BD | La bulle du vendredi: Comment un pirate perd le peu d’âme qu’il lui reste

©Kamiti

Damien Marie revisite la genèse du Hollandais volant, pirate fantôme qui hante les mers, sur fond d’ésotérisme.

Agnès n’a pas 20 ans. Dans l’Amsterdam du XVIIe siècle, elle survit entre rapines et commerce d’épicine, une drogue puissante qui lui fait oublier sa condition misérable. Quand elle se fait arnaquer par son dealer, elle préfère encore se réfugier chez un marchand d’esclaves qui l’envoie au Nouveau Monde, "dans une quelconque bordellerie".

On a évidemment fait plus enviable comme situation... Les péripéties de la jeune Agnès servent de prétexte à Damien Marie, très bien servi par le trait réaliste de Karl Tollet (Karl T.), pour revisiter le mythe du Hollandais volant. Ce pirate maudit qui hante les mers à la recherche d’un trésor secret.

Pour donner sa version des origines du Hollandais, Damien Marie tisse un récit complexe et mélange le temps par des flashback incessants. Complexe mais sans être confus. "J’aime m’appuyer sur l’Histoire et sur différentes idées qui font partie de ma culture", témoigne Damie Marie. En l’occurrence, il y mêle la piraterie mais aussi une certaine vision de la religion. "Avec pas mal de défiance, malgré une éducation catholique", confie-t-il.

Son personnage principal, la jeune Agnès, sera le vecteur du Hollandais pour atteindre son but et retrouver ce trésor qu’il a entraperçu et qui causera finalement sa perte et son éternelle errance. "C’est un être intemporel dont on ne sait pas tout. On en apprend progressivement sur ses origines et pourquoi Agnès se réfugie dans la drogue pour échapper à son destin."

" J’aime les héros, et les héroïnes, qui souffrent, qui le deviennent malgré eux, uniquement par devoir ou par obligation."
Damien Marie
Scénariste de bandes dessinées

Dimension fantastique

Curieux destin en effet que ce personnage, qui dit avoir reçu son enseignement d’une communauté de bonnes sœurs... disparue depuis 3.000 ans. Damien Marie explore certaines faces cachées de l’Église comme les écrits apocryphes notamment. Il donne dès lors à son récit une orientation très ésotérique mais aussi très fantastique. Même si on reste très proche du contexte historique du XVIIe siècle. En déstructurant aussi la suite temporelle du récit – le chapitrage alterne différentes époques –, Marie surprend le lecteur et lui distille des informations au compte-gouttes.

300 grammes

♥ ♥ ♥

Damien Marie et Karl T., Kamiti,

116 p., 21,90 €

Comme dans "Après l’enfer", son précédent ouvrage, Damien Marie met en scène un personnage principal féminin, très torturé. "Là aussi, je me suis appuyé sur l’Histoire pour mettre en scène des personnages pris entre deux feux. Ici s’ajoute une dimension fantastique. J’aime les héros, et les héroïnes, qui souffrent, qui le deviennent malgré eux, uniquement par devoir ou par obligation", fait encore remarquer le scénariste.

Karl T. livre un album en noir et blanc au dessin très réaliste, tout en ombre et en lumière, avec très peu de nuances de gris. Le ton est tranché, comme le style et l’histoire, sans concession. Mais comme le récit, le dessin se révèle aussi quelques fois un peu complexe.

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