BD | La bulle du vendredi: Georges Simenon sur les frontières

Qui d’autre que Philippe Berthet pour dessiner ce polar? Tous les ingrédients y sont: les ambiances moites et chaudes, les ombres qui cachent tant de choses derrières les personnages... ©doc

Fromental pousse Berthet dans ses retranchements dans un polar sulfureux et lourd inspiré de la vie de Georges Simenon.

La frontière est un concept qui ne se limite pas à la division géographique entre deux états estime Jean-Luc Fromental, le scénariste de "De l’autre côté de la frontière". Elle se marque aussi entre les gens suivant leur classe. Fromental mixe les deux visions de la frontière dans ce polar aux accents érotisés et moites comme la chaleur mexicaine. 

Couverture de l'album "De l'autre côté de la frontière" ©doc

Dans les années 40, la Santa Cruz Valley, à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, est un peu le bordel des Américains et des stars d’Hollywood, qui viennent s’encanailler auprès de filles faciles, avides des dollars qu’ils apportent.

François Combe est un auteur français qui vient lui aussi goûter à ces plaisirs pervers. Mais il n’y vient pas seul, accompagné de sa femme et de sa maîtresse avec qui il fréquente les lupanars du coin. Sous l’œil curieux, envieux mais surtout acerbe d’une petite bonne mexicaine. Confronté aux meurtres de prostitués, l’auteur de polar va devenir détective.

"Georges Simenon est un personnage romanesque d’un talent extraordinaire mais d’un caractère imbuvable, particulièrement avec les femmes."
Jean-luc Fromental
Auteur de bandes dessinées

Fromental ne s’en cache pas, le récit est directement inspiré du périple américain de Georges Simenon. Homme à femmes, l’auteur de polar liégeois est effectivement venu dans cette région à la fin des années 40 avec sa femme… et sa maîtresse, durant un voyage plutôt dissolu. "C’est un personnage romanesque", commente Fromental. "D’une stature magnifique, d’un talent extraordinaire mais d’un caractère imbuvable, particulièrement avec les femmes."

Fromental articule ce polar sulfureux comme un western moderne ou les bagnoles aux courbes arrondies remplacent les chevaux. Mais restent les hommes ténébreux et surtout les femmes envoûtantes et troublantes.

Femmes de caractère

Qui d’autre que Philippe Berthet pour dessiner ce polar. Tous les ingrédients qui lui plaisent y sont: les ambiances moites, les clairs-obscurs, les ombres qui cachent tant de choses derrière les personnages, les beaux châssis... "J’ai toujours eu du mal à dessiner des filles moches, c’est tellement plus facile de les faire belles", reconnaît-il. Sur ce plan, Berthet et Fromental se rejoignent, fascinés qu’ils sont par les femmes de caractère "à la Hitchcock".

Le concept de frontière est double, géographique d’abord, mais aussi pour marquer la différence de classes entre les riches et les pauvres.

Le trio que forment Combe et ses deux femmes évolue sous l’œil de leur bonne mexicaine. C’est par son truchement que Fromental raconte ces turpitudes. "Elle est à la fois le témoin et une actrice de ce récit. À travers elle, c’est la population de Nogales, cette petite ville frontalière, qui regarde les riches Américains se dévoyer. Toute cette richesse qui semble si proche mais tellement inaccessible."

On le disait, le concept de frontière est double, géographique d’abord, mais aussi pour marquer la différence de classes entre les riches et les pauvres.

Par son dessin toujours très sombre et épuré, Berthet rend très bien cette ambiance pleine de sous-entendus et d’envie. Ses ombres et ses couleurs sont chaudes et lourdes. Davantage encore que dans ses autres albums. "Je me suis efforcé de le faire sortir de sa zone de confort", note Fromental. Le résultat est plutôt réussi.

Polar
"De l’autre côté de la frontière"

♥ ♥ ♥ ♥

Jean-Luc Fromental et Philippe Berthet,
Dargaud, 78 p., 15,99 €



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