. Les gens aussi souvent. Cuzor n’a pas son pareil pour croquer quelques acteurs de "l’âge d’or" du cinéma américain. "Un hommage aux grands films du genre. Mais aussi une manière de donner directement une image aux personnages pour en faciliter la compréhension. Lorsque l’on voit Sammy Davies Jr ou Lee Marvin, on sait directement à qui on a à faire...", note Cuzor.

Tout au long de ce volumineux album, Cuzor fait preuve d’une maîtrise remarquable du dessin, très réaliste et qui laisse une grande place aux regards et aux sentiments. Un dessin servi par une mise en couleurs en bichromie qui donne une ambiance particulière à chacune des séquences. 

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