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BD | La bulle du vendredi: Le conte de fée tourne au vinaigre

©doc

L'intérêt de la BD, c'est Charlotte, la Princesse de Belgique, fille de Léopold Ier. Charlotte, qui passe doucement du statut de jouet des éléments à celui d’actrice de sa propre vie, l’amertume aidant.

Dès la première planche, le ton est donné. Dans un long zoom arrière, on passe de l’œil de la petite Charlotte cachée dans les plumes pour finalement découvrir l’ensemble des cuisines, puis le palais tout entier. À travers cette technique, très cinématographique, Fabien Nury et Matthieu Bonhomme montrent bien que ce qui les intéresse, ce sont les personnages, pas la grande histoire.

Pourtant, elle en fait partie, de l’histoire, Charlotte, Princesse de Belgique, fille de Léopold Ier, que l’on marie à Maximilien, le frère de l’empereur d’Autriche. Ils auraient pu mener une vie tranquille, s’il n’était les affaires politiques et les négociations franco-allemandes qui les mèneront sur le trône fantoche, mais impérial, du Mexique.

L’intérêt, donc, c’est Charlotte: ses rapports avec ses frères qui la protègent, avec son mari, looser magnifique et naïf qui la trompe tant que les maladies vénériennes lui interdisent de lui donner un enfant, avec Sissi, sa belle-sœur, qui la méprise. Charlotte, qui passe doucement du statut de jouet des éléments à celui d’actrice de sa propre vie, l’amertume aidant.

"Ces personnages dépassent tout ce que la fiction aurait pu imaginer."
Fabien Nury
Scénariste

"Ces personnages dépassent tout ce que la fiction aurait pu imaginer. Ces cinq ou six familles qui dominent le monde portent en elles le ferment de toutes les révolutions", constate Nury. Ces familles régnantes et leurs proches, ce sont les peoples de l’époque, dont on se plaît à observer les incartades. Et de ce point de vue, Maximilien fait les gros titres!

Dans cet univers de loups auquel son mari ne comprend rien, les auteurs isolent Charlotte, innocente que les éléments vont révéler. Mais la grande histoire n’est jamais que suggérée. Il suffit par exemple de quelques cases où le doberman de Sissi croque le bichon de Charlotte pour résumer la discussion que leurs maris ont et qui scellera leur destin. Et quand ces cases naissent sous le crayon de Matthieu Bonhomme, il suffit de très peu de choses en apparence pour faire preuve d’une redoutable efficacité. "Notre grand plaisir était de passer sans cesse de l’appart et des rituels à l’intime, de la meringue du gâteau à la pourriture ou à la glace fondue qu’elle renferme", s’amuse Nury.

En prenant ce point de vue, les auteurs s’octroient aussi des libertés avec la réalité historique, même si les lettres de Charlotte à sa famille donnent une bonne part de cette réalité. Mais même si le récit comporte quelques anachronismes (les serres de Laeken n’étaient pas encore construites à l’époque de ce qu’aurait été la première rencontre entre Charlotte et Maximilien), il est construit avec beaucoup d’intelligence et aborde la totalité et la complexité des choses par un point de vue constamment resserré. Et cela ne manque en plus pas d’humour caustique. "Tout le jeu est de subvertir la carte postale et le conte de fée", s’amuse Nury.

"La princesse et l’archiduc - Charlotte Impératrice, tome 1" Nury et Bonhomme, Dargaud, 72 p., 16,95 euros. Note: 5/5.

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