BD | La bulle du vendredi: Le 6 août 1945 naquit la mort

Vulgariser la genèse de la bombe atomique en BD, une prouesse réalisée par Alcante et Bollée.

Cruel anniversaire que celui qui se commémore ces 6 et 9 août 2020. Il y a 75 ans exactement, la première bombe atomique explosait au-dessus de Hiroshima puis de Nagasaki. Ces deux monstres de violence humaine laisseront un paysage ravagé, des dizaines de milliers de cadavres tordus par les flammes ou réduits à l’état d’ombre sur les degrés d’un escalier, et autant de survivants qui mourront parfois bien plus tard des conséquences des radiations que l’on ne connaissait qu’à peine à l’époque.

75 ans après, la bombe atomique n’a plus jamais servi à des fins militaires, mais elle reste une menace réelle et perpétuelle. 75 ans de guerre froide, de dissuasion, de course à l’armement plus ou moins maîtrisée. 75 ans durant lesquels la Bombe est restée une arme diplomatique majeure.

Près de 500 pages d’une rigueur impressionnante et qui tiennent le lecteur en haleine sans jamais ni le lasser ni le perdre dans des considérations trop pointues.

Quintessence de la destruction

"La Bombe". Sans autre qualificatif, comme si la bombe atomique avait atteint la quintessence de la destruction. C’est le titre simple de cet ouvrage qui s’impose comme une référence en matière de vulgarisation scientifique et surtout historique en bande dessinée. Près de 500 pages d’une rigueur impressionnante et qui tiennent le lecteur en haleine sans jamais ni le lasser ni le perdre dans des considérations trop pointues.

La Bombe

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Alcante, Bollée et Rodier, Glénat,

472 p., 39 €

Comme est née la bombe atomique? Quels ont été les acteurs, connus ou moins connus, anonymes aussi de la course entre les puissances de l’époque pour concevoir et maîtriser la réaction en chaîne qui constitue le principe de la bombe atomique?

Alcante et Laurent-Frédéric Bollée livrent un récit très documenté et précis sur le processus de création de l’arme absolue depuis le milieu des années 30.

Dilemme

Poussés par des scientifiques, les États-Unis investiront massivement dans le développement de la bombe. C’est le projet Manhattan mené dans le plus grand secret à Los Alamos, dans le désert du Nouveau-Mexique.

Ces mêmes scientifiques s’interrogeront aussi sur l’utilisation militaire de cette puissance dans un dilemme insondable. Fallait-il lancer cette bombe sur le Japon ou en faire un épouvantail diplomatique? La question divise scientifiques et militaires tout au long de l’album. Et c’est certainement l’un des ressorts qui rend ce récit aussi passionnant, actuel et haletant de bout en bout. Même si on en connaît d’avance l’inéluctable fin.

"Nous voulions absolument éviter de faire un xième manuel historique ou scientifique sur la bombe atomique. Il fallait apporter autre chose."
Alcante
Coscénariste de la bande dessinée "La Bombe"

Bollée et Alcante réussissent la prouesse de faire passer une masse énorme d’informations pointues uniquement via les dialogues sans que cela ne sonne faux ou fastidieux. "Nous voulions absolument éviter de faire un xième manuel historique ou scientifique sur la bombe atomique. Il fallait apporter autre chose", témoigne Alcante, coscénariste et initiateur du projet. Cette autre chose vient de la manière d’aborder les faits, par le prisme des personnages.

Haut en couleurs

Les personnages historiques sont typés, hauts en couleur parfois, comme le général Leslie Groves qui dirigea d’une main de fer le projet Manhattan et qui fut naturellement le plus ardent défenseur de l’utilisation militaire de la bombe. Son plus farouche opposant Leo Szilard est tout aussi truculent. Robert Oppenheimer, énigmatique et philosophe, Enrico Fermi, pince-sans-rire...

Le trait de Denis Rodier, qui joue uniquement sur les noirs et blancs, son sens du cadrage et le casting qu’il donne des personnages offrent au récit une puissance remarquable.

Les auteurs scénarisent remarquablement les faits, sans les trahir. Les anecdotes, les dessous des cartes et les éléments fictionnels ramènent les événements à hauteur d’homme. Alcante donne ainsi une vie à cette ombre à jamais imprimée sur les escaliers d’une banque de Hiroshima. "Lorsque je l’ai vue pour la première fois au Mémorial de la paix à Hiroshima, j’avais 11 ans. Cette image m’a marqué à jamais!", confesse Alcante.

Le trait de Denis Rodier, qui joue uniquement sur les noirs et blancs, son sens du cadrage et le casting qu’il donne des personnages offrent au récit une puissance remarquable. Le dessinateur québécois fait admirablement jouer ses personnages avec beaucoup d’expressivité. Cet excellent cocktail donne un récit à la fois passionnant et rigoureux.

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