BD | La bulle du vendredi: Les Tuniques bleues resteront toujours les Tuniques bleues

©Dupuis

Exceptionnellement sous la plume et le crayon d'autres auteurs, Blutch et Chesterfield jettent un regard plus critique sur leur univers, mais toujours aussi drôle.

Échaudé pourtant par une première expérience de reprise de personnages emblématiques, Jose Luis Munuera n'a pas craint de s'attaquer à un autre duo iconique de la BD classique franco-belge. Il y a quelques années, il avait repris avec beaucoup de personnalité "Spirou et Fantasio" pour trois albums scénarisés par Jean-David Morvan et un écrit par Yann. Mais son style expressif, élégant, vif et élancé et surtout les scénarios très assumés n'ont pas plu aux lecteurs classiques de la série phare de Dupuis. "Trop moderne, trop manga...", hurlaient les inconditionnels. Mais on sait que ce ne sont pas toujours les plus avisés qui font le plus de bruit...

"L'envoyé spécial"

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"Les Tuniques bleues", Tome 65,

BeKa et Munuera, Dupuis,

48 p., 10,95 €

Bref, malgré cette expérience avortée, quand l'idée d'une reprise exceptionnelle des "Tuniques Bleues" se dessine sur un coin de table d'un restaurant bruxellois, il en est! Quelques semaines avant ce dîner, Raoul Cauvin, père fondateur des "Tuniques Bleues", a annoncé sa volonté de déposer sa plume. Sergio Honoré, directeur éditorial de Dupuis doit préparer l'avenir.

Autour de cette table, il y a donc Honoré, Munuera, Bertrand Escaich et Caroline Roque. Ces deux derniers, qui signent ensemble des scénarios sous le nom de BeKa, viennent d'ailleurs de lancer une spin-off sur Champignac chez Dupuis. À l'évocation d'une reprise de Blutch et Chesterfield, Munuera et les BeKa se lancent dans l'aventure comme des chevaux lors d'une charge du Capitaine Stark.

Véritables geeks de la série

"Nous sommes de véritables geeks de la série", témoigne Bertrand Escaich. "En quelques minutes, on s'y voyait déjà!" L'idée passe la rampe et le projet esquissé est retenu pour le 65e tome, le premier sans Cauvin et Lambil. Mais le retard pris par ce dernier fera que, finalement, ce tome 65 parait avant le 64. "Tout s'est fait tellement vite que l'on est resté sur l'enthousiasme du début jusqu'au bout", nous assure en tout cas le coscénariste.

Sommes-nous toujours dans "Les Tuniques Bleues" et est-ce qu'on s'amuse?
Bertrand Escaisch (BeKa)
Co-scénariste

Le trio d'auteurs a toute latitude. "'Les Tuniques Bleues' ont été créées à la fin des années 60. Il y a dans le ton la légèreté de cette époque. Et ce ton n'a pas beaucoup changé depuis, même si la série aborde parfois des sujets d'actualité", analyse Escaich. Les repreneurs quadragénaires de la série apportent une autre sensibilité, d'autres influences et sans doute plus de gravité aux personnages. Mais jamais le propos ne trahit celui des créateurs de la série, dans un dosage subtil entre fidélité (avec un joli hommage aux créateurs sous la forme de deux artificiers dignes de la 7e Compagnie) et apport personnel.

Pas de singerie

©Dupuis

"Ces questions n'ont cessé de nous tarauder: sommes-nous toujours dans "Les Tuniques Bleues" et est-ce qu'on s'amuse?", poursuit le coscénariste. "La difficulté dans une reprise est de ne pas tomber dans la singerie où l'on imite l'imitateur, comme cela arrive souvent."

Le défi est plutôt bien relevé! Comme souvent dans la série, le moteur de l'intrigue est un personnage extérieur, souvent ayant existé, en l'occurrence un journaliste du Times de Londres. Venu (se) rendre compte des affres de cette guerre fratricide américaine, il porte un regard critique sur celle-ci, mais surtout sur ceux qui la font. La dureté de la guerre est abordée de front, plus sans doute que Cauvin et Lambil ne l'ont jamais fait.

Chargés d'escorter le journaliste, Blutch et Chesterfield auront tout loisir de se chamailler comme de coutume avec toute l'amitié qui les unit. Mais ils croiseront la route de Daisy, jeune femme qui s'occupe d'un orphelinat à quelques lieux du front. Une fort belle personne qui apporte beaucoup de sensibilité à notre duo et au récit.

Le trait plein d'humour et d'élégance de Munuera fait merveille. Ses personnages sont un brin plus élancés que ceux de Lambil, mais ce qui leur offre plus de prestance aussi. Avec de vrais morceaux de bravoure dans les scènes de bataille. Une reprise franchement réussie et qui pourrait augurer de belles suites.

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