BD | La bulle du vendredi: Maurane Mazars emprunte le mouvement à la danse

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La jeune dessinatrice française Maurane Mazars reçoit le prix Raymond Leblanc pour un ouvrage sur la danse joyeuse et la recherche de soi, tout en sensibilité.

Jeune autrice d'origine toulonnaise, Maurane Mazars a mis un certain temps avant de trouver sa place dans le monde de la bande dessinée. Particulièrement durant son passage aux Beaux-Arts de Strasbourg où elle décroche son master. "C'était une période sombre de ma vie. Je ne trouvais pas ma place dans ce que l'on m'enseignait. À la recherche de moi-même. J'ai transposé ce sentiment au monde de la danse."

Tanz!

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Maurane Mazars, Le Lombard,

248 p., 19,99 €

Uli, son personnage principal, est un jeune danseur allemand à la fin des années 50. Le monde créatif est en plein basculement. La liberté créatrice explose et semble sans limites. Uli nourrit une passion totale pour la comédie musicale et Broadway. C'est donc à New York qu'il ira chercher sa voie. Et la joie, par la danse festive des comédies mais aussi dans ses relations avec la faune new-yorkaise en pleine effervescence.

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Comme Uli, Mazars aspire au bonheur et à la joie de vivre, de chanter, de danser, à la légèreté de créer. Ce que le jeune Berlinois trouve par la danse et la comédie musicale, Maurane Mazars l'exprime par la vivacité de son dessin, l'éclat de ses couleurs et la pétillance de son récit.

"Cette recherche de la joie est sans doute ce qui me touchait le plus dans cette projection sur mon personnage. On a tous le droit au bonheur et à la joie, même si on a tendance parfois à l'oublier, voire à se l'interdire. En France certainement, et en Europe sans doute, on a tendance à sous-estimer les pratiques joyeuses, comme la comédie par exemple, trop souvent considérée comme un art mineur dans le cinéma, par rapport aux films d'auteur."

Le parallèle avec le monde de la bande dessinée par rapport au monde littéraire apparaît en filigrane de son récit. "Même si cela change", reconnait-elle. On peut aujourd'hui parler de narration graphique comme on le fait avec la narration littéraire. "Elle est mieux acceptée en tant que telle. Et la BD entretient des rapports avec l'art moderne qui lui ouvre de nouvelles portes."

Combats d'hier et d'aujourd'hui

À travers son personnage de jeune danseur en pleine découverte, Mazars aborde encore d'autres thématiques: le racisme, l'homosexualité, la "commercialisation" de la création. "Cela fait certainement écho à mon éducation militante. La plupart des grands mouvements militants naissent à la fin des années 50 aux États-Unis: la question noire, les mouvements homosexuels. Ce sont des combats qui sont encore d'actualité malheureusement."

"J'ai toujours pris énormément de plaisir à dessiner les corps. C'est un moment de joie intense de les regarder bouger puis de reproduire ces mouvements."
Maurane Mazars
Auteure de BD

Dessiner la danse, le mouvement par excellence ou l'excellence du mouvement, le pari est risqué. On se souvient des merveilleux "Polina" de Bastien Vivès ou "Musique Moderne" de Blutch. Maurane Mazars n'a rien à envier à ces deux réussites. Le trait aérien de son pinceau souligne la légèreté des pas du danseur. Tout est en fluidité, dans le mouvement d'un bras ou d'une jambe, comme dans le toucher du papier.

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"J'ai toujours pris énormément de plaisir à dessiner les corps. C'est un moment de joie intense de les regarder bouger puis de reproduire ces mouvements." Maurane Mazars s'est imprégnée de la danse en regardant énormément de spectacles ou de vidéos. Pour arriver à toucher la justesse du mouvement. "Pour emprunter les mouvements au danseur", précise-t-elle avec une humilité touchante et sincère. Comme son récit.

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