BD | La bulle du vendredi: Toutes les personnalités d'Anaïs Nin

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Léonie Bischoff adapte les journaux d'Anaïs Nin avec sensibilité et sensualité pour montrer toute l'ambiguïté du personnage.

Le trait déjà montre toute la multiplicité du personnage de l'autrice Anaïs Nin, sulfureuse pour son époque. Léonie Bischoff opte pour un crayon "magique", pas des crayons de couleur, mais une mine unique composée d'éclats de couleurs différentes. Le trait passe donc du vert au rouge, pour poursuivre dans les bleus ou les roses... Il en ressort un dessin léger, doux et lumineux qui peut faire l'abstraction d'aplats de couleur qui ne viendrait que l'étouffer.

Léger, doux et lumineux, le trait évoque déjà la personnalité d'Anaïs Nin. L'une des personnalités, plus exactement, de ce personnage multiple. Son journal est son confident à qui elle s'adresse, mais son double aussi, qui se libère de ses carcans. "D'un côté, il y a Anaïs qui veut être une épouse parfaite ou une bonne fille, de l'autre il y a la femme, blessée dans son enfance qui veut s'émanciper, se trouver, faire entendre sa voix, se donner des libertés, notamment vis-à-vis des hommes", explique Léonie Bischoff.

"Ce journal, c'est son double malicieux – sans être diabolique –, qui la pousse à aller au bout d'elle-même davantage qu'aucun de ses proches. Que ce soit Hugo, son mari ou Henry Miller, son amant – le plus régulier ou les autres." Un double échevelé, flamboyant qui permet à la dessinatrice de donner corps et vie au journal.

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Et au-delà de cette (au moins) double personnalité, il y a aussi Anaïs terriblement séductrice, mais amoureuse, passionnée et sincère. De son mari, d'Henry Miller, de June, sa femme, aussi sans doute. Mais femme croqueuse d'hommes aussi, son psy, son médecin, son cousin homosexuel... "Cette séduction est une arme qui lui permet de traiter les hommes d'égal à égal. Avec Miller, ils étaient réellement à égalité, chacun étant la muse de l'autre. Mais dans ce jeu de séduction, il y a aussi un côté très ambigu. Elle s'excuse parfois de causer des émotions aux hommes." Tout aussi ambigu est son rapport à son père avec qui elle a subi une relation incestueuse étant petite, mais qu'elle séduira à nouveau en tant qu'adulte pour enfin pouvoir le quitter.

Sans jugement

Anaïs Nin, Sur la mer des mensonges

♥ ♥ ♥ ♥ 

Léonie Bischoff, Casterman,

190 p., 23,50 €

Mais Bischoff s'abstient de juger Nin, qu'elle voit plutôt avec un regard positif. "Mais cette ambivalence, et les mensonges qu'elle fait à elle-même autant qu'à ses proches la rendent d'autant plus attirante."

L'autrice évite une biographie d'Anaïs Nin très documentée pour lui préférer une tranche de vie. "Celle où elle a près d'une trentaine d'années, ce qui correspond à mon âge aussi quand j'ai commencé à travailler sur ce sujet. Je me suis tout de suite sentie très proche d'elle. C'est un personnage encore très actuel dans son désir viscéral de liberté."

Léonie Bischoff raconte cette vie tumultueuse et indépendante avec beaucoup d'émotion. Une émotion qui transparaît aussi dans les écrits de Nin. Bischoff s'est essentiellement basée sur son journal mais aussi sur les nombreuses lettres échangées avec Miller. Avec sans doute quelques libertés. "Mais son journal lui-même comporte aussi une part de romance puisqu'elle l'a beaucoup retravaillé et réécrit."

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